Sous-traitance : les ouvriers reprennent du service
Suivant une décision de l'Éxécutif, les usines de la sous-traitance ont rouvert leurs portes, en pleine crise du Covid-19, ce lundi 20 avril 2020. Malgré les risques dénoncés par plusieurs secteurs, dont les syndicats, les ouvriers ont repris le chemin des usines. Puisque les syndicats n’ont pas été consultés et leurs revendications prises en compte, les syndicalistes, tout en criant au scandale, réclament, sans délai, une rencontre avec les autorités.
Les ouvriers étaient nombreux à reprendre le chemin des usines, notamment à la Sonapi sur la route de l'aéroport. Comme pour les jours ordinaires, sans obligation de respecter les mesures de distanciation sociale, les ouvriers ont afflué par leurs propres moyens quoique les syndicats avaient exigé que l’État garantisse le transport, dans de bonnes conditions, des travailleurs. Ce, pour diminuer le risque de contamination des ouvriers.
Toutefois, le journal a remarqué que l’eau pour le lavage des mains était mise à disposition. Les syndicalistes dénoncent l’absence des dispositions permettant d'appliquer la distanciation sociale recommandée par le MSPP. Selon Dominique Saint-Éloi, il n’y a pas eu de changements. Les postes de travail des ouvriers sont toujours aussi proches qu’auparavant.
« Aucune mesure de prévention n'a été prise. Les conditions de travail ne sont pas réunies en pleine crise du Covid-19. Pas d'autobus, ni de kits sanitaires, ni de primes de risque, ni de dialogue au préalable entre les syndicats, le patronat et l'Exécutif comme on l'avait exigé », dénonce M. Saint-Éloi soulignant que les ouvriers travaillent sans équipement de protection ni casque ni uniforme. Les espaces de travail en outre ne sont pas stérilisés, déplore le syndicaliste.
Dominique Saint-Éloi s’en prend contre, ce qu'il appelle, un complot entre l'Exécutif et le patronat. « l’État haïtien, à travers ces dirigeants malhonnêtes, avait tenté ce même coup en février dernier en insistant pour réaliser le carnaval. Maintenant, il expose les ouvriers. Au final, il espère comptabiliser autant que possible les cas d'infection pour soutirer de l'argent de ses partenaires », accuse le syndicaliste.
« Que veut réellement l'administration en place qui a décrété l'état d'urgence sanitaire alors qu'on avait deux cas dans le pays ; et maintenant, avec 57 cas, il ordonne la réouverture des usines dans un contexte où les cas sont en augmentation et l'état d'urgence prolongé ? » s'interroge le responsable de la Centrale nationale des ouvriers haïtiens (CNOHA).
Le syndicaliste ne cache pas sa déception. Pour lui, l'État, à travers ces instances représentatives, le patronat et les syndicats auraient dû se mettre autour d’un table pour discuter. « Il y a pas mal de choses à éclaircir, mais surtout à approfondir pour mieux défendre les ouvriers dont nous représentons et qui sont en train d'être exploités », précise le protestataire.
Concernant l’engagement du Gouvernement d’assurer 50 % du salaire des ouvriers pendant la période de fermeture des usines, la promesse n’a pas été tenue, selon M. Saint-Éloi. Certains employés ont reçu le maigre montant de 3750 gourdes. « J’aimerais savoir sur quelle base, ce calcul a été fait » , se questionne le leader syndical qui réclame, dans la foulée, un contrôle rigoureux de l'État dans les usines, mais aussi des mesures d'accompagnement pour les ouvriers assurés par l'OFATMA.
Daniel Sévère
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