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Qui jettera la première pierre?

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Est-ce raisonnable de se faire vacciner ?

Par ces temps de pandémie létale greffée sur la grande vulnérabilité d’Haïti, toutes les questions, bonnes ou idiotes, sont à poser. En effet, il est évident que la culture de la lenteur nous va bien et nous convient en Haïti. Pour cause, nous avions abordé la propagation de la Covid-19 dans une confortable dénégation. Si les mesures préventives imposées par les autorités politiques et sanitaires ont été suivies, dans un cocasse faire-semblant, par les institutions publiques et privées formelles, la population, dans l’ensemble, a ignoré les restrictions. Pourtant, la méfiance n’a pas été le prétexte, mais la pauvreté. Il fallait bien prendre le risque de continuer à vivre et de chercher la vie, au milieu des autres, dans les marchés publics, dans le transport en commun et beaucoup de fois dans les rassemblements de prières. Mais aussi, personne, même en Haïti, ne connaît la formule pour confiner des pauvres qui vivent à dix dans vingt mètres carrés et séparés des autres par une cloison de fortune ou un corridor.

La pandémie, molle dans sa propagation dans le pays, n’a pas provoqué les dégâts attendus, comme certaines prévisions le laissaient craindre. Et, nous étions presqu’arrivés à la conclusion consensuelle d’une protection mystique, génétique ou je ne sais quoi du peuple haïtien contre les maux du monde.
Avec les mauvaises nouvelles des derniers jours, confirmant l’introduction des variants anglais et brésilien dans le pays ainsi que la hausse significative des cas d’infection, on aura compris que la bataille est encore loin d’être gagnée.

Depuis le début de la pandémie, les agences, tant nationales qu’internationales, spécialisées en santé publique ont compris qu’il fallait travailler rapidement à la mise au point d’un vaccin pour espérer un retour à la normale. Actuellement, des vaccins sont disponibles. Et, au-delà de la polémique relative à leur efficacité et les complications qu’ils provoquent dans certains cas, le monde, du moins la partie la mieux lotie, vaccine à tour de bras sa population.

Évidemment, ce ne sont pas les raisons de se faire vacciner qui manquent. A commencer par l’obligation très égoïste de protéger sa santé et de pouvoir voyager, puisque les autres pays commencent à imposer les preuves de vaccination comme condition d’accès à leur territoire. Mais, surtout, se faire vacciner sera cet acte solidaire qui permettra aux plus faibles de se mêler aux plus forts à l’école, à l’église, dans les familles, dans les marchés publics et dans les lieux de travail.

Ce n’est, en vérité, pas étonnant que le débat sur la vaccination vienne à peine de toucher les rives d’Haïti. Le chef de l’État, dans sa plus récente prise de parole, a promis de prendre le train déjà en mouvement. Ce qui met fin à l’excès de prudence des décideurs du ministère de la Santé publique et de la Population qui hésitaient à accepter l’offre de moins d’un million de doses de l’AstraZeneca dans le cadre du programme Covax de l’OMS.

Dans ce cas, la méfiance est plus qu’une vertu. Personne ne peut en vouloir aux sceptiques ni à leurs arguments. Il revient aux autorités et à leurs partenaires de lever les doutes, de changer le regard de la population sur les vaccins. Et après on espère que la vaccination ne sera pas un privilège de riches et de nantis. Encore, faut-il que les vaccins soient disponibles en quantité et accessibles à tous. Contente au pas, la population pauvre n’a pas besoin de faire, une fois de trop, l’expérience de la discrimination.

Ils sont nombreux ceux qui ont déjà pris l’avion pour se vacciner en Floride. Ils se sont fait piquer et ont survécu. Merci aux cobayes!

Jean-Euphèle Milcé

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