Conjurer nos fatalités !
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Le gouvernement américain vient de mettre fin officiellement au programme Biden. Des milliers d’Haïtiens, invités à venir aux États-Unis sous l’ancienne administration, se retrouvent brusquement sans statut légal. D’autres, sous TPS, c’est-à-dire bénéficiant d’un statut de résidence temporaire, voient aussi leur situation se précariser à l’approche de l’échéance fatale du mois d’août.
De nombreux compatriotes ont exprimé à nos correspondants aux États-Unis le stress qu’ils vivent au quotidien. Beaucoup auraient souhaité revenir chez eux, retrouver la chaleur affectueuse d’une famille pour laquelle ils sont partis se sacrifier sous d’autres cieux. Mais la situation au pays s’est tellement détériorée qu’ils se sentent pris entre le marteau et l’enclume.
Certains vivent cachés, comme pris au piège par une invitation qui leur avait été faite de venir travailler, suivie d’une décision brutale de les pousser vers la sortie, sans autre forme de procès. À Saint-Domingue, c’est du pareil au même. Beaucoup se cachent, la peur au ventre. Une jeune étudiante nous a confié n’être jamais sortie de son appartement ; elle se nourrit de conserves livrées par le colmado du coin. Depuis des mois, elle ne fait que grossir et est devenue cardiaque à vingt-huit ans.
Ce sont des situations qui doivent interpeller nos responsables politiques et les sommer d’arrêter de perdre du temps en futilités, en polémiques sans grandeur ou en luttes stériles pour un pouvoir déjà tombé sous l’emprise des gangs.
Dans ce concert fâcheux et assourdissant de bruits et de fureurs inutiles, il faut néanmoins saluer les efforts de la Police nationale, qui vient de célébrer ses trente années d’existence. Une police tiraillée par toutes sortes d’intérêts divergents, minée de l’intérieur par des ambitions à courte vue. Des états-majors pléthoriques, pour des troupes « faméliques ». Et pourtant, une police courageuse, qui se bat sur une vingtaine de fronts. C’est grâce à elle que l’on peut encore rêver d’un pays. C’est peut-être l’un des rares espoirs d’une diaspora qui, malgré tout, continue d’espérer pouvoir un jour revenir au pays natal.
Mais attention : à force de négliger les cris étouffés de ses enfants exilés, le pays risque de se réveiller un jour… dans un silence irréversible.
Roody Edmé
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