Nous avons peur !
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La République aura de la peine à expliquer à une jeune fille de 22 ans, étudiante très sérieuse et très appliquée à la faculté de médecine de l’UEH, pourquoi a-t-elle conscience de prendre un risque énorme à chaque fois qu’elle doit se rendre à ses cours ou rentrer chez elle. Son seul crime est d’être résidente, sans l’avoir choisi, de Carrefour.
La République aura de la peine à expliquer à une jeune fille de 22 ans, étudiante très sérieuse et très appliquée à la faculté de médecine de l’UEH, pourquoi a-t-elle conscience de prendre un risque énorme à chaque fois qu’elle doit se rendre à ses cours ou rentrer chez elle. Son seul crime est d’être résidente, sans l’avoir choisi, de Carrefour. Sa grande faiblesse est de ne pas avoir hérité des moyens de se déplacer en véhicule blindé. Vulnérable, malgré elle, et en dépit de ses efforts de faire tout ce qui lui était recommandé pour construire de manière utile l’avenir de son pays.Pendant une semaine, elle a essayé de vaincre sa peur et ses angoisses. La seconde était celle de trop, elle s’est barricadée chez elle, palpitations et migraines, espérant trouver refuge chez une âme charitable à Port-au-Prince.Depuis quelque temps, le segment entre le Portail Léogane et Martissant est une zone à haut risque tout en gardant sa fonction stratégique et nécessaire pour connecter la capitale, Port-au-Prince, et tout le grand Sud du pays. Et chaque jour passé est un jour de trop.Nous avons déjà essayé toutes les explications et les excuses les plus plausibles. Les intellectuels et les médias « sérieux » ont trouvé les bons mots et la juste parade pour éviter de sombrer dans l’alarmisme en désignant les « nouveaux sauvages ». Comme si les pratiques criminelles des gangs des quartiers ne peuvent être posées et comprises que sous le prisme de l’injustice sociale. Une réaction légitime, en quelque sorte.Alors que la terreur installée par les gangs persiste et se poursuit, les militants des droits de l’homme, oubliant presque les conséquences criminogènes des actions des gangs, cherchent à documenter, en amont et par précaution, la barbarie des interventions policières qui pourraient être montées. Et, les responsables de la sécurité publique qui osent en parler nous endorment avec leur littérature de l’impuissance.Nous connaissons tous la chanson des rues trop étroites, des habitations inaccessibles à cause du labyrinthe des corridors, du surpeuplement des quartiers et du manque de civisme des habitants. Il reste un fait que le pays est coupé en deux parce qu’il faut être soit insensé ou courageux pour emprunter la Nationale numéro 2 à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.Nul n’a besoin d’une grande intelligence sociologique ou d’une bonne conscience politique pour être citoyen. C’est vrai qu’exprimer cette peur qui engendre le désespoir et la perte de contrôle sur ses activités quotidiennes et légitimes peut prendre l’allure d’un discours réactionnaire et néanmoins réducteur qui occulte les vrais enjeux et les graves problèmes des quartiers populeux. Mais, la jeune étudiante de 22 ans et les centaines de milliers d’utilisateurs réguliers, sans autres options, de la Nationale numéro 2 espèrent jouir de l’illusion d’être protégés par l’État et la société.Aujourd’hui la Coupe du monde de football et toute la passion qu’elle suscite. Demain l’augmentation du prix de l’essence et des pâtés « kòde ». Dans une semaine, la grève de tel corps de métier insatisfait en colère. Et, chaque jour son lot insensé d’accidents, d’abus, de contrariétés et d’affrontements entre des personnes lourdement armées. Les habitants de ces quartiers ont besoin de la présence forte de l’État, à travers ses institutions, pour mettre en place des politiques solidaires pouvant garantir l’égalité des chances, l’éducation et l’emploi à des Haïtiens vulnérables jusqu’à l’absurdité. C’est un fait que personne ne tente de nier.En ce jour de fête pour ceux qui aiment le football, la jeune fille de 22 ans a peur d’une zone de non-droit où les tensions, entre les gangs rivaux, et entre les gangs et la Police, sont permanentes. Elles risquent de continuer après la grande finale.Les bons samaritains, les personnes en campagne, les gestionnaires du risque et les Forces armées d’Haïti auraient pu être opérationnels dès maintenant : en apprenant à la population à mieux se protéger, en libérant les rues, les lits des ravines et en aidant les personnes en situation de vulnérabilité à prendre conscience de leur fragilité et agir sur sa réduction.La prévention vaut mieux que la réponse.On peut bien parler de décentralisation. Mais il faut se souvenir que dans la folie et le chaos de ce pays, il faut redéfinir le sens des mots.circonstances d’exercice de cette pratique, admettons-le, poussent àla nostalgie. La voix de Colette Lespinasse ni coquette ni arrogantemanque. Les travaux de Mireille Neptune Anglade, de Suzy Castor, entre autres, ne sont ni exemples ni références pour les abonnées des mots d’ordre de la coopération internationale voire du protectorat de la MINUSTAH.Le mouvement féministe en Haïti a livré des batailles qui ont servi de béquilles à la lutte pour la démocratie et la restitution de leurhumanité à chaque Haïtien. Ceci étant posé, le principe de l’égalité homme femme ne saurait aujourd’hui se confiner aux quotas dans les secteurs hyper valorisés dans un mouvement désarticulé porté par des célébrités incapables de cerner les enjeux majeurs du féminisme et de l’humanité.Ce 8 mars 2018, le commerce du pardon et des bouquets de fleurs fonctionne à plein régime. Des femmes, entre petits fours et autres niaiseries, prennent la parole pour elles, valorisent d’autres dans un cercle d’adoration mutuelle. Sur Facebook, les murs sont pavés de formules bienveillantes. Aux dernières nouvelles, il est nécessaire de poursuivre la lutte.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes sont en chômage technique, sans garantie de retrouver leur précaire place dans la sous-traitance à cause d’un bras de fer entre hommes de pouvoir.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes jetées sur la route du Chili et des incertitudes de l’exil sont dans une salle de rétention à l’aéroport de Santiago. Certaines saignent d’angoisse et de désespoir.Hommage, désenchantements et renouvellement du besoin de lutter, la Journée internationale de la femme peut aussi être le prétexte ou l’occasion de rappeler aux femmes et aux hommes du pays qu’il ne faut pas arrêter de marcher ensemble à la même hauteur. La vigilance est toujours de mise.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.
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