La police allemande se défend d’être raciste
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La nouvelle loi anti-discrimination adoptée par le Land de Berlin est entrée en vigueur cette semaine. Les dispositions de cette loi visent à faciliter à l’avenir la répression du racisme, par exemple, de la part des agents de police. Les critiques avertissent que la nouvelle loi place les fonctionnaires de police de Berlin « en état de suspicion générale ». Lors de la conférence des ministres de l'Intérieur de la semaine dernière, le règlement a fait l'objet d'une vive controverse. Dans une interview (1), Barbara Slowik (54 ans), présidente de la police de Berlin, se défend contre les accusations de racisme portées contre la police.
Depuis la mort de l’Afro-Américain George Floyd, la police a été fortement critiquée. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre le racisme et la violence policière aux États-Unis et dans les capitales européennes. Interrogée à ce sujet, la présidente de la police de Berlin reconnaît qu’il y a « les voix de ceux qui n'acceptent pas la police qui est forte en ce moment », mais elle ajoute tout de suite que la police continue de jouir d'une « reconnaissance et d'un grand respect en Allemagne ». « Les statistiques montrent que la majorité des gens nous font confiance », fait-elle remarquer. Elle aurait cette impression en conversant avec des citoyens. « La majorité silencieuse est donc derrière nous. Ce large soutien social est l'assurance-vie de tous les policiers. »
La présidente berlinoise affirme qu’elle prend au sérieux cette « situation difficile ». Elle fait ici allusion aux violentes émeutes qui ont eu lieu le week-end dernier à Stuttgart au cours desquelles quelques centaines de jeunes s’en sont pris à la police. Elles traduisent ce qu’elle appelle « une désinhibition » qui se serait accrue ces dernières années. « Nous vivons à une époque de ’’Hate Speech’’, où la haine verbale se transforme rapidement en agression physique. Nous réagissons à cette situation en signalant systématiquement les attaques perpétrées contre les agents de police ». Elle estime que le quotidien de Berlin, « Taz », aurait un discours de haine. Ce journal « déshumaniserait » les policiers, ce qui, selon la cheffe de la police, « conduit à l'irrespect et met ainsi en danger la vie et l'intégrité physique des collègues ». Cet article satirique auquel elle fait allusion a comparé la police à des détritus. Le journal s’est entre-temps excusé.
À propos de la vidéo du meurtre de l’Américain noir commis par un policier blanc de Minneapolis, Slowik avoue qu’elle en a été « horrifiée ». Mais pour elle, ce n’est pas un cas typique du travail de la police allemande. « En Allemagne, l'année dernière, 14 personnes sont mortes sous les balles de la police, aux États-Unis, elles étaient environ 1 000. » Il y a aussi un problème de formation. « La formation est ici beaucoup plus complète et professionnelle, nos agents sont formés pour les situations d'arrestation et ont toujours à l'esprit leur responsabilité envers leur personne qu’ils ont en face d’eux. » Elle est persuadée que dans un cas comparable, les agents de police allemands auraient réagi différemment.
Slowik constate que le débat sur le racisme en provenance des États-Unis a été plus fortement repris que dans tous les autres pays de l'UE. Elle pense que ceci tient à l’histoire allemande. « Sous le régime nazi et en RDA, la police a abusé de son pouvoir, juge-t-elle. Ce que beaucoup de gens qui descendent maintenant dans la rue oublient : nous avons traité l'injustice dans de nombreux domaines et nous y faisons face en permanence. Aujourd'hui, la police en Allemagne agit dans le respect de l'État de droit comme presque nulle part ailleurs dans le monde. »
« Les cas de racisme sont punis »
Pour ce qui est des cas de racisme enregistrés au sein de la police, Slowik fait savoir que la hiérarchie de la police les prend en compte. « Lorsque j'ai des soupçons d'extrême droite sur mon bureau, j'interviens avec fermeté, assure-t-elle. Cela va toujours jusqu'au licenciement. J’insiste sur le fait que ce sont toujours des cas individuels dont nous parlons, des exemples négatifs qui discréditent toute une profession. » En ce qui concerne la discrimination, elle indique qu’en 2018, elle a reçu 21 plaintes contre des officiers de police, l'année dernière il y a eu 14 plaintes. Avec environ 750 000 affectations de voitures de radio par an seulement, le taux de dérapages est pour elle très minime.
Concernant Saskia Esken, la cheffe du Parti social-démocrate (SPD) qui a dénoncé un "racisme latent dans les rangs des forces de sécurité", Slowik considère que l'accusation était « injuste ». « Mme Esken a rendu ce jugement sans disposer d'une étude ou de preuves scientifiques. » La policière dit qu’elle n’a aucune raison de supposer l’existence des structures d’extrême droite au sein de la police allemande et qui justifierait qu’elle fasse l’objet d’une « suspicion générale ». Elle serait même « ouverte » à toute étude scientifique sur les opinions politiques des 26 000 employés de police à Berlin. « Mais je connais assez bien ma police de l'intérieur. S'il y avait une étude scientifique, je m’attends à ce que le résultat soit positif pour la police, ce qui nous libérerait enfin de cette suspicion générale. »
Slowik estime même que la loi anti-discrimination en vigueur devant faciliter la répression du racisme par les fonctionnaires est « un vote de défiance » vis-à-vis de la police. « De nombreux collègues pensent de la sorte. Je pense que nous n'aurions pas eu besoin de la loi. Nous avons toujours dû agir en toute légalité. Les plaintes pour comportement discriminatoire ont été possibles dans le passé - que ce soit chez nous, au ministère public ou, par exemple, auprès des membres du Parlement. La police fait respecter le monopole de l'État sur l'usage de la force, parfois physiquement. Elle doit donc pouvoir être contrôlée, ce qui est bien et juste. Et c'est ce qui se passe ! » Elle trouve que « la société doit faire confiance à la police dans une certaine mesure pour qu'elle reste fonctionnelle ». Et aux hommes politiques, elle les enjoint « de ne pas réagir immédiatement à chaque extrait vidéo des médias sociaux ».
Selon la nouvelle loi antiraciste, si un policier est accusé de discrimination, il doit prouver le contraire. Pour Slowik, les accusations doivent être crédibles. « Néanmoins, nous devons veiller à ce que toute violation des règles, par exemple, par les patrouilleurs, ne donne pas lieu à une accusation. Selon la devise : Vous nous écrivez seulement parce que nous avons une couleur de peau différente ! » Des cas pareils auraient déjà été enregistrés bien avant la loi antiraciste.
Environ un quart des crimes organisés sont commis par des clans arabes à Berlin. Slowik est persuadé que « les membres du clan vont également tester la loi et faire l'accusation de discrimination par réflexe ». Elle assure cependant qu’il y aura certainement plus de discussions dans les situations de contrôle quotidiennes. À l'avenir, on devra « documenter chaque action de manière encore plus précise ».
En raison de la loi antiraciste, le ministre fédéral de l'Intérieur, Horst Seehofer, a menacé de ne plus vouloir envoyer de policiers fédéraux à Berlin pour une assistance administrative, notamment lors des manifestations du 1er mai. Plusieurs États allemands ont aussi pensé à un tel boycott. À ce sujet, elle doute que la menace soit mise à exécution et que la confiance au sein des forces de police ait été mise à mal. « Je le sais d'après les conversations que j'ai eues avec mes collègues au niveau fédéral et au niveau des Länder. L'indignation publique de certains politiciens devrait probablement aussi être un signal de soutien à la police. Je le comprends très bien. Le conflit a été réglé lors de la conférence des ministres de l'Intérieur. Notre ministre de l'Intérieur donnera l'assurance écrite que la loi ne s'applique que dans l'État de Berlin. »
Cela signifie qu'à l'avenir, il y aura une police à deux niveaux pour les déploiements à grande échelle. La loi s'applique aux fonctionnaires de Berlin, mais à personne d'autre. Les plaintes contre les policiers seront toujours possibles. Mais les demandes de dommages et intérêts pour d'éventuelles violations de la nouvelle loi ne peuvent être faites qu'à l'encontre du Land de Berlin.
Selon les statistiques, Berlin est la deuxième grande ville la plus dangereuse d'Allemagne, par rapport au nombre de délits pour 100 000 habitants. Selon Slowik, il existe un nombre élevé d’infractions routinières de masse tels que les vols de sacs, de vélos ou de voitures. « Cela fait augmenter les chiffres. Les auteurs recherchent l'anonymat de la grande ville. Nous avons aussi 15 millions de touristes chaque année, ils attirent les criminels. Il faut garder cela à l'esprit lorsque l'on considère le nombre de crimes. Berlin compte un peu moins de quatre millions d'habitants. La taille seule signifie qu'il y a plus de possibilités de criminalité. » Mais la présidente, quant à elle, n’a aucune peur pour marcher dans la ville. « Je vais partout où je veux ! », dit-elle.
Huguette Hérard
N.D.L.R.
(1) Interview parue dans « Der Spiegel » menée par Roman Lehberger et Ansgar Siemens, 26 juin 2020,
(2) À Stuttgart, jusqu'à 500 personnes ont livré des combats de rue à la police dans la nuit du 21 juin dernier. Dans le centre-ville, les vitrines ont été détruites et les magasins pillés. Il a fallu des heures à la police pour reprendre le contrôle de la situation.
(3) Le porte-parole de la police a récemment déclaré qu'il avait lui-même été victime de racisme dans l'exercice de ses fonctions. À Berlin, des policiers avec des idées d’extrême droite attirent sans cesse l'attention. Récemment, on a appris qu'un agent de police aurait fourni des informations internes à des amis du parti d’extrême droite, Alternative pour l’Allemagne (AfD).
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