Luis Rodolfo Abinader Corona est le nouveau président de la République dominicaine
Ça y est. La République dominicaine, depuis dimanche soir, a un nouveau président élu à plus de 52 % des votes de l’électorat dominicain. Son principal adversaire Gonzalo Castillo du PLD a obtenu 37,5 % des votes de cet électorat. La victoire est magnifique pour Luis Abinader du Partido Revolutionario Moderno (PRM, Parti révolutionnaire moderne ), mais la déroute est totale pour le PLD et son candidat.
Douce revanche pour Luis Abinader qui, en 2016, avait perdu la présidentielle face à Danilo Medina. Sa victoire est le fruit de sa persévérance et de sa fidélité à ses principes. En remportant la Présidence dominicaine, Luis Abinader a en même temps apporté à son parti 19 sièges de sénateurs sur les 32 du Sénat de la République dominicaine. On attend encore le résultat définitif pour la Chambre des députés, mais de ce côté le PRM peut déjà compter sur 42 députés. La Chambre des députés compte 190 sièges au pays de Juan Bosch. Après l’hégémonie politique du PLD durant plus de 20 ans dans l’espace politique dominicain va-t-on assister à une nouvelle hégémonie du PRM? Rien n’est encore tout à fait sûr, car il faudra qu’au cours des quatre années à venir que le PRM consolide les acquis du 5 juillet 2020. Mais ce ne sera pas chose aisée, car Luis Abinader, plutôt que de dormir sur ses lauriers, devra plutôt veiller aux grains récoltés dans ces joutes électorales plus que passionnantes.
L’enjeu est de taille, car si Luis Abinader a remporté une brillante victoire, il n’en reste pas moins qu’il ne s’agit pas d’une victoire de la droite sur la gauche dominicaine comme certains observateurs pourraient le penser, mais plutôt d’une victoire intestine au sein de la grande famille politique issue de la matrice idéologique crée par le fameux Juan Bosch. En effet, jusqu’à maintenant l’héritage social-démocrate de ce dernier continue à dominer l’espace politique de ce pays à travers le PRD, le PRM et le PLD. En effet le PRM de Luis Abinader continue à se réclamer de la mouvance sociale démocrate internationale. Bien que Luis Abinader soit apparemment un économiste libéral formé à Harvard University, il ne lui viendra peut-être pas à l’idée de changer le parcours idéologique officiel du PRM qui se réclame du centre-gauche sous peine de perdre une partie de sa base électorale. Cela ne signifie pas pour autant qu’il va initier des politiques hétérodoxes en matière économique. Bien au contraire. Le PLD qui a passé plus de quinze ans au pouvoir en République dominicaine se réclame lui aussi de la gauche et de l’héritage de Juan Bosch, mais cela n’a pas empêché à Leonel Fernandez et à Danilo Medina chacun en leur temps d’appliquer sans sourciller les recommandations du FMI et de la Banque mondiale.
En fait le grand problème en République dominicaine c’est que la droite institutionnelle n’existe presque pas depuis la mort de Joaquim Balaguer. Les héritiers de ce dernier ne sont pas à la hauteur du défi et vivent à la remorque tantôt du PRD et tantôt du PLD, pour ne pas dire bientôt du PRM. Mais ceci est une question que nous aborderons en profondeur une autre fois.
La République dominicaine dispose maintenant d’un nouveau président élu. Un comité de transition est créé officiellement par Danilo Medina pour effectuer la passation des grands dossiers de l’État dominicain. L’équipe de gouvernance de Luis Abinader est déjà constituée officieusement et n’attend que l’installation officielle de Luis Abinader Corona pour commencer à mettre en œuvre son programme électoral. Mais la situation ne sera pas facile pour le nouveau président en raison de la situation de marasme économique créé par la pandémie du coronavirus. La République dominicaine a sans aucun doute perdu trois mois de croissance économique pour un pays qui se présentait de plus en plus comme le dragon économique de la grande Caraïbe. Le défi est de taille pour le PRM. Luis Abinader saura-t-il être à la hauteur pour relever les défis économiques, financiers et sanitaires de la nouvelle ère de la Covid-19?
L’économiste de Harvard a du pain sur la planche. Qu’il fasse honneur à cette université de la Ivy League. On parlait à un certain moment des Chicago boys. Parlera-t-on bientôt du « Harvard boy »? Pour la première fois, un authentique entrepreneur, un spécialiste du management, un vrai représentant du secteur privé dominicain et un fils de la grande bourgeoisie dominicaine, va diriger les destinées du pays de Juan Pablo Duarte. Quelles sont ses chances de réussite? Quels seront les obstacles auxquels il sera bientôt confronté? Les fruits répondront-ils à la promesse des fleurs? Les défis sont immenses. Nous lui souhaitons bonne chance dans ses nouvelles tâches. Les choses sérieuses commencent.
Azad Belfort
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