Omar Sy, victime du politiquement correct
Le politiquement correct est devenu intolérance, arrogance, exclusion, enfermement et dictature de la pensée unique. Le cas d’Omar Sy, qui subit actuellement une exécution médiatique en bonne et due forme, en est malheureusement l’illustration.
« T’as pas honte ». « T’es vraiment une ordure ». « T’es vraiment une putain de faux cul, toi ». Des insultes les unes les plus virulentes que les autres pleuvent sur l’acteur français noir Omar Sy (42 ans), connu surtout pour son rôle dans le film-culte « Les intouchables » (2011). Des internautes le lynchent littéralement parce qu’il a tenu le rôle d’un policier dans son dernier film « Police » d’Anne Fontaine. Avec Virginie Elfira et Grégory Gadebois, il forme une équipe dont l’une des missions est de reconduire un clandestin à la frontière. Un film qui raconte le quotidien souvent difficile des policiers qui, parfois, se voient contraints de prendre des décisions qui les répugnent.
Des « bien-pensants » appellent au boycott de ce film. D’autres demandent à rejeter aussi tous les prochains films dans lesquels jouera l'acteur. Un hashtag a même été créé pour dénoncer l'artiste #BoycottOmarSy. « Elle est bonne, la soupe là ? T’as pas honte de tenir ce rôle après tes dernières prises de position ? », peut-on lire aussi sur Twitter. Les internautes ne font pas dans la dentelle.
Ces moralistes voient une contradiction flagrante – une trahison même – entre sa prise de position concernant l’assassinat de Georg Floyd et le rôle qu’il vient de jouer dans le film. Le comédien avait pris position aussi en faveur d’Adama Traoré, en dénonçant les violences policières. Dans « L’Obs », il avait il y a quelques mois tenu ces propos : « Georges Floyd et Adama Traoré avaient des points communs : ils étaient tous deux noirs, de grande carrure, leurs vies ont basculé dans l’horreur en quelques heures. Pour rien. Je mesure 1,92 m, je suis noir, je leur ressemble. Est-ce qu’il peut m’arriver la même chose qu’à eux demain ? Est-ce que cela risque d’arriver un jour à mes enfants ? À vos enfants ? Cette peur sans nom, cette peur injustifiée qui empoisonne nos vies, doit disparaître ».
Une saine réaction de solidarité de la part de l’acteur. Mais peut-on vraiment en dire autant de la part de ses détracteurs qui n’arrivent pas à faire la distinction entre réalité et fiction ? Entre l’acteur et le personnage qu’il incarne, le rôle qu’il joue ? En quoi le personnage de policier qu’il interprète contredit-il ses convictions morales ? Ces censeurs sont d’autant plus à côté de la plaque que le film était planifié bien avant les événements de mai 2020 aux États-Unis et les prises de position correspondantes de Sy.
S’il y a une contradiction, elle est à chercher dans la position morale de ces dénigreurs. D’un côté, on déplore que les Noirs n’aient pas assez de rôles importants – combat on ne peut plus juste que joue par exemple l’actrice française métisse Cynthia Saint-Fleur au sein de l’association Actrices et Acteurs de France Associés (AAFA) - et de l’autre, on en réduit le nombre d’affectations en les liant à des critères moraux insensés. Ça sent l’intolérance à vue d’œil. On dirait une réédition du « réalisme socialiste » qui fut imposé autrefois dans les pays anciennement communistes. Sauf qu’ici on ne sait pas quel adjectif accoler à ce réalisme ? Réalisme éthique ou réalisme ethnique ?
Ces personnes luttent pour le respect des personnes noires et de couleur. Une bonne chose. Mais peut-on respecter cette manifestation de non-respect vis-à-vis du choix d’un acteur et sa mise à mort symbolique sur la toile ? L’acteur suisse Bruno Ganz (décédé en 2019 à 77 ans) qui a joué Hitler dans « Le déclin » (2004), un film d’Oliver Hirschbiegel sur les derniers jours du dictateur allemand, fut-il pour autant un nazi ? Pendant qu’on y est, à ce rythme il ne restera plus d’acteurs « normaux » (moraux) car il y a tellement de rôles de méchants. Tous ceux qui, dans des films, ont joué le rôle de bourreaux, de colons, de criminels, de psychopathes, de violeurs, de pédophiles sont à bannir puisqu’ils osent interpréter des monstres ? On peut jouer le méchant sans en faire pour autant l’apologie. Dans ce cas, ceux qui jouent les esclaves dans une fiction historique par exemple, sont-ils donc des inconscients ? Des aliénés ? Des traites à la « race » ?
Tout compte fait, bientôt ces hyper-moralistes vont décréter qu’on ne devrait filmer que des histoires sans violence et décrire un univers aseptisé, un monde de Bisounours où « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Une vie incolore, inodore, sans saveur et sans histoire. Toute œuvre devra désormais passer par le moule de la bien-pensance morale, éthique et ethnique. On éliminera tout ce qui politiquement incorrect comme les mots qu’on estime imprégnés d’une connotation raciste ou racisante.
Parfois, à force de vouloir avoir raison, on finit par tomber dans le ridicule et perdre la raison tout court. À vouloir être trop sérieux, on devient rigolo. Dans le meilleur des cas. Et dans le pire, dangereux. C’est le début de l’intolérance, de la pensée unique et de la dictature. L’histoire regorge des conséquences désastreuses de l’intolérance. L’extrémisme n’a jamais été bon conseiller. Cette attitude plus moralisante que morale (car excluant l’autre, sa liberté et l’Histoire même dans laquelle il se meut) gêne l’autre en ce qu’elle l’infériorise plus qu’il ne le fait grandir. Ce qui va, à coup sûr, créer un malaise chez la personne pointée du doigt et chez les autres qui ne partagent pas ce point de vue excessif, pour ne pas dire extrémiste. Ces juges moralistes risquent de produire l’effet contraire de celui souhaité. À force de rechercher la faute là où elle n’est pas, on risque d’en créer d’autres. Alors, les spectateurs devraient aller voir le film et ignorer tout bonnement le hurlement des sirènes du sectarisme et de l’intolérance fanatique.
Huguette Hérard
Si vous avez déjà créé un compte, connectez-vous GRATUITEMENT pour lire la suite de cet article.
Pas encore de compte ? Inscrivez-vous
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.