Écrire à la rédaction
Radio Pacific 101.5 fm
Éditorial

Nos papiers !

Nos papiers !

Fournir des papiers d’identité à ses ressortissants est une obligation de tout État. Encore faut-il que cet État reconnaisse un statut à ceux qui résident ou naissent sur son territoire selon des codes ou des lois bien établies. La manière dont sont délivrés ces papiers permet de comprendre comment cet État considère ses citoyens et aussi s’il effectue une différence entre eux sur la base de leurs origines, de leur classe sociale, de la couleur de leur peau ou de leurs avoirs tout simplement.Dans le temps, une grande partie de notre population était estampillée Paysan sur les actes de naissance avec tout ce que cette classification charriait de préjugés stupides. Depuis 1986, les choses ont commencé à changer, mais jusqu’à présent l’État rechigne à délivrer des papiers d’identité aux citoyens.

Fournir des papiers d’identité à ses ressortissants est une obligation de tout État. Encore faut-il que cet État reconnaisse un statut à ceux qui résident ou naissent sur son territoire selon des codes ou des lois bien établies. La manière dont sont délivrés ces papiers permet de comprendre comment cet État considère ses citoyens et aussi s’il effectue une différence entre eux sur la base de leurs origines, de leur classe sociale, de la couleur de leur peau ou de leurs avoirs tout simplement.Dans le temps, une grande partie de notre population était estampillée Paysan sur les actes de naissance avec tout ce que cette classification charriait de préjugés stupides. Depuis 1986, les choses ont commencé à changer, mais jusqu’à présent l’État rechigne à délivrer des papiers d’identité aux citoyens. Si les difficultés pour se procurer le moindre document peuvent être comprises comme une manière d’obliger le citoyen à recourir à la corruption pour se le procurer, enrichissant au passage des fonctionnaires sans scrupules, ces mêmes difficultés peuvent être vues soit comme une volonté délibérée d’ignorer une grande partie de la population, de la mépriser, de la mettre hors du jeu citoyen, soit dans le cas de la carte d’identité nationale comme un politique visant à réduire le nombre de citoyens possédant ce document, de les « sectorialiser » , de manière à pouvoir manipuler les élections à tous les niveaux.Obtenir sa carte d’identification nationale revient à effectuer un véritable parcours du combattant. Certains vont jusqu’à passer la nuit devant un bureau de l’ONI tandis que d’autres se présentent bien avant l’aube, malgré les conditions sécuritaires. Il faut parfois des heures dans une file d’attente sans pour autant avoir la certitude qu’on pourra remplir les formalités pour une carte qui ne sera remise que quelques semaines plus tard. Autre parcours de combattant pour la récupérer. Car des petits génies de fonctionnaires ont cru mieux de centraliser la remise des cartes alors qu’on aurait pu les remettre à leurs propriétaires comme cela se faisait avant au même bureau que les formalités avaient été remplies.Ce qui est curieux, signe du fonctionnement souterrain de cet État vicié par la mentalité affranchie, on ne voit que des citoyens de certaines classes sociales dans ces longues lignes de gens venant soit faire leur carte d’identification nationale, soit la renouveler. Les ayants droit doivent avoir leurs propres bureaux. Ils ne sont peut-être pas des nationaux. Allez savoir !Le drame dans toute cette histoire, c’est que faire une carte d’identité nationale devrait être l’affaire de quelques minutes avec la technologie moderne. Nous avons constaté au bureau de la Place Sainte-Anne qu’il n’y avait que deux ordinateurs disponibles. Un opérateur performant. Un autre qui aux dires de plusieurs témoins n’aurait pas dû être à cette place. Quelques semaines auparavant quatre machines étaient disponibles avec quatre jeunes opérateurs qui maitrisaient parfaitement le système. Les citoyens étaient mieux servis, mais pour des raisons « budgétaires » ces jeunes auraient été renvoyés.On n’arrive pas expliquer la raison qui empêche l’État de mettre le maximum de machines et le maximum d’opérateurs qualifiés dans des bureaux appropriés pour servir avec célérité les citoyens. L’argument du manque de ressources ne tient pas, car il y a des ressources pour les caravanes et toute une gamme d’activités qui ne sont souvent d’aucune utilité à la nation. C’est une volonté délibérée de sévir contre le peuple haïtien, de l’exclure, de le mettre constamment en condition de précarité. Nul n’est besoin de rappeler le scandale qu’a constitué la fausse impossibilité de notre État à fournir des papiers à ses ressortissants en République dominicaine.Nous sommes condamnables dans ces pratiques qui s’apparentent à de la ségrégation et à de la rapine quand des fonds sont dilapidés pour des activités relevant presque de l’escroquerie alors que notre peuple réclame tout simplement le minimum pour vivre. Le minimum pour exister.L’heure est à la vigilance, à la responsabilité citoyenne, à la fin des parties de poker menteur entre Haïtiens pour le grand balai devant nos portes. Nous ne saurons terminer sans saluer les amis américains qui sont tous montés au créneau pour défendre le principe sacro-saint du respect mutuel entre les peuples, spécialement nos confrères de CNN et de MSNBC.

0 commentaire

Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.

Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.

Se connecter Créer un compte

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.

À lire également

Toute la rubrique Éditorial

Alertes du National

Recevez une notification sur votre téléphone ou votre ordinateur dès qu'un article paraît dans les rubriques de votre choix. Gratuit, sans inscription.

Rubriques à suivre