Remplacement de Jovenel Moise : pluie de propositions de sortie de crise
Depuis la mort du chef de l’État haïtien, les propositions de sortie de crise pleuvent. La classe politique a sa proposition, la société civile a la sienne, alors que la communauté internationale a déjà un plan bien défini pour Haïti. Aucune des parties n’envisage de faire concession. La crise risque d’être longue.
Si avant l’assassinat de Jovenel Moise la classe politique de l’opposition voyait la sortie de crise en dehors du Parlement, aujourd’hui les réalités ont changé. L’opposition s’aligne du côté de Joseph Lambert, président du tiers du Sénat. Après plusieurs jours de discussions et de tergiversations, les principales organisations politiques de l’opposition se sont finalement entendues sur une proposition commune de sortie de crise. Fait étonnant, le Parti haïtien tèt kale (PHTK), opposant farouche à la classe politique de l’opposition, fait aussi partie de cet accord qui vise à hisser Joseph Lambert à la présidence d’Haïti de façon provisoire. Cette proposition consacre également Ariel Henry comme Premier ministre.
Cependant, une frange de la société civile et d’autres structures politiques refusent d’accepter l’idée selon laquelle Joseph Lambert devra diriger la transition. Le Secteur démocratique et populaire priorise un consensus large et inclusif. D’autres structures demandent un conseil de gouvernement avec trois personnalités crédibles de la société, à savoir, Edgard Leblanc Fils, Mirlande Hyppolite Manigat et Me Samuel Madistin. En outre, un accord baptisé : « accord populaire pour une sortie de crise institutionnelle », opte pour le choix de n’importe quel juge à la Cour de cassation, pourvu qu’il ou elle soit intègre, crédible, honnête et impartial(e).
Pendant ce temps, une quantité non négligeable de structures politiques visent directement le choix de la juge Wendelle Coq Thélot comme présidente provisoire de la République, en remplacement de Jovenel Moise, assassiné dans la nuit du 6 au 7 juillet dernier. Si la classe politique et la société civile estiment qu’une solution autour de Joseph Lambert ou un juge à la Cour de cassation serait plus institutionnelle, la communauté internationale, quant à elle, voit les choses avec des lunettes différentes. La communauté internationale donne son appui à Claude Joseph qui, d’après la cheffe du BINUH, doit prendre les commandes jusqu’à l’élection d’un nouveau président.
Il est vrai que la communauté internationale n’a pas, jusqu’à présent, une position arrêtée sur la crise. Tout pourrait être changé en fonction de l’évolution de la réalité politique. La réalité, mais jusqu’à date Claude Joseph bénéficie de leur soutien, comme cela a été pour l’ancien président Jovenel Moise. Après tout, il faut mentionner la présence d’une délégation américaine en Haïti, entre le dimanche 11 et le mardi 13 juillet, pour forcer les acteurs à chercher un consensus au plus vite, dans l’idée de favoriser l’investiture d’un président provisoire qui aura pour mission d’organiser les prochaines élections générales pour le renouvèlement de la classe politique.
Même en l’absence de Jovenel Moise, les partis politiques de l’opposition ne sont toujours pas parvenus à présenter au pays une alternative viable. Avec Jovenel Moise, c’était un véritable bras de fer sans arbitre. Entre eux encore, le bras de fer sans arbitre tient place. Dirpod, Secteur démocratique et populaire, Fanmi Lavalas, Pitit Dessalines n’ont jamais vu les choses de la manière. Mais le véritable problème n’est pas leurs divergences du point de vue politique, mais c’est surtout leur incapacité à se démarquer de leurs intérêts personnels dans des situations qui l’exigent.
Evens REGIS
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