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La banalisation de la bêtise

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Un sociologue haïtien, professeur reconnu dans plusieurs grandes écoles secondaires de la capitale, avant sa mort en 1985, voyant déjà l’état de l’enseignement de son pays après plus de vingt-cinq ans de dictature duvaliériste disait que dans trois décennies la bêtise allait nous retourner en plein visage avec une force qu’on ne pouvait imaginer. En fait, on n’a pas attendu trois décennies pour plomber l’intelligence dans ce pays. Après wòch nan dlo pra l konn doulé wòch nan solèy, aujourd’hui on offre une voiture à une fillette de neuf ans parce qu’elle s’est déhanchée de manière indécente en public devant ceux qui devraient donner l’exemple de la vertu et de la décence.On est dans un tel état de détérioration de l’intelligence, qu’on ne penserait même pas à récompenser des lauréats scolaires.

Un sociologue haïtien, professeur reconnu dans plusieurs grandes écoles secondaires de la capitale, avant sa mort en 1985, voyant déjà l’état de l’enseignement de son pays après plus de vingt-cinq ans de dictature duvaliériste disait que dans trois décennies la bêtise allait nous retourner en plein visage avec une force qu’on ne pouvait imaginer. En fait, on n’a pas attendu trois décennies pour plomber l’intelligence dans ce pays. Après wòch nan dlo pra l konn doulé wòch nan solèy, aujourd’hui on offre une voiture à une fillette de neuf ans parce qu’elle s’est déhanchée de manière indécente en public devant ceux qui devraient donner l’exemple de la vertu et de la décence.On est dans un tel état de détérioration de l’intelligence, qu’on ne penserait même pas à récompenser des lauréats scolaires. Combien de jeunes, excellents dans leur domaine et qui, même pour représenter leur pays à l’étranger, sont obligés de quémander pour trouver une pitance pour afin de faire honneur à leur patrie ?On penserait à une propagande antigouvernementale quand on voit ce chiffre à plusieurs zéros qui circule sur les réseaux sociaux pour l’achat de télévisions pour la Coupe du monde. Notre université d’État est privée de tout. Il suffit de faire un tour à l’INAGHEI où à la faculté des Sciences humaines, pour ne citer que celles-là. Ce n’est pas de la gouvernance. C’est de l’imposture tout simplement.La Coupe du monde est certainement une grande fête mondiale du sport. Elle est aussi malheureusement, chez nous, le moment où s’affichent sans honte nos pires folies, nos pires névroses. Entre une fillette qui s’exhibe de manière indécente, dans un spectacle où le « Théâtre national » a eu son mot à dire – nous sommes bien obligés de mettre les guillemets-l’argent dépensé pour des téléviseurs qui disparaitront pour la plupart après l’évènement, nous avons eu aussi droit à l’hymne national massacré comme si de rien n’était en présence des plus hauts officiels, et surtout, circulant sur les réseaux sociaux, la montée d’un drapeau brésilien devant une foule chantant la Dessalinienne. On est vraiment en droit de se demander si nous ne sommes pas dans un asile de fous. Cette montée d’un drapeau brésilien devient presque une banalité dans une capitale où les citoyens se promènent fièrement exhibant sur leur voiture des drapeaux étrangers. Qu’on le veuille ou non, c’est une forme de schizophrénie qui va de pair avec le déni de la réalité, le mépris de soi, le refus de l’effort avec comme corolaire, le désir fou de réussir, d’être premier par procuration.Quand au plus haut sommet de l’État on donne des gages à la bêtise et à l’indécence, on autorise la méchanceté à s’afficher sur toutes ses formes. Des pantins peuvent bien vociférer alors, la société, malheureusement en pleine chute, ne retiendra que la récompense à la médiocrité. L’effort, la qualité, la beauté, la vérité, on n’en a nul besoin dans cette république de tous les kokoratismes. Mais il restera toujours, n’en déplaise à ceux qui trament ce complot contre la nation, ces régiments de vrais marrons pour garder la flamme de l’espoir et de la renaissance.Les mobilisations massives sont des paris ouverts. Chaque pays qui mène des réformes connait des mouvements sociaux. Mais ce n’est pas une raison pour tenter, en vain, de déverrouiller le train infernal des réformes nécessaires au maintien du statu quo. Quand il y a grève, manif, sit-in, badigeonnage ici et là, on s’en aperçoit. Nul ne peut s’en passer. Le mouvement des ouvriers du textile pour une hausse du salaire minimum a été assené de coups durs. Une sorte de démoralisation. Syndicalistes, militants des droits humains, patronat se retrouvent la tête sous l’eau. Quoi qu’on dise. La mobilisation impactait ou risquait d’impacter à un point tel qu’elle faisait peur. Elle impactera toujours si les problèmes qu’elle pose ne sont vite résolus. Tout le danger consiste à compartimenter les contestations au lieu de porter le combat sur la politique globale du gouvernement et ses retombées concrètes sur les conditions de vie de la population.Énergie, santé, éducation, cherté de la vie, justice. On ne compte plus les mobilisations d’ampleur qui fleurissent avec le temps. Loin des revendications éparses, c’est bien tout un projet de société qui est contesté. Une stratégie de développement. Un projet dans lequel l’idée même du service public tourné vers le citoyen est mise à mal pour poser la problématique de la réforme du système. Le sac à dos social du Premier ministre Jack Guy Lafontant dont les bretelles deviennent si fragiles en plein déficit budgétaire ne peut s’empêcher de tomber à l’eau à chaque franchissement de gué.Il est venu le temps d’investir dans l’emploi massif et les salaires plutôt que dans l’assistance sociale visant à gérer le présent dans l’incertitude des lendemains. Ce sont les vecteurs d’accomplissement personnel et de socialisation qui, contrairement aux modes classiques d’expression des revendications populaires et des indicateurs de changement, réclament la curiosité blasée de l’opinion.Le pays a grandement besoin d’une opposition organisée, mais qui se doit à tout prix d’éviter les facilités ruineuses de l’insurrection permanente a visée électoraliste. Une formule usitée qui souvent ne débouche sur aucune alternative constructive. Il faudrait faire le bilan de nos différentes révoltes armées ou pacifiques depuis deux siècles et orienter nos luttes politiques sur des chemins balisés et débarrassés des embuches politiciennes à courte vue, sans égard pour la chose publique et pour l’intérêt général.Les bons samaritains, les personnes en campagne, les gestionnaires du risque et les Forces armées d’Haïti auraient pu être opérationnels dès maintenant : en apprenant à la population à mieux se protéger, en libérant les rues, les lits des ravines et en aidant les personnes en situation de vulnérabilité à prendre conscience de leur fragilité et agir sur sa réduction.La prévention vaut mieux que la réponse.On peut bien parler de décentralisation. Mais il faut se souvenir que dans la folie et le chaos de ce pays, il faut redéfinir le sens des mots.circonstances d’exercice de cette pratique, admettons-le, poussent àla nostalgie. La voix de Colette Lespinasse ni coquette ni arrogantemanque. Les travaux de Mireille Neptune Anglade, de Suzy Castor, entre autres, ne sont ni exemples ni références pour les abonnées des mots d’ordre de la coopération internationale voire du protectorat de la MINUSTAH.Le mouvement féministe en Haïti a livré des batailles qui ont servi de béquilles à la lutte pour la démocratie et la restitution de leurhumanité à chaque Haïtien. Ceci étant posé, le principe de l’égalité homme femme ne saurait aujourd’hui se confiner aux quotas dans les secteurs hyper valorisés dans un mouvement désarticulé porté par des célébrités incapables de cerner les enjeux majeurs du féminisme et de l’humanité.Ce 8 mars 2018, le commerce du pardon et des bouquets de fleurs fonctionne à plein régime. Des femmes, entre petits fours et autres niaiseries, prennent la parole pour elles, valorisent d’autres dans un cercle d’adoration mutuelle. Sur Facebook, les murs sont pavés de formules bienveillantes. Aux dernières nouvelles, il est nécessaire de poursuivre la lutte.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes sont en chômage technique, sans garantie de retrouver leur précaire place dans la sous-traitance à cause d’un bras de fer entre hommes de pouvoir.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes jetées sur la route du Chili et des incertitudes de l’exil sont dans une salle de rétention à l’aéroport de Santiago. Certaines saignent d’angoisse et de désespoir.Hommage, désenchantements et renouvellement du besoin de lutter, la Journée internationale de la femme peut aussi être le prétexte ou l’occasion de rappeler aux femmes et aux hommes du pays qu’il ne faut pas arrêter de marcher ensemble à la même hauteur. La vigilance est toujours de mise.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

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