Le droit au respect
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Nous avons connu et traversé un temps, très long, où chaque quartier avait ses curiosités que tout le monde traitait avec condescendance et pitié. En même temps que nous questionnions les réticences à déconstruire les préjugés vis-à-vis des personnes noires et celles faisant partie de minorités discriminées, principalement en Europe et en Amérique du Nord, nous entretenions, avec force de préjugés et de facilités, les rapports avec les personnes handicapées de notre entourage. Nous avions tous un « Bout pye », un « Bèbè », un « Vye je, un « Bosi » ou un « Chikata ».
Nous avons connu et traversé un temps, très long, où chaque quartier avait ses curiosités que tout le monde traitait avec condescendance et pitié. En même temps que nous questionnions les réticences à déconstruire les préjugés vis-à-vis des personnes noires et celles faisant partie de minorités discriminées, principalement en Europe et en Amérique du Nord, nous entretenions, avec force de préjugés et de facilités, les rapports avec les personnes handicapées de notre entourage. Nous avions tous un « Bout pye », un « Bèbè », un « Vye je, un « Bosi » ou un « Chikata ».
Jusqu’à aujourd’hui, la société haïtienne, dans sa pratique des rapports sociaux, n’arrive pas à résoudre le problème de la discrimination à l’égard des personnes vivant avec un handicap. Rien ne peut permettre d’affirmer que les personnes diminuées physiques ou mentalement peuvent se percevoir dans un rapport d’égalité avec les autres membres de leur société. Les préjugés, vis-à-vis de cette catégorie de la population, sont autant de contraintes, de chaînes et de freins qui entravent la progression de ces personnes discriminées vers des objectifs d’autonomisation totale et de réalisation de soi.
Il est vrai que le sujet est mieux abordé de nos jours sous la pression des instruments structurels et factuels dédiés à la défense de droits de l’homme, mais. Il est tout aussi évident qu’un bureau de secrétaire d’État, quelques agences internationales et de programmes, trop souvent fantaisistes, des organisations non gouvernementales ne suffisent pas.
En effet, de toute l’histoire de notre pays, la fondation de l’École Saint Vincent, en 1945, par les Sœurs Sainte Marguerite de l’Église épiscopale d’Haïti est une initiative qui n’a jamais été dépassée voire copiée. Il faudrait peut-être rappeler que les pays occidentaux, qui estiment détenir le monopole du cœur et de la bonne gouvernance, ont commencé à bien prendre en charge les personnes souffrant de handicap qu’après la Seconde Guerre mondiale. Loin de tenir des propos pour dévaloriser les autres institutions qui se sont dévouées à la cause des personnes handicapées en Haïti, mais l’expérience Saint Vincent reste unique et mérite d’être saluée.
Pour beaucoup de familles haïtiennes, l’œuvre des sœurs du Couvent de Sainte Marguerite a incontestablement apporté de résultats positifs. Ils sont nombreux, les citoyens haïtiens, anciens pensionnaires ou élèves du Centre Saint Vincent, qui sont devenus des professionnels accomplis, des artistes de talent qui contribuent au développement de notre société avec toute l’assurance qu’il faut à un être digne et fier.
Pour la Journée internationale des personnes handicapées, au-delà des discours usuels et des sursauts de positionnement, chaque professionnel handicapé à l’œuvre dans une institution publique ou privée est une réussite ; le produit de la lutte contre les inégalités qui génèrent l’exclusion.
Nous avons l’obligation de rendre le pays meilleur pour cette catégorie d’Haïtiens en leur garantissant l’accès à la mobilité, à l’éducation et à une vie sociale correcte.
Néanmoins, personne ne doit renoncer à exiger, de manière générale, plus de respect des droits de l’homme en Haïti. Les violences sociales, civiles et politiques creusent des inégalités qui hypothèquent notre droit à la dignité, à la paix et à la sécurité. Dans le pays des grandes vulnérabilités, certains sont plus faibles que d’autres.
Jean-Euphèle Milcé
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