Ne pas se « trumper »
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Les temps sont durs. Le langage des grands de ce monde traduit la brutalité d’un siècle qui se présente déjà comme la chronique insidieuse de catastrophes annoncées. Les portes de l’apocalypse nucléaire n’ont jamais été aussi grandes ouvertes devant nous. Les habitants de l’ile d’Hawaï ont d’ailleurs vécu des moments difficiles suite à une fausse alerte aux missiles le weekend dernier.
Les temps sont durs. Le langage des grands de ce monde traduit la brutalité d’un siècle qui se présente déjà comme la chronique insidieuse de catastrophes annoncées. Les portes de l’apocalypse nucléaire n’ont jamais été aussi grandes ouvertes devant nous. Les habitants de l’ile d’Hawaï ont d’ailleurs vécu des moments difficiles suite à une fausse alerte aux missiles le weekend dernier. C’est dire comment le pugilat verbal entre le président des États-Unis et le leader Nord-Coréen ont créé une ambiance folle de fin du monde.Le discours virulent de ceux qui aujourd’hui prétendent au nom d’une certaine « vérité » déchirer le voile du politiquement correct n’est que l’écho d’un monde tenté par un brutal retour en arrière. Une tendance lourde à se détourner des progrès de l’humaine condition pour glisser allègrement sur le terrain boueux du mépris et de l’insulte facile. La récente déclaration prêtée au président de la plus grande nation du monde assimilant plus d’une cinquantaine de pays dont le nôtre à « un trou à merde » a provoqué dans son propre pays et un peu partout dans le monde : choc et stupeur !Cette bruyante déclaration étonne à la fois par sa brutalité et sa légèreté. Elle fait fondre comme de la cire le discours poli et civilisé de la diplomatie entre les nations, elle déchire avec violence la grammaire des relations internationales et renoue avec la diplomatie de la canonnière et du chantage à la pauvreté.De plus, ce nouveau discours banalise l’insulte, identifie des peuples entiers à l’échec d’une gouvernance mondiale dont la responsabilité devrait être en principe partagée par les grandes puissances et les élites sous-traitantes des pays du Sud. C’est en effet, vouloir réécrire l’histoire que de transformer les victimes d’un ordre mondial scandaleux et inégal en bourreaux de leur propre destin. Ces « trous à merde » ou pour reprendre la traduction d’un journal serbe soucieux de ne pas choquer ses lecteurs : « ces lieux ou les loups copulent » ont jadis été des perles qui ont attiré la convoitise et l’esprit de lucre de ceux qui aujourd’hui se gargarisent de leurs fortunes.De même que l’on veut occulter le fait que la condition de beaucoup de noirs américains vivant dans des ghettos insalubres n’est que la résultante de : « deux cent cinquante ans d’esclavage, quatre-vingt-dix ans de lois discriminatoires. Soixante ans de ségrégation raciale, trente-cinq ans d’une politique du logement raciste ». L’écrivain américain Ta-Nehesi-Coates affirme « Á l’origine de l’Amérique, il y a la spoliation des Noirs et la démocratie blanche, deux éléments qui ne sont pas contradictoires, mais complémentaires ».Le danger qui nous menace ne vient pas de la déclaration de l’homme le plus puissant de la planète, il provient de l’intériorisation de ce discours par une certaine quantité de gens un peu partout dans le monde et même chez nous. Lorsque le mensonge et le déni deviennent, à force de répétition et de banalisation, une « vérité », il y a lieu de craindre la tentation totalitaire.Eugène Ionesco, le dramaturge français a décrit comment certains de ses amis ont peu à peu glissé dans le langage du fascisme : « je ne suis pas du tout d’accord avec les nazis…mais je dois reconnaitre, sur certains points que, par exemple, les juifs… » Et de concession en concession, s’opérait une dangereuse métamorphose qui permit la mise en place de la pensée unique nazie.L’heure est à la vigilance, à la responsabilité citoyenne, à la fin des parties de poker menteur entre Haïtiens pour le grand balai devant nos portes. Nous ne saurons terminer sans saluer les amis américains qui sont tous montés au créneau pour défendre le principe sacro-saint du respect mutuel entre les peuples, spécialement nos confrères de CNN et de MSNBC.
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