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Éditorial

ÉDITO :La parole inutile !

ÉDITO :La parole inutile !

L’instinct de survie ne peut concevoir qu’un pays puisse, à certains moments de son histoire, se fragiliser au point que son effondrement devient une réelle possibilité. Aujourd’hui, et ça craint, on n’hésite plus à exprimer ouvertement et sans détour la peur de l’avenir. Les temps sont difficiles pour reprendre Ferré. Les temps sont aussi dangereux que ceux qui précèdent des évènements logiquement innommables. Le pire est qu’on ne peut pas faire semblant d’ignorer la réalité parce que la parole qui annonce les jours sombres à venir est forte, bruyante, métastasée sur les réseaux sociaux et commentée dans les forums et médias de toutes sortes. Il est de ces cacophonies qui cassent la magie de la parole, surtout celle des politiques formatées dans l’idée de produire des effets positifs sur la population, quitte à vendre des utopies. De la magie, en quelque sorte.

L’instinct de survie ne peut concevoir qu’un pays puisse, à certains moments de son histoire, se fragiliser au point que son effondrement devient une réelle possibilité. Aujourd’hui, et ça craint, on n’hésite plus à exprimer ouvertement et sans détour la peur de l’avenir. Les temps sont difficiles pour reprendre Ferré. Les temps sont aussi dangereux que ceux qui précèdent des évènements logiquement innommables. Le pire est qu’on ne peut pas faire semblant d’ignorer la réalité parce que la parole qui annonce les jours sombres à venir est forte, bruyante, métastasée sur les réseaux sociaux et commentée dans les forums et médias de toutes sortes. Il est de ces cacophonies qui cassent la magie de la parole, surtout celle des politiques formatées dans l’idée de produire des effets positifs sur la population, quitte à vendre des utopies. De la magie, en quelque sorte.

Certes, la politique, qu’elle soit militante ou réactionnaire, se fonde aussi sur le discours pourvu qu’il propose, avec les mots qu’il faut, un impact sur le réel et une fenêtre sur des meilleurs lendemains. C’est peut-être un tournant dans la banalisation de la vie politique. Mais comment accepter que les personnes qui parlent, imaginent qu’il suffit de prononcer une parole pour qu’elle produise l’effet souhaité ? Comme s’il suffisait de parler et de passer le grand oral avec un document de politique générale pour que la situation change et que tous les Haïtiens se mettent à rêver de bien-être et de progrès.

Depuis plusieurs semaines, à travers de dizaines de manifestations, des citoyens se dressent avec détermination contre la corruption et ses pratiques intolérables. Et, la parole accompagne naturellement ce mouvement qui est le produit d’une accumulation d’insatisfactions de tensions politiques et sociales. Au moment que certains organisent, contournent des obstacles, élaborent des tactiques, d’autres parlent et annoncent la date, le lieu, l’heure de la révolution sans oublier de faire le décompte des victimes directes et collatérales.

Un autre personnage, expert en coups d’État et autres zones chaudes, a plutôt annoncé au lieu de dénoncer un coup d’État à venir, en faisant, dans un foisonnement de détails, l’évaluation des ressources du commando chargé de l’opération.A New Jersey, la semaine dernière, des compatriotes, lors d’une rencontre avec le président de la République, ont été mis dans la confidence d’une mission adroitement conduite par les services haïtiens de renseignement.La prise de parole, qu’aucun projet n’encadre, a tué la magie de la politique et sa boîte de petits secrets, de complots et de héros improbables. Dommage pour les romanciers, les historiens et les enfants qui ont besoin de rêves pour grandir.

Pourvu que l’obstination dans la parole inutile ne nous éloigne pas l’essentiel. La population a besoin de savoir si Haïti pourra survivre à toutes les menaces qui sont loin d’être maitrisées malgré la parole haute officielle. Il y a une semaine, Hervé Saint-Preux, gestionnaire de risques majeurs, a publié un texte sur son blog. Simplement pour nous rappeler que : « Le nord du pays est en sursis d’un nouveau séisme majeur. Les petites secousses sismiques que la région connait depuis quelque temps font partie des signes avant-coureurs annonçant la catastrophe à venir.[…] La deuxième ville du pays (le Cap-Haïtien) située dans ce département est l’illustration parfaite de la gravité de la situation, elle a une densité de 12.842 hab./km2 pour une population de 163.222 habitants (IHSI, 2012). La ville est sans services de secours, sans voie de pénétration dans les bidonvilles, sans pompiers, sans système d’alerte à la population pour des risques de tsunami, sans un plan d’urgence à la hauteur du danger, pour ne citer que ces déficiences. Précisons rapidement que les départements du Nord-Est et du Nord-Ouest ne sont pas à l’abri de ce danger. » Nous avons tant besoin de cette parole. Utile.

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