ÉDITO: Tristes anniversaires
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Au matin du 19 septembre 2004, toute la République s’est réveillée dans la torpeur et dans l’angoisse. La veille, une interminable et tenace pluie diluvienne s’est acharnée sur la partie septentrionale de l’île, avec une intensité rare sur le haut Artibonite. De Pilate aux Gonaïves, les habitants ont connu l’apocalypse. Une dévastation de grande ampleur qui a occasionné des pertes ahurissantes en vies humaines et en biens. 3000 morts et disparus et des dizaines de milliers de personnes ont passé plusieurs jours, bloquées dans un marécage de boue au milieu des cadavres de bêtes et de concitadins en décomposition. En attendant les secours.
Au matin du 19 septembre 2004, toute la République s’est réveillée dans la torpeur et dans l’angoisse. La veille, une interminable et tenace pluie diluvienne s’est acharnée sur la partie septentrionale de l’île, avec une intensité rare sur le haut Artibonite. De Pilate aux Gonaïves, les habitants ont connu l’apocalypse. Une dévastation de grande ampleur qui a occasionné des pertes ahurissantes en vies humaines et en biens.
3000 morts et disparus et des dizaines de milliers de personnes ont passé plusieurs jours, bloquées dans un marécage de boue au milieu des cadavres de bêtes et de concitadins en décomposition. En attendant les secours.
Il est vrai que tous les projecteurs étaient braqués sur les Gonaïves, mais d’autres localités ont connu la fureur de l’ouragan Jeanne et ont payé le prix fort. C’était le cas de Pilate, Plaisance, Ennery, Port-de- Paix, entre autres.
Quatorze années plus tard, on se souvient que personne n’avait imaginé qu’il fallait avec raison se méfier du déchainement de la nature sur des espaces extrêmement vulnérables.
La catastrophe, il va sans dire, a déclenché un déluge de compassions qui s’est bien illustré dans les évaluations de « dommages et des pertes » et le déploiement des agences humanitaires.
La ville des Gonaïves et ses quatre cent mille habitants se sont péniblement relevés du désastre pour reprendre l’habitude d’affronter les petits et grands défis du quotidien. Entre temps, des gros travaux d’infrastructures ont colmaté des brèches, dressé des digues et rénové des routes. Ultime consolation, la ville a hébergé deux carnavals. Et, elle a dansé.
Toutefois, il est étrange que, quatorze années plus tard, le simple citoyen et le plus diplômé des experts continuent de parler de catastrophe naturelle comme d’une fatalité. Nous pouvons faire des concessions sur le sens administratif et juridique de la notion catastrophe naturelle dans la limite qu’elle peut pousser vers l’état d’urgence et l’intervention de contingents humanitaires transnationaux.
Aussi, il faut admettre que l’empreinte destructrice des gonaïviens sur une terre marécageuse au niveau de la mer a facilité la catastrophe. Si la ville avait été habitée autrement, l’inondation n’aurait pas provoqué autant de morts et affecté, pour encore longtemps, l’économie moribonde de la ville.
Il est vrai que ce qui est catastrophique pour la ville des Gonaïves et sa région, ce qui est loin d’être naturelle, réside dans l’appauvrissement progressive, mais dramatique, de la population.
Dans les années 70 du siècle dernier, pour une population de moins de cent mille âmes, l’économie de la ville était portée par plusieurs manufactures spécialisées (IDAI, par exemple) et une forte activité de l’industrie extractive.
En 2018, après la fermeture des usines, quelques deux inondations d’importance et deux carnavals, Gonaïves gère quelques commerces, ses envies de révolte et les projets d’avenir de quatre cent mille personnes, au moins.
Pour ce triste anniversaire, la meilleure manière d’honorer les victimes serait d’imaginer la revitalisation des Gonaïves pour que cette vielle arrête d’exercer un pouvoir d’attraction sur les catastrophes.
Nous nous permettons de douter. Aujourd’hui, ramène aussi le 81e anniversaire du massacre, par les Dominicains, de plus de vingt mille Haïtiens au nord de la frontière entre les deux pays.
Ce n’est ni normal ni naturel qu’en 2018, près de deux cent mille Haïtiens « illégaux » en République dominicaine, genoux à terre, tentent tout pour éviter l’expulsion.
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