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Journée mondiale de la liberté de la presse aux Gonaïves

Journée mondiale de la liberté de la presse aux Gonaïves

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La Journée mondiale de la liberté de la presse commémorée ce dimanche 3 mai autour du thème « le journalisme sans crainte ni complaisance » a été célébrée dans un contexte particulier cette année par rapport à la pandémie du Covid-19. Une situation qui a même attiré l'attention du secrétaire général de l'ONU, António Guterres pour l'occasion : « La propagation de la pandémie du Covid-19 en a fait naître une ère nouvelle, celle de la désinformation, où de dangereux conseils de santé côtoient les théories conspirationnistes les plus folles. Le remède, c’est la presse : des informations et des analyses vérifiées, scientifiques et fondées sur des faits ».

Deux journalistes de la cité de l'Indépendance ont accepté de parler au journal Le National. Il s'agit de Jodherson Cadet et Dieulivens Jules qui ont chacun donné leur point de vue autour de la commémoration de cette journée
.
« Le dernier trimestre de 2019 et le début de l'année 2020 ont constitué une période très difficile pour les journalistes aux Gonaïves. Il est vrai qu'ils subissent moins de pression pour moment. Mais les difficultés qu'ils rencontrent dans l'exercice de leur métier restent les mêmes. Sans oublier le phénomène de l'impunité qui nous rend tous vulnérables. Vu les précédents, certaines zones dans la ville sont évitées. Ce qui limite en quelque sorte notre travail. L'ensemble de ces considérations montre à clair que la liberté de la presse reste un combat sans fin. C'est la raison pour laquelle, aux Gonaïves nous nous débattons pour maintenir le flambeau bien allumé. En cette occasion, je profite pour lancer un vibrant appel à la justice et à la police pour leur demander d'assumer leur responsabilité. Car, c'est à cause de leur négligence et leur incapacité que la liste des victimes ne cesse d'augmenter dans le secteur. Il est impératif que des mesures soient prises pour limiter les actes d'agression et d'intimidation sur les travailleurs de la presse. Je profite une fois de plus de cette occasion spéciale pour saluer le courage des confrères de la presse aux Gonaïves qui n'ont jamais baissé le bras bien qu'ils soient devenus la cible de quelques militants politiques. Je leur souhaite du courage tout en leur demandant de toujours faire preuve de professionnalisme et de prudence dans l'exercice du métier. Car je sais, avec persistance que nous arriverons à construire une presse libre, indépendante et responsable », a confié Jodherson Cadet.

De son côté, Dieulivens Jules a affirmé que : « la presse en Haïti et en particulier la presse gonaïvienne fonctionne dans la précarité la plus totale. Je parle là des traitements des journalistes dans les médias pour lesquels ils travaillent. Si l'on prend par exemple des salaires qui ne reflètent pas le travail du journaliste sur le terrain que beaucoup de gens appellent un sacerdoce. Un sacerdoce parce qu'ils sont dans la rue tous les jours à affronter les dangers pour informer la population alors qu'eux-mêmes sont maltraités. Je pense que c'est l'un des problèmes majeurs que confrontent les journalistes surtout les journalistes reporteurs. Vous savez pourquoi ? On dit souvent que le journaliste est un défenseur de droits de l'homme à part entière. Ils prennent toujours la défense des plus démunis. Ils osent dire tout haut ce que d'autres disent tout bas dans la société. Cependant, ils ne sont pas toujours en mesure de se défendre. Je vous explique, si un journaliste subit de mauvais traitements dans le média pour lequel il travaille, il n'y a pas de recours pour dénoncer ce mauvais traitement. Même au sein de la presse, revendiquer nos droits est un gros problème. Toujours sur la question de traitement, savez-vous qu'il n'y a pas de femmes dans la presse aux Gonaïves ? Parlons de la liberté de la presse, je peux dire pour le moment qu'il y a une petite amélioration par rapport à la baisse des mouvements et conflits politiques dans le département. Avec ce calme, on a l'impression que la réalité change un peu par rapport au peyi lòk. Les enjeux politiques diffèrent c'est pourquoi je dis que la situation est relativement bonne qu'au début de l'année ce qui heureusement diminue les menaces sur des journalistes. Cependant, trouver les informations restent extrêmement difficile. Le fait que l'accès à l'information reste difficile, un journaliste qui arrive à partager une information qu'il détient, crée un problème. Si le journaliste arrive à trouver les informations, cela crée comme je le disais un problème. Je vous donne un exemple : j'ai réalisé un reportage et un article sur la situation des détenus au niveau de la prison civile aux Gonaïves. J'ai effectué toutes les démarches auprès des autorités policières pour pouvoir discuter avec un prisonnier. Après toutes les démarches, rien n'a été fait. J'ai dû contacter certains avocats qui ont des clients incarcérés dans la prison pour avoir des informations. Nous ne pouvons pas parler vraiment de liberté de la presse dans la mesure où la semaine dernière, Georges E. Allen a été victime de brutalité policière. Aujourd'hui, c'est Georges E. Allen, demain peut-être un autre journaliste. En ce sens, peu importe l'endroit où la situation se présente, la situation est à déplorer. Puisque nous ne pouvons pas jouir de notre pleine liberté dans l'exercice de notre fonction. Nous devons continuer de lutter pour ce droit qui est le fruit de nombreuses luttes. Pour beaucoup de gens aujourd'hui, l'accès à l'information reste difficile. Quand on arrive à donner des informations, la personne concernée se met en face de vous. C'est ça la réalité. Mon autre préoccupation est le délaissement de la profession par de nombreux aînés pour une raison ou une autre. Je ne cesserai pas de le répéter, il n'y a pas de générations spontanées. Si aujourd'hui je décide de tout arrêter, il n'y aura pas quelqu'un pour me remplacer. Nous n'avons pas dans la ville des jeunes journalistes pour prendre la relève aux Gonaïves. Il y a des médias qui ne trouvent pas de journalistes pour travailler. Dans un premier temps pour leur sécurité et de l'autre côté par rapport à la situation précaire des travailleurs de la presse. Les jeunes préfèrent trouver autre chose à faire », a-t-il conclu.

Lesly Succès

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