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Le déclin ?

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Nous avons mis un point d’honneur à accuser nos aînés de nostalgiques à chaque fois qu’ils essaient au procès de l’école haïtienne en dissertant sur ses contre-performances. Nous nous retranchions derrière nos belles et nombreuses raisons : la discipline implacable jusqu’au recours à la torture, l’hypotrophie de l’intelligence par le « parcoeurisme » et la scolarisation parcellaire de la population concernée.À bien réfléchir, tranquillement, loin de tous les jargons de la pédagogie nouvelle, loin des graphiques PowerPoint d’une scolarisation universelle projetés pour les « clusters » dans un hôtel chic, loin de l’offre d’enseignement variée et exotique, loin des records d’excellence de certains établissements, notre système éducatif est proche de l’effondrement.

Nous avons mis un point d’honneur à accuser nos aînés de nostalgiques à chaque fois qu’ils essaient au procès de l’école haïtienne en dissertant sur ses contre-performances. Nous nous retranchions derrière nos belles et nombreuses raisons : la discipline implacable jusqu’au recours à la torture, l’hypotrophie de l’intelligence par le « parcoeurisme » et la scolarisation parcellaire de la population concernée.À bien réfléchir, tranquillement, loin de tous les jargons de la pédagogie nouvelle, loin des graphiques PowerPoint d’une scolarisation universelle projetés pour les « clusters » dans un hôtel chic, loin de l’offre d’enseignement variée et exotique, loin des records d’excellence de certains établissements, notre système éducatif est proche de l’effondrement. Pire, les acteurs ne font pas semblant de le redresser et ne tentent même plus de nous cacher ce mal qui est l’expression glaçante d’un champ de ruines monumentales.Bien entendu, il nous reste le paravent des bonnes écoles tenues par des pédagogues hors pair que nous estimons tous. La République, à ce que je sache, est plus grande qu’un réseau de quelques milliers de familles capables de payer l’éducation de leurs enfants dans de bonnes conditions. Ce constat ne peut pas être traité dans le lot des anecdotes puisque les textes de loi cadrant le système éducatif haïtien préconisent une école fondée et bâtie et développée selon les principes de la solidarité et de l’égalité.L’effondrement annoncé, dans le cas du système éducatif haïtien est la somme de ces petits déclins sur lesquels nous hésitons à mettre des mots de peur d’attiser la haine de l’autre. Comme si nos silences, nos alignements, la géométrie de notre proportion à contourner les problèmes pouvaient gommer les inégalités dans le milieu scolaire.Lundi, les élèves sont convoqués, chacun selon les moyens de ses parents, à reprendre les cours dans un système à plusieurs vitesses. Les voix autorisées du ministère de l’Éducation nationale ont étalé leurs plans tout en tentant de rassurer voire d’innover avec l’introduction d’un module sur le reboisement dans le programme. Les éditeurs, sous contrat avec l’État haïtien pour la fourniture de livres scolaires, ont brandi leurs menaces et les factures impayées. Les syndicats ont dépoussiéré leurs revendications tellement connues qu’elles n’étonnent plus.Lundi, c’est la reprise. Le désespoir se traduit en mains tendues pour collecter de quoi payer l’écolage, les livres, l’uniforme ou les arriérés de l’année dernière. Cette année encore, face à un contexte socio-économique difficile, les inégalités seront visibles en surface. Et comme un ver dans le fruit, l’ensemble des effectifs scolaires ne se présentera pas à la reprise. D’autres enfants de la République retrouveront leurs classes qu’à partir du mois de janvier.L’effondrement total sera la suite logique de l’exclusion sociale d’une catégorie d’enfants à qui nous concédons un accès très limité à l’éducation et à la formation. Or, il est superflu de démontrer qu’il existe un lien serré entre la formation et le marché du travail. Les défauts actuels du système empêchent de mener la lutte obligatoire pour créer des compétences haïtiennes et valoriser un savoir-faire local. Ces cryptos scolarisés d’aujourd’hui intégreront à l’avenir la frange de la population vulnérable et exposée à la pauvreté. Les enfants grandissent vite surtout quand ils grandissent mal dans les conditions violentes qui les exposent à l’apprentissage de la survie par n’importe quels moyens. Nous en paierons tôt ou tard le prix.Tout en reconnaissant les efforts individuels qui supportent encore les fondations du système, l’école haïtienne a besoin de plus de moyens et de nouvelles stratégies.Il s’agit du refrain d’une chanson populaire : c’est tellement plus facile de passer son bac après quatorze ans passés chez les Frères. C’est limité et suranné, mais tellement vrai.Alors un drapeau sale et déchiré flottant au sommet d’un édifice public ou d’un commissariat, devrait-on s’en étonner ?Le drapeau est ce qu’on est. Ce n’est pas un détail si ces drapeaux sont sales et déchirés.Il y a eu une incursion de soldats dominicains en territoire haïtien dans la région de Belladère. Les circonstances de l’affaire ne sont pas claires, car du côté haïtien, on n’a vraiment pas eu une réaction officielle. Mais il y a plein de réactions sur les réseaux sociaux comme celle de dire de cesser tout commerce, toute relation avec le pays voisin.Ces gens auraient dû voir un documentaire du journaliste Ives Marie Channel sur nos territoires frontaliers. Une honte pour l’État et les gouvernements haïtiens. La frontière n’est pas Malepasse, Ouanaminthe, Anse à Pitre seulement. C’est plus de trois-cents kilomètres de frontière et la majorité de la population qui y vit dépend de la République dominicaine pour l’éducation, la santé, l’eau potable, etc. Ce documentaire, les âmes prudes, nos nationalistes de pacotille, évitent de le visionner, ou s’ils l’ont visionné, ils préfèrent l’oublier.Et pourtant c’est la moindre des choses que de veiller à ce qu’un drapeau sur un édifice public soit fier. Si on n’est même pas capable de penser à cela, on a quelque chose qui ne fonctionne pas nos têtes.Le problème de la tonnelle !Un sociologue dont je tairai le nom disait qu’un peuple qui adore ses dieux sous une tonnelle n’est pas capable de voir le ciel.Certains peuvent être offusqués par cette boutade, mais il est indiscutable que nous sommes petits et qu’il nous faut changer nos manières de comprendre nos relations avec notre lieu. Et tout commence par les détails. Ce bruit partout qu’on accepte. Ces fatras qu’on enlève en plein jour et qui causent des embouteillages monstrueux. Accepter d’être ridiculisé, rabaissé, racketté pour un service auquel on a droit. Admettre qu’on peut installer un voyou au Parlement. Des tonnes d’anormalités.Alors que des porcs et des fous circulent en toute liberté dans nos rues, il n’y a pas de quoi en faire une histoire. Certains ont même des sirènes.Qu’on avoue publiquement qu’on nous méprise, qu’on nous hait et les marrons, les vrais vainqueurs des troupes de Leclerc en 1803 se ressouviendront de leurs faits d’armes.C’est bien beau d’indexer le peuple, de lui dire qu’il est sauvage, pas civilisé quand c’est vous qui implémentez la misère, qui financez les gangs et le chaos.L’union est la force d’une nation, mais la place des psychopathes est à l’asile.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

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