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Accusé de sorcellerie, un paysan lâchement assassiné à Bayonnais

Accusé de sorcellerie, un paysan lâchement assassiné à Bayonnais

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Des individus non identifiés ont lynché Panousa Louis, plus connu sous le nom de Touta, le mardi 1er novembre 2022, à Petite-Rivière de Bayonnais, 3e section communale des Gonaïves. La justice n’a pas encore révélé le mobile du crime, certes, mais des citoyens, qui se sont confiés à Le National, confirment que la victime, 67 ans, était accusée de sorcellerie et faisait l’objet de menaces de mort depuis des lustres.

Depuis un certain moment, tuer et kidnapper en plein jour sont devenues acceptables à Petite-Rivière de Bayonnais, en particulier à Cathor. En effet, aux environs de huit heures du matin, des individus non identifiés ont tué, mardi dernier, Touta à coups de machette. Le crime s’est précisément déroulé dans la localité de Cathor, située à l’est de Saint-Michel-de-l’Attalaye, selon des sources compilées par notre rédaction.

 

Les autorités judiciaires n’ont pas encore révélé le mobile de cet homicide. Toutefois, selon des informations dont nous disposons, la victime était accusée de sorcellerie. « Ce n’est pas un secret de Polichinelle. Ce crime est le résultat d’une campagne de marginalisation bien orchestrée contre Touta», a confié un citoyen requérant l’anonymat, ajoutant que ce meurtre ne doit pas rester impuni. « La population de Bayonnais, encourage-t-il, doit collaborer avec la justice haïtienne afin de traquer les auteurs de ce crime et de leur infliger des sanctions conformément à la loi. »

 

Dans une photo devenue virale sur les réseaux sociaux, on a pu constater que les présumés assassins ont eu le temps de décapiter la victime, puis de jeter son corps nu dans un canal d’irrigation. Or, à quelques pas de la scène du crime se trouve plusieurs maisonnettes, un chemin et une rivière très fréquentés. Des indices qui, selon les propos de certains citoyens, montrent la façon dont la population de Bayonnais est lâche et complice. « C’est un coup bien monté avec la complicité avec des membres de la population », murmurent des citoyens qui paraissent profondément choqués et attristés.

 

Au cours d’un entretien téléphonique, Wallace Manassé, coordonnateur du Conseil d’administration de la section communale (CASEC) de Bayonnais, qui s’est dit consterné, condamne avec dernière rigueur ce crime crapuleux et demande à la justice de faire connaître toute la vérité sur cette question afin de rétablir la confiance au sein de la population bayonnaisienne. Mais, pour ce faire, le premier citoyen de la section appelle à une franche collaboration de la population. « Abandonnée par l’État central, mon administration, comme celles de toutes les sections communales du pays, n’a pas de moyens financiers et répressifs pour secourir les citoyens qui sont en danger. Pour éviter la détérioration du climat sécuritaire à Bayonnais, l’implication de toute la population est une condition sine qua non », a déclaré M. Manassé, promettant que les auteurs de cet acte seront appréhendés et déférés devant les autorités judiciaires compétentes. « Après le constat légal dressé par le Juge de Paix René Pierre, trois personnes, a-t-il confirmé, ont été interpellées dans le cadre d’une enquête diligentée autour de cet assassinat. »

 

À Bayonnais, ces pratiques criminelles ne datent pas d’hier. En effet, le 5 novembre 2004, Ti Sise, père de deux jeunes filles, a été enlevé chez lui, puis torturé et décapité aux yeux de tous par des bandits non-cagoulés, dans le cimetière de « Bonyòl » situé au bas-Bayonnais, nous rappelle Loubert Corvil. Un an plus tard, des individus clairement identifiés ont lynché, en plein jour, Filéus Morinvil, accusé d’avoir ôté, par des pratiques maléfiques, la vie à un jeune garçon.

En 2020, Bwèt Lele, un jeune vodouisant, samba et tambourineur, a été roué de coups de bâton, puis étranglé en plein air par des malfrats. Encore, au cours du mois de décembre 2021, Roro, un chauffeur de transport en commun très apprécié assurant le trajet Bayonnais-l’Estère-Pont-Sondé, a été enlevé vers six heures du matin, à Ravine-à-Couleuvres, en présence de plusieurs dizaines de ses passagers, puis libéré contre rançon après plusieurs jours de séquestration. Dans la nuit du 23 au 24 juin 2021, deux personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées par balle, lors de la fête patronale de Capity, une autre localité de Bayonnais. Des habitants de cette localité ont pointé du doigt les anciens gardes du corps d’Enock Géné Génélus, ex-délégué départemental de l’Artibonite, comme les auteurs de ce crime odieux.

 

À date, la justice n’a pas encore appréhendé aucun présumé assassin. La population bayonnaisienne, elle, se tait également devant ces actes criminels. Face à cela, Wallace Manassé dit croire qu’en dehors de toute confession religieuse et des divergences d’opinions, le combat pour le respect de la vie privée et de la sûreté de la personne en Haïti doit être l’une des principales causes communes de tous les Haïtiens. Sinon, le climat de l’insécurité et la machine de l’impunité, prévient-il, finiront par frapper tous les citoyens haïtiens.

 

 

Wilner Jean

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Denis Milianne

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