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Éditorial

Bois-Caïman et ses leçons

Bois-Caïman et ses leçons

Nos livres d’histoires populaires et obligatoires à l’école, ceux-là mêmes qui peuvent, sans faute, créer des dieux et des démons, des grands leaders et des parias, ont transformé le congrès de Bois Caïman en un acte banal. Puis nos évangélisateurs, nos professeurs, nos occupants et leurs cohortes de fidèles, d’élèves et de collabos l’ont achevé en faisant appel à l’émotion chrétienne pour couvrir d’une connotation barbare et criminelle un acte historique fondateur et la cristalliser dans l’imaginaire collectif.Deux cent vingt-sept ans plus tard, au pic des temps de crises, nous sommes contraints, même, dans les tentatives de revalorisation d’un acte essentiel à notre construction en tant que peuple, de maintenir la rencontre hautement politique de Bois Caiman dans un statut de cérémonie.

Nos livres d’histoires populaires et obligatoires à l’école, ceux-là mêmes qui peuvent, sans faute, créer des dieux et des démons, des grands leaders et des parias, ont transformé le congrès de Bois Caïman en un acte banal. Puis nos évangélisateurs, nos professeurs, nos occupants et leurs cohortes de fidèles, d’élèves et de collabos l’ont achevé en faisant appel à l’émotion chrétienne pour couvrir d’une connotation barbare et criminelle un acte historique fondateur et la cristalliser dans l’imaginaire collectif.Deux cent vingt-sept ans plus tard, au pic des temps de crises, nous sommes contraints, même, dans les tentatives de revalorisation d’un acte essentiel à notre construction en tant que peuple, de maintenir la rencontre hautement politique de Bois Caiman dans un statut de cérémonie. Or, les cérémonies, par définition, sont protocolaires et sans surprises.Entre ce qui est falsifié et ce qu’il reste à comprendre de Bois Caiman, le chemin reste à inventer.Pour revenir aux principaux débats et inquiétudes en cours, la République, à travers toutes ses institutions et ses composantes sociales, commence à prendre la mesure de cette impuissance qui enlève toute légitimité à l’acte de gouverner et tout bon sens à la fatalité d’être jeune et d’appartenir à ce pays. Et, malgré les règlements de compte sur Twitter, les incendies allumés sur Facebook et le nécessaire débat sur la refondation de l’État, nous persistons à croire que l’État-nation n’est pas destiné à disparaître.Le Congrès du Bois-Caïman avait proposé de manière claire un dialogue avec tous ceux qui ne juraient que par un rééquilibrage des rapports entre les habitants de Saint-Domingue et les acteurs du système colonial. Et, à ce titre, le Congrès avait bien mis en relief les enjeux politiques et économiques de ceux qui nous imposent leurs dieux.C’est sans doute, l’exemple du Congrès de Bois-Caïman qui montre le plus clairement la voie à prendre pour repenser l’articulation des pouvoirs en Haïti. N’en déplaise aux fabricants d’histoire pour peuples dominés, le Congrès du Bois-Caïman n’était pas qu’une cérémonie sacrificielle annonçant le massacre et le détroussage des cadavres de tous les maitres, riches à millions, du système.Il est temps d’admettre que le Congrès reste un outil au service de l’émancipation humaine. Même avec un cochon égorgé (l’horreur de la bonne société), il faut reconnaître la dimension du combat pour l’avènement d’un autre monde.« Le dieu qui créa la terre, qui créa le soleil qui nous donne la lumière. Le dieu qui détient les océans, qui fait gronder le tonnerre. Dieu qui a des oreilles pour entendre. Toi qui es caché dans les nuages, qui nous observes où que nous soyons, tu vois que le blanc nous a fait souffrir. Le dieu de l’homme blanc lui demande de commettre des crimes. Mais le dieu en nous veut que nous fassions le bien. Notre dieu, qui est si bon, si juste, nous ordonne de nous venger de nos préjudices. C’est lui qui dirigera nos armes et nous apportera la victoire. C’est lui qui nous aidera. Nous devrions tous rejeter l’image du dieu de l’homme blanc qui est si impitoyable. Écoutez la voix de la liberté qui chante dans tous nos coeurs »Ainsi pria Boukman et ainsi soit-il !Nous avons besoin de faire fructifier notre héritage. Ce n’est qu’à cette condition que le peuple mènera d’autres combats pour exiger de la gouvernance véritable.Sans conteste, les actes du Congrès du Bois-Caïman ont été d’une grande lucidité et d’une grande utilité pour dessiner les contours de l’avenir.Est-ce que nous sommes dans une république dépravée où seuls les membres du gang auront un jour accès aux dites bonnes écoles ?L’autre raison est encore plus folle.Y a-t-il une catégorie de gens qu’on ne veut pas fréquenter ? Un apartheid qu’on veut signifier, établir ? Un parent d’élèves a osé pointer du doigt les enfants qui arrivent sur taxi-moto. On pourrait aussi indexer les enfants qui viennent dans des voitures qui ne font pas high class. Beaucoup de journalistes du National tomberaient sous les couperets de cette discrimination qui ne se dit pas.Il faut que ces gens, ces fous, qui exigent à ces responsables d’établissements d’augmenter les frais scolaires, soient clairs. Qu’on cesse de se cacher. S’il y a une partie de la population qu’on méprise, qu’on déteste, qu’on veut anéantir, qu’on le dise.Il y a aussi un autre drame. Ceux qu’on méprise, qu’on veut annihiler et qui tiennent malgré tout à ce que leur progéniture fréquente de tels établissements simplement pour dire qu’on est là même si alors l’enfant grandit frustré, avec des complexes qui viendront achever la société.Ceux qui se croient d’une race supérieure dans ce pays, ils doivent être non seulement aveugles, mais fous. Il n’y a rien à montrer pour le prouver sinon qu’une infériorité, une bestialité, une compétence à perpétuer le chaos, la misère, bref le mal même dans leurs propres lieux.Qu’on cesse dans les officines, dans certaines réunions de parents dans les écoles, à étaler une telle maladie mentale.Qu’on avoue publiquement qu’on nous méprise, qu’on nous hait et les marrons, les vrais vainqueurs des troupes de Leclerc en 1803 se ressouviendront de leurs faits d’armes.C’est bien beau d’indexer le peuple, de lui dire qu’il est sauvage, pas civilisé quand c’est vous qui implémentez la misère, qui financez les gangs et le chaos.L’union est la force d’une nation, mais la place des psychopathes est à l’asile.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

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