ÉDITO: Le temps des vaches maigres !
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Dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies lors de la 73e session ordinaire de l’organisation mondiale, le président Jovenel Moïse a souligné les lourdeurs des procédures liées aux conditionnalités imposées par les bailleurs de fonds internationaux pour l’octroi de l’aide dite au développement.Le chef de l’État haïtien a adopté en la circonstance une posture offensive dans le costume d’un leader du Tiers-monde venu dire ses quatre vérités aux grands de ce monde. « Le pays, a déclaré le président Moise, a vécu la fâcheuse et douloureuse expérience d’un soulèvement populaire en réaction aux exigences du Staff Monitored Program conclu avec le Fonds monétaire international. Les conditions souvent rigides imposées par les partenaires techniques et financiers, sans tenir compte de la réalité socio-économique de chaque pays, sont la résultante d’une vision trop étriquée de l’aide au développement »
Dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies lors de la 73e session ordinaire de l’organisation mondiale, le président Jovenel Moïse a souligné les lourdeurs des procédures liées aux conditionnalités imposées par les bailleurs de fonds internationaux pour l’octroi de l’aide dite au développement.Le chef de l’État haïtien a adopté en la circonstance une posture offensive dans le costume d’un leader du Tiers-monde venu dire ses quatre vérités aux grands de ce monde. « Le pays, a déclaré le président Moise, a vécu la fâcheuse et douloureuse expérience d’un soulèvement populaire en réaction aux exigences du Staff Monitored Program conclu avec le Fonds monétaire international. Les conditions souvent rigides imposées par les partenaires techniques et financiers, sans tenir compte de la réalité socio-économique de chaque pays, sont la résultante d’une vision trop étriquée de l’aide au développement »
Ces phrases pourraient se retrouver dans n’importe quel essai de l’économiste égyptien aujourd’hui décédé, Samir Amin. N’avait-il pas en son temps dénoncé la nature léonine et inadaptée d’une certaine aide tout en prônant la déconnexion du système capitaliste ? Le président Moïse n’a pas été aussi loin, mais a plaidé pour une approche « moins fragmentée, moins rigide, plus intégrée ; bref plus cohérente des problèmes interdépendants de développement ». Il a relevé la chape de plomb que font peser les ajustements structurels sur des économies précaires comme la nôtre. En Grèce comme en Argentine, la cure prescrite par les instances internationales a des effets secondaires souvent aussi indésirables et néfastes sur le plan social que le mal inflationniste qu’elle est censée combattre.Toutefois, pour que sa parole soit crédible, Haïti doit balayer devant sa porte. Point n’est besoin d’être un adepte de l’évangile des institutions de Bretton Woods pour admettre qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de la gouvernance économique haïtienne. Le mot « corruption » est aujourd’hui sur les lèvres de tous, et nos élus à quelque corps de l’État qu’ils appartiennent en ont fait une sorte de mantra bouddhiste. Un leitmotiv. Sauf que les actions ne suivent pas les déclarations d’intention, et les rares mesures annoncées ne sont nullement au niveau de l’ampleur du phénomène. Bref, rien de vraiment bien nouveau sous le soleil pour amorcer le changement tant souhaité.
Cette question ne concerne pas uniquement l’administration publique, la corruption et son corollaire « le brassage » sont devenus une sorte de sous-culture qui sévit dans quelque soit le milieu social. Pour faire simple, la corruption est globalement pratiquée par les dominants et le « brassé » reste l’apanage des dominés, les plus pauvres. Il arrive souvent que les fauteurs de crises qui sont liées à la corruption endémique s’improvisent médecins et se proposent pour soigner une pathologie virale qu’ils ont eux-mêmes causée. C’est peut-être ce qui explique que depuis tout ce temps nous tournions en rond, que nous avons la vertigineuse sensation de revenir au point de départ. Et que plus cela change, plus c’est la même chose.Le problème n’est surtout pas que technique. Les derniers logiciels des services de la douane et du ministère des Finances n’ont pas pu empêcher les scandales de surfacturation ou la nébuleuse de contrats douteux dénoncés par le président lui-même. Les technostructures et les réformes sur papier ne suffiront point. La politique énergétique budgétivore jusqu’ici complaisamment instaurée achève chaque année d’asphyxier un État dont la débilité financière ne peut nullement financer un quelconque développement. C’est la crise partout, et en quelque sorte le commencement de la fin d’un monde.
Les cris justifiés qui partent des quatre coins du pays pour réclamer une vraie transparence sur l’utilisation des fonds Petrocaribe sont des brèches historiques dans la chrysalide d’un temps qui jusqu’ici a maintenu captives les revendications populaires. Ce que réclame la rue haïtienne est une autre manière de gestion du bien commun, comme dirait le philosophe Jacques Rancière, une autre manière d’habiter le temps. Toutefois, le printemps revendicatif haïtien qui renaît à la faveur de ce mouvement, parti du fin fond de la société civile, est tout de même menacé de dérives qui proviennent de groupuscules aux méthodes douteuses.Il nous faut sortir du dilemme Petro blokaj versus Petro dechoukaj. Aussi est-il important pour les pouvoirs publics d’agir vite afin d’éviter la fatalité du pire.
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