CEP : l’opposition encourage tous les secteurs sollicités à ignorer le président
Le CEP vient de démissionner en bloc quelques heures après que le chef de l’État ait écrit aux organismes ayant désigné les conseillers à confirmer ou remplacer leurs membres respectifs. L’opposition avec les yeux fixés sur la transition, déconseille les secteurs en question à contribuer à la mise en place du projet dictatorial du locataire du Palais national.
Le président met le cap sur la réalisation des prochaines élections dans le pays. En dépit de la réticence de l’opposition conjuguée aux multiples embuches du moment, il ignore la capacité de ses opposants à lui faire obstacle. À son avis, il y aura contre vents et marées des élections dans le pays et le PHTK les remportera comme toujours haut la main, a fanfaronné le chef de l’État.
Pendant qu’il baigne dans son optimiste, le CEP est parti lui offrant l’occasion de repartir à zéro. Une case départ qu’il n’a jamais envisagé. L’opposition, dans l’intervalle, qui fait la promotion d’un consensus intersectoriel vers une transition de rupture, invite les secteurs concernés à ne pas prendre garde des fuites en avant du chef de la nation.
Le secteur démocratique et populaire, appuyé de plusieurs autres structures, appelle les secteurs désignés à décliner les invitations de M. Moise. Dans une note rendue publique par ces structures, elles déconseillent ces secteurs à se faire complice du locataire du Palais national dans son projet dictatorial. Au contraire, elles préconisent la mobilisation intensifiée en vue du respect pur et simple de l’article 134-2 de la Constitution.
L’opposition majoritairement fait le plaidoyer de l’instauration de la transition comme ultime solution pour juguler la crise. Pour cela, elle n’arrête pas d’appeler à un consensus entre tous les secteurs incluant ceux invités par le chef de l’État. « Le président doit partir au plus tard le 7 février 2021 pour que la transition puisse poser les bases de la nouvelle société tant souhaitée », recommandent plusieurs organisations politiques et de la société civile ayant conjointement paraphé un document d’engagement autour de l’avenir de la nation.
Le Mouvement populaire dessalinien(MOPOD) abonde dans le même sens. « Il ne peut pas y avoir d’élections avec Jovenel Moise qui incarne la corruption, le banditisme, la misère, la dictature. Nous allons vers une transition de rupture et un changement de système », martèle Raphael André qui dit n’accorder aucune importance à la décision du CEP de partir en bloc. « Ils ont été rejetés par la population. Ils se sont montrés insouciants et dépourvus de caractère. Leur démission nous importe peu », a lâché le porte-parole du MOPOD.
Du côté de RPH (Rassemblement des patriotes haïtiens), c’est la même position. Cette structure politique préconise un retour à l’ordre constitutionnel à travers un dialogue franc et sincère. Selon le sénateur de l’Ouest, Pierre Paul Patrice Dumont, le pays a trop souffert, il faut faire le sursaut qui permettra de ne plus sortir des principes légaux et constitutionnels.
Le sénateur n’a rien contre l’organisation des élections ni contre la constitution d’un conseil électoral provisoire. Cependant, il juge important que la nation sache les vraies raisons poussant, d’une part les conseillers électoraux à jeter l’éponge, et d’autre part, les motivations du chef de l’état à se précipiter. Par conséquent, il invite les secteurs concernés à, avant de designer des personnalités, concerter entre eux et avec la population. « La société doit se garder de ne pas jouer le jeu du locataire du Palais national », a balancé le représentant du département de l’Ouest au Parlement.
Dans la foulée, le sénateur esquive tout arbitrage des organismes internationaux et régionaux dans le processus du dialogue. Les neuf secteurs ayant désigné des personnalités au CEP peuvent jouer ce rôle de rond central, conseille M. Dumont. Rappelons que plusieurs organisations sociopolitiques ont applaudi la démission du reste du CEP. Selon elles, c’est un pas vers la bonne direction. Et, dans cette veine, Biron Odigé, appelle à l’intensification de la mobilisation contre le pouvoir tout en invitant la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA) à réaliser une enquête d’audit sur la gestion de tous les membres du dernier CEP.
Daniel Sévère
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