« L’ennemi est invisible ! »
Pour moi, le confinement évoque une atmosphère de guerre, de couvre-feu, avec cette différence que les couvre-feu étaient circonscrits dans le temps et limités dans l’espace : un pays, un régime souvent dictatorial, de 22h00 à 6h00 par exemple. Tandis que en ce qui concerne le temps où nous vivons, si nous sommes bien en temps de guerre, l’ennemi est invisible, c’est la terre entière qui est concernée, on ne peut se réfugier nulle part quand bien même on pourrait échapper à la surveillance de la police. Et personne ne sait combien de temps cela durera. L’incertitude est totale.
Je n’irai pas jusqu’à dire que je m’y étais préparé, mais je suis confiné de fait à la maison depuis les derniers jours de février à cause d’un hallus valgus aux deux pieds, et surtout une épine calcanéenne au talon du pied droit qui m’empêchait de marcher.
Jusqu’au 17 mars, je ne pouvais pas aller en ville; depuis le 17 mars je ne dois pas aller en ville. Petite distinction entre le fait et le droit. Psychologiquement par la force des choses, j’avais rompu avec l’Université et les « amis » pour me concentrer sur les choses qui vaillent la peine. De ce point de vue, le confinement, sans l’avoir souhaité, quelque peu m’arrange. Mais jusqu’à un certain point.
De ne pouvoir recevoir nulle visite, pas même des petits-enfants, ni même effectuer une course, aller voir des « amis », ne serait-ce que pour les taquiner, cela pourrait se révéler déprimant si je n’avais pas d’autres ressources me permettant de faire face pour le moment aux premières conséquences de ce confinement. Si la situation devenait pérenne il va de soi que comme tout un chacun, je deviendrai « moins enthousiaste » : certains ne peuvent même pas assister aux funérailles de leurs proches dans des régions plus touchées par cette pandémie.
Ne pouvant plus tellement lire en raison d’un début de glaucome, supportant plutôt mal la télévision, je m’adonne aux travaux de jardinage : j’ai eu la chance d’avoir déménagé, de passer tout récemment de la grande ville à la campagne, je dispose d’un terrain me permettant de sarcler, de biner, de bêcher, en un mot, de m’occuper tout en respirant de l’air pur et de faire sans effort, un peu d’exercice physique, ce qui n’est pas rien. Comme je l’ai dit je ne sais plus à qui, j’ai beaucoup à faire à la maison et c’est une chance : je ne peux pas m’ennuyer, du moins pour l’instant, et je comptais la douleur psychologique de ces familles nombreuses obligées de se confiner dans des appartement bruyants, bientôt surchauffés avec l’arrivée d’un temps estival. Pour peu que les moustiques se mêlent de la partie, rien ne dit qu’ils ne contribueront pas à la propagation de la pandémie puisqu’ils sont les vecteurs du paludisme.
Mais on ne jardine pas le soir venu : il reste alors la musique classique, les jeux de société comme le scrabble, parfois un film à la télé tout de même.
Mais nous ne sommes qu’au quatrième jour du confinement officiel : il va de soi que ma perception des choses pourra évoluer au rythme de l’évolution de la situation pandémique elle-même.
Dr. Joseph Saint-Fleur
Philosophe haïtien vivant à Lille (France)
Si vous avez déjà créé un compte, connectez-vous GRATUITEMENT pour lire la suite de cet article.
Pas encore de compte ? Inscrivez-vous
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.