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Insécurité : le pouvoir sort enfin de son silence

Insécurité : le pouvoir sort enfin de son silence

L’insécurité, le vent en poupe, fauche aussi la vie d’enfants de moins d’un an. À force de ne pas prendre position, des autorités, parmi les plus hautes, donnent l’impression qu’ils ne sont pas au courant. Pourtant, ils réagissent, avec des mots de sympathies, aux malheurs qui touchent des personnes à mille lieues d’ici.

« Beyrouth (Liban) a été durement secouée par les explosions survenues ce mardi 4 août. Les pertes en vies humaines et dégâts matériels sont immenses. Je compatis à la douleur de ce pays ami et exprime ma solidarité à la communauté libanaise vivant en Haïti », a écrit le président Jovenel Moise, sur son compte Twitter officiel, quelques heures après la double explosion mortelle de Beyrouth. Par contre, le président semble n’être pas au courant de ce qui s’est passé récemment à Cité Soleil, où un bébé de huit mois et une femme enceinte ont succombé sous les balles assassines des bandits armés. Le chef de l’État n’est pas non plus au courant que lundi dernier, des bandits armés ont ouvert le feu sur un véhicule de transport en commun, causant au passage la mort d’un bébé de 4 mois ainsi que sa mère.

Ce qui s’est produit au Liban, où les derniers bilans de ce mercredi 5 août 2020 font état de 113 morts et 4 000 blessés, est quelque chose de très grave pour un pays déjà miné par la corruption et les difficultés économiques. Par conséquent, le peuple libanais a réellement besoin de soutien. Chez nous, en quelques semaines, deux bébés de moins d’une année ont été tués par des bandits armés qui opèrent dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince depuis pas mal d’années. Dans n’importe quel pays qui se respecte, quand ces choses se produisent, la société se remet en question. Ici, en Haïti, c’est devenu la norme.

Il est difficile de faire des projections sur l’éventuel changement de direction. Au contraire, les choses sont devenues encore pires. Les gangs armés ne sont pas menacés dans leur fonctionnement. Les autorités n’ont rien fait pour stopper leur prolifération. Qui pis est, certaines factions de gangs armés sont accusées de travailler au profit du pouvoir en place. D’après les rapports de plusieurs organisations de la société civile, dont le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), la Fondasyon je klere (FJKL), les gangs armés, récemment fédérés autour du G9 an fanmi, travaillent tous pour le pouvoir en place. Avec une Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion (CNDDR) aux méthodes de travail inédites, les Haïtiens ont l’impression d’être roulés dans la farine depuis plus de deux ans. Cette commission, de par son approche, a plutôt tendance à encourager la prolifération des gangs armés.

Après de nombreuses critiques, Jovenel Moise et Jouthe Joseph se disent offusqués par les actions des bandits armés du pays. En fin d’après-midi du mercredi 5 août 2020, le chef de l’État a posté un message sur son compte Twitter officiel, déclarant que les actes de banditisme perpétrés dans le pays attristent son équipe, et que des instructions formelles ont été passées aux autorités compétentes afin de renforcer les mesures de sécurité et de sévir contre les éventuels coupables. Peu de temps avant lui, le chef du gouvernement avait effectué cette même mis en scène en critiquant l’incapacité de l’institution policière à assurer dignement sa mission, alors qu’il fait partie des personnes ayant la mission de renforcer la capacité de la PNH.

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