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Les nouveaux Pharisiens

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Les moralistes ont la vie plus que dure ces temps-ci. Entre un rappeur qui dérape, une certaine jeunesse dévorée par la précarité et l’effritement des valeurs, un haut dignitaire de l’Église qui tient des propos curieux, un Premier ministre pour qui il n’y a pas d’insécurité, des responsables de l’État qui font tout pour empêcher une enquête sur la dilapidation des Fonds PetroCaribe et qui participent comme si de rien n’était à un forum sur la corruption, il est difficile de transcender sans toucher à des fils sensibles.

Les moralistes ont la vie plus que dure ces temps-ci. Entre un rappeur qui dérape, une certaine jeunesse dévorée par la précarité et l’effritement des valeurs, un haut dignitaire de l’Église qui tient des propos curieux, un Premier ministre pour qui il n’y a pas d’insécurité, des responsables de l’État qui font tout pour empêcher une enquête sur la dilapidation des Fonds PetroCaribe et qui participent comme si de rien n’était à un forum sur la corruption, il est difficile de transcender sans toucher à des fils sensibles. Et notre société est si engluée dans le non-sens, le non-respect des normes les plus élémentaires, qu’il est difficile de s’ériger en pape de la morale si on ne peut s’attaquer au problème dans son essence même.On a vu sur les réseaux sociaux des bandits exhibant des armes modernes comme seules des unités spéciales de la Police nationale devraient en posséder. C’est bien de partir en guerre contre un rappeur peu scrupuleux, mais c’est aussi curieux pour un moraliste de ne pas se poser de questions sur les armes que possèdent ces gangs quand tout le monde sait qu’ils leur sont impossibles de se procurer un tel arsenal. Ces armes ne peuvent provenir que des secteurs d’argent et aussi de ces politiciens qui sous pratiquement tous les gouvernements ont distribué des armes à des civils, surtout dans les quartiers pauvres dans le but de se maintenir au pouvoir. Le syndrome Duvalier est toujours là. Sauf que l’international aime bien la forme. Le fond peut rester le même.On comprend bien le jeu. Des armes dans les quartiers populaires, des gangs qui y font la loi, cela crée une situation de chaos qui empêche toute organisation sérieuse de la base. Aucune association, aucun parti politique avec une vision nouvelle, ne peut s’implanter dans ces lieux, car ils doivent obtenir l’autorisation des ayants droit de ces quartiers qui prennent leurs ordres des « mèt peyi ». Lors des élections, ces quartiers ayant un poids électoral significatif sont ainsi neutralisés. Difficiles d’accès à cause de l’insécurité voulue, on peut y planifier des magouilles à grandes échelles.On n’a pas besoin d’être un expert de la politique pour comprendre. Il y va de la sécurité même de cette classe qui depuis l’indépendance a confisqué la victoire des marrons. Pour ne pas être submergé par le nombre, il faut le plonger dans l’ignorance et surtout empêcher toute possibilité d’organisation. L’insécurité dans les quartiers populaires obéit donc à une logique permettant la perpétuation d’un système qui anéantit la population, mais qui fait le beurre de secteurs se moquant éperdument d’une reprise en main de la nation.C’est dans cet environnement difficile que nos moralistes doivent faire entendre leur voix. Dans les temples, dans les églises, on a beau prêcher la bonne parole, les conditions de vie des citoyens les mettent dans la ligne de mire des prédateurs. Et ces prédateurs, souvent, trop souvent même, se présentent comme des gardiens du troupeau. Jésus, de retour, serait sidéré s’il osait lancer sa fameuse réplique : « Que celui qui n’a jamais péché lance la première pierre. » À ce stade avancé de leur évolution, nos hypocrites, nos pharisiens n’auraient aucune honte à lapider la femme adultère.Le relèvement des habitats ; un appui pédagogique et matériel aux écoles structurellement sinistrées de ces quartiers populaires ; la création de centres culturels ; la promotion d’activités solidaires et citoyennes ; les opportunités d’ emploi et les investissements dans des activités pro-croissance sont des facteurs pouvant contribuer à l’ intégration de ces populations exclues qui habitent une ceinture de feu autour de la ville, et qui sont forcées de vivre en marge de la loi.La reconstruction ne peut plus attendre et les appels à un nouveau départ doivent déserter le discours des politiques pour s’incarner dans la transformation progressive de nos villes et campagnes. Nos villes deviennent des lieux d’entassement qui affaiblissent chaque jour le lien social.Il y a sur cette question du paysage urbain, célérité dans l’urgence pour répéter après un ancien ministre.Haïti a grand besoin pourtant d’une thérapie nationale, une mise en per­spective de nos problèmes structurels et des résolutions énergiques pour sortir du marasme de l’humanitaire. Il faut donner toutes ses chances à un vrai dialogue national.Manifestation perpétuelle près de la Faculté d’Ethnologie. Des policiers impassibles n’interviennent pas, mais surveillent. Le pays sombre déjà dans ce rayon de cinq cents mètres. On n’a pas besoin d’aller plus loin pour comprendre, car l’espace physique reflète bien l’état mental des hommes.On remorque des voitures qui stationnent dans certains endroits de cette zone. La facture est salée. L’État bandit, kleptomane, au travail. Le moteur de la corruption est dans cet espace, dans ce centre.On peut bien parler de décentralisation. Mais il faut se souvenir que dans la folie et le chaos de ce pays, il faut redéfinir le sens des mots.circonstances d’exercice de cette pratique, admettons-le, poussent àla nostalgie. La voix de Colette Lespinasse ni coquette ni arrogantemanque. Les travaux de Mireille Neptune Anglade, de Suzy Castor, entre autres, ne sont ni exemples ni références pour les abonnées des mots d’ordre de la coopération internationale voire du protectorat de la MINUSTAH.Le mouvement féministe en Haïti a livré des batailles qui ont servi de béquilles à la lutte pour la démocratie et la restitution de leurhumanité à chaque Haïtien. Ceci étant posé, le principe de l’égalité homme femme ne saurait aujourd’hui se confiner aux quotas dans les secteurs hyper valorisés dans un mouvement désarticulé porté par des célébrités incapables de cerner les enjeux majeurs du féminisme et de l’humanité.Ce 8 mars 2018, le commerce du pardon et des bouquets de fleurs fonctionne à plein régime. Des femmes, entre petits fours et autres niaiseries, prennent la parole pour elles, valorisent d’autres dans un cercle d’adoration mutuelle. Sur Facebook, les murs sont pavés de formules bienveillantes. Aux dernières nouvelles, il est nécessaire de poursuivre la lutte.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes sont en chômage technique, sans garantie de retrouver leur précaire place dans la sous-traitance à cause d’un bras de fer entre hommes de pouvoir.Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes jetées sur la route du Chili et des incertitudes de l’exil sont dans une salle de rétention à l’aéroport de Santiago. Certaines saignent d’angoisse et de désespoir.Hommage, désenchantements et renouvellement du besoin de lutter, la Journée internationale de la femme peut aussi être le prétexte ou l’occasion de rappeler aux femmes et aux hommes du pays qu’il ne faut pas arrêter de marcher ensemble à la même hauteur. La vigilance est toujours de mise.Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

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