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Les dangereux comédiens

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Graham Greene provoqua la colère du dictateur pour avoir écrit Les Comédiens, roman pourtant bien mièvre au regard de ce que l’auteur avait vu, deviné et voulu montrer. Aujourd’hui ce qui se dit, se déroule devant nous, dépasse de loin tout ce qu’on pourrait imaginer. Notre pays peut être donné en exemple pour illustrer ce qui peut arriver à une communauté quand il est gouverné, pris en otage par des gens, des dirigeants, une élite qui a pour la population le mépris le plus total.Dans cette anormalité devenue la norme, que de choses on pourrait dénoncer !

Graham Greene provoqua la colère du dictateur pour avoir écrit Les Comédiens, roman pourtant bien mièvre au regard de ce que l’auteur avait vu, deviné et voulu montrer. Aujourd’hui ce qui se dit, se déroule devant nous, dépasse de loin tout ce qu’on pourrait imaginer. Notre pays peut être donné en exemple pour illustrer ce qui peut arriver à une communauté quand il est gouverné, pris en otage par des gens, des dirigeants, une élite qui a pour la population le mépris le plus total.Dans cette anormalité devenue la norme, que de choses on pourrait dénoncer ! Comme débarquer en pleine nuit dans un dit service d’urgence d’un dit hôpital avec un enfant de neuf ans qui frise la détresse respiratoire. En fait, il n’y a pas de services d’urgence et l’unique préoccupation de certaines personnes se trouvant sur les lieux parfois à titre de médecin, c’est de se faire du fric, avec l’assurance - combien de gens disposent d’une vraie assurance en Haïti – ou avec le peu qu’on peut soutirer du malade. Un État qui ne serait pas dirigé par des comédiens ne saurait tolérer qu’un hôpital ne dispose pas d’un service d’urgence fonctionnel en bonne et due forme.L’État haïtien serait en mesure de faire face à toutes les catastrophes. Encore de la comédie ! Ce qui vient de se passer à Port-de-Paix le prouve. Un hôpital sans électricité. Des gens du secteur privé ont décidé de faire parvenir à cet hôpital débordé après le tremblement de terre un groupe électrogène. À la décharge de l’État, il faut dire que nos gouvernements ne sont que la partie visible du mal. Dans la région de Port-de-Paix, l’une des villes les plus mal famées du pays, on compte des dizaines d’amateurs, d’hommes d’affaires, de politiciens, disposant d’une richesse considérable. On ne questionnera pas l’origine de leur avoir en ces temps où la population pointe enfin du doigt la corruption. Mais beaucoup d’entre eux, si ce n’est pas tous, disposent pour leur usage personnel de groupes électrogènes pouvant souvent alimenter un petit village et à plus forte raison un hôpital. La route de Gonaïves à Port-de-Paix, malgré tous ces hommes de la région ayant été à des postes de décision au sein de nos gouvernements, est dans un état déplorable.On nage depuis des décennies dans une comédie que Graham Grenne n’a fait qu’effleurer. La question du salaire minimum en est une. Voici un autre exemple pour montrer le mépris professé pour le peuple de ce pays. Pour les mille gourdes réclamées par les syndicalistes, que de violences exercées sur les ouvriers ! Chaque fois, on laisse tomber une pitance, sur une table trop bien garnie comme un os qu’on jette à un chien. Ainsi à compter du 1er octobre, le salaire minimum de référence est fixé à 420 gourdes par journée de huit heures de travail dans le secteur de la manufacture. Si on prend une moyenne de 60 gourdes pour le transport par jour et si on met seulement un repas par jour à 125 gourdes – un repas frugal, l’ouvrier ne mangera rien le matin, rien le soir- il lui restera 215 gourdes en poche. Sans aucun imprévu. En oubliant les vêtements, l’entretien d’une « pyès kay », la famille dans un pays comme Haïti. La maladie ? S’il a un branchement EDH ou DINEPA comment pourra-t-il payer sinon en se branchant illégalement ? Pire qu’un rêve de colon. Un rêve d’affranchi. Cela dépasse la mauvaise comédie. C’est un mépris des gens qui devient de la folie, une folie qui nous fait vivre sur une poudrière tandis que ceux qui profitent de cette désastreuse situation se munissent chez eux d’armes de guerre – ils en ont les moyens – et prévoient, en dernier ressort, une évacuation vers la République dominicaine.On aime bien la comédie.Mais, le macabre à un certain moment, peut dépasser les bornes.Et la bonne nouvelle est qu’ils exigent que la démocratie haïtienne ne fasse pas table rase de la morale et de l’éthique, et ce jusqu’à secouer le joug du vieux machisme haïtien.Il nous faut sortir du dilemme Petro blokaj versus Petro dechoukaj. Aussi est-il important pour les pouvoirs publics d’agir vite afin d’éviter la fatalité du pire.Il est vrai que ce qui est catastrophique pour la ville des Gonaïves et sa région, ce qui est loin d’être naturelle, réside dans l’appauvrissement progressive, mais dramatique, de la population.Dans les années 70 du siècle dernier, pour une population de moins de cent mille âmes, l’économie de la ville était portée par plusieurs manufactures spécialisées (IDAI, par exemple) et une forte activité de l’industrie extractive.En 2018, après la fermeture des usines, quelques deux inondations d’importance et deux carnavals, Gonaïves gère quelques commerces, ses envies de révolte et les projets d’avenir de quatre cent mille personnes, au moins.Pour ce triste anniversaire, la meilleure manière d’honorer les victimes serait d’imaginer la revitalisation des Gonaïves pour que cette vielle arrête d’exercer un pouvoir d’attraction sur les catastrophes.Nous nous permettons de douter. Aujourd’hui, ramène aussi le 81e anniversaire du massacre, par les Dominicains, de plus de vingt mille Haïtiens au nord de la frontière entre les deux pays.Ce n’est ni normal ni naturel qu’en 2018, près de deux cent mille Haïtiens « illégaux » en République dominicaine, genoux à terre, tentent tout pour éviter l’expulsion.Le problème de la tonnelle !Un sociologue dont je tairai le nom disait qu’un peuple qui adore ses dieux sous une tonnelle n’est pas capable de voir le ciel.Certains peuvent être offusqués par cette boutade, mais il est indiscutable que nous sommes petits et qu’il nous faut changer nos manières de comprendre nos relations avec notre lieu. Et tout commence par les détails. Ce bruit partout qu’on accepte. Ces fatras qu’on enlève en plein jour et qui causent des embouteillages monstrueux. Accepter d’être ridiculisé, rabaissé, racketté pour un service auquel on a droit. Admettre qu’on peut installer un voyou au Parlement. Des tonnes d’anormalités.Alors que des porcs et des fous circulent en toute liberté dans nos rues, il n’y a pas de quoi en faire une histoire. Certains ont même des sirènes.Qu’on avoue publiquement qu’on nous méprise, qu’on nous hait et les marrons, les vrais vainqueurs des troupes de Leclerc en 1803 se ressouviendront de leurs faits d’armes.C’est bien beau d’indexer le peuple, de lui dire qu’il est sauvage, pas civilisé quand c’est vous qui implémentez la misère, qui financez les gangs et le chaos.L’union est la force d’une nation, mais la place des psychopathes est à l’asile.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

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