Caricom, des ponts entre les hommes?
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Construction de lien social, assainissement des finances publiques, création d’emplois, lutte contre l’exclusion et la corruption, croissance économique... ce sont les sujets parmi bien d’autres qui ne se sont jamais épuisés dans les assises officielles. Tous les dirigeants haïtiens, sans exception, ont eu à s’acquitter du devoir d’aborder ces thématiques d’une extrême pertinence en leur donnant, selon l’occasion, une dimension liée à leur vision qui les dispose à récolter dans l’opinion des suffrages unanimes. Mais souvent ce n’est qu’un mirage.
Construction de lien social, assainissement des finances publiques, création d’emplois, lutte contre l’exclusion et la corruption, croissance économique... ce sont les sujets parmi bien d’autres qui ne se sont jamais épuisés dans les assises officielles. Tous les dirigeants haïtiens, sans exception, ont eu à s’acquitter du devoir d’aborder ces thématiques d’une extrême pertinence en leur donnant, selon l’occasion, une dimension liée à leur vision qui les dispose à récolter dans l’opinion des suffrages unanimes. Mais souvent ce n’est qu’un mirage.En effet, à l’ouverture comme à la clôture de la 29e réunion intersessionnelle du Marché commun de la Caraïbe (Caricom), Haïti s’est prêtée au théâtre de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’organisation régionale. Du 26 au 27 février 2018, Jovenel Moïse qui assure la présidence tournante de la Caricom a donné pleinement sa mesure en plaidant, du mieux qu’il a pu, pour l’officialisation du français comme langue de travail et la solidarité des pays membres en cas de catastrophes naturelles. Ont été débattues les thématiques liées à l’environnement, l’intégration du créole, une politique de bonne gouvernance permettant de répondre efficacement aux défis, enjeux et perspectives communs de la région.Vaste marché de plus de 18 millions d’habitants avec un flux de 23 millions de touristes par an, la Caricom a un potentiel de 41 millions de consommateurs avec un réel pouvoir d’achat. En 2013, Wilson Laleau, alors ministre du Commerce et de l’Industrie, lors d’un diner-causerie, avait exhorté les forces vives du secteur privé des affaires à mieux s’impliquer dans le marché commun caribéen et à tirer parti des opportunités offertes par la Caricom. Appelant à la mobilisation de ce secteur et de la société civile sur une question d’intérêt crucial pour l’avenir du pays, le titulaire du MCI déplorait le retard pris par ces entités dans le suivi des décisions à prendre par rapport à la Caricom, depuis qu’Haïti a ratifié le traité de Chaguaramas consacrant son adhésion.En effet, jusqu’en 2013, Haïti ne pouvait s’empêcher de se montrer incapable de mettre à jour les documents relatifs aux règles d’origine et aux normes en vigueur dans la communauté. Elle n’a pas non plus adopté les mesures légales visant l’alignement systématique du tarif national aux Tarifs extérieurs communs (TEC) appliqués dans la région. Les questions liées, par exemple, aux dispositions à prendre par le ministère de la Justice et de la Sécurité publique pour finaliser la participation du pays aux travaux de la Cour de justice des Caraïbes, à la signature et la ratification de l’accord établissant cette Cour, à l’approfondissement des travaux initiés avec l’Organisation régionale des normes et qualités (CROSQ), à la mise en place à l’aéroport d’une ligne réservée aux ressortissants des pays membres de la CARICOM ont été posées. En quoi ces questions ont-elles été répondues par l’État haïtien et le secteur privé qui a d’ailleurs tant besoin de réinvestir activement et durablement ce champ d’action?C’était assurément pour leur permettre de saisir aujourd’hui la balle au bond que la 29e session de la conférence intersessionnelle de la Caricom s’est tenue à Port-au-Prince. Au cours de ces deux journées d’échanges fructueux et sereins, les débats ont porté sur la gestion des risques et désastres, les changements climatiques, l’augmentation des primes d’assurances et le Single Market & Economy (CSME). Cerise sur le gâteau : la libre circulation au niveau de la Caraïbe.Si les barrières linguistiques sont désormais abolies grâce à un système de traduction automatique personnalisée qui sera mis en place lors des assises, la question de la libre circulation des gens et des biens demeure le symbole des frontières établies au niveau de la Caricom. Même s’il est entendu que les personnes détentrices de visa américain, canadien ou Schengen peuvent voyager librement à compter du 30 mars 2018. ce qui donne l’illusion qu’un certain pont a été jeté pour supprimer les frontières entre les hommes.La journaliste du Nouvel Obs Martine Girard a fait le tour de ce que notre pays offre à ses visiteurs en termes d’avantages comparatifs par rapport à d’autres pays de la région. Elle a également fait parler Jean François Rial, PDG de Voyageurs du Monde qui a mis Haïti sur sa liste de destinations touristiques : « D’une poésie permanente, Haïti fait partie des destinations émergentes, passionnantes avec la Colombie ou l’Albanie » affirme M. Rial. L’article a cité, parmi d’autres, comme attraction touristique incontournable pour tous ceux qui nous visitent…le marché en fer, haut lieu de l’artisanat au centre-ville. Vraisemblablement, au moment de mettre sous presse, l’auteure ignorait selon toute évidence le sort tragique que venait de subir cet édifice historique récemment rénové. Conséquence désastreuse de nos insoutenables légèretés.Tout ceci pour revenir à une question qui nous tient à coeur dans ce journal : l’aménagement du territoire de manière à en faire un espace résilient, et un pôle multiple de développement. Souvent décrit à longueur de projets, et repris dans moult discours officiels, cet aménagement stratégique tarde à se concrétiser. Une telle politique n’est pas possible sans une décentralisation et une autonomie progressive des communes.La détresse urbaine et la déforestation sont des facteurs qui se conjuguent pour nous embourber dans le mal développement. Nous avons hâte de voir ces questions obtenir le bénéfice de l’urgence de la part des pouvoirs publics, de la société civile et des partis politiques. Alors seulement nous cesserons comme dit le poète, « d’aller à la mort par habitude ».Il existe des solutions : il suffit de trouver ceux qui, armés de volonté politique, veulent bien les porter et les faire aboutir.Nous ne demandons qu’à croire, qu’à donner raison à notre diaspora. Mais, d’où qu'elles viennent toutes les déceptions se valent.
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