La continuité de l’État sauvage
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De plus en plus à travers le monde, les hommes politiques, les décideurs se font discrets. Ils réclameront les caméras quand ils sont certains que l’image qui sera diffusée augmentera leur cote de popularité. Les corrompus ont encore plus intérêt à se faire petits, à se fondre dans la foule, à se faire invisibles même. Attirer l’attention sur soi peut être une erreur fatale dans des sociétés où le contribuable ne supporte pas que ses taxes soient détournées par des malfrats déguisés en politiciens.
Chez nous, c’est le grand bal. En République dominicaine plus près de nous et dans les autres pays de la Caraïbe, un spectacle pareil, on n’y rêve même pas. Route du Canapé-vert ou de Bourdon, et autres artères non sous le feu des gangs bien sûr ! C’est l’embouteillage comme d’habitude. Les citoyens, fatigués, regagnent leur domicile. Alors là, le bal commence. Des véhicules aux vitres teintées à immatriculation OF-officiel-, SE –service de l’État- IT –immatriculation temporaire et même des immatriculations privées, se permettent, à grand renfort de sirènes sonores, de gyrophares, de mettre la vie des citoyens en danger en prenant parfois à grande vitesse la voie gauche, sans se soucier des véhicules qui viennent en sens inverse. Ba yo wout lan ! Ces individus dans ces véhicules, s’estimant des chefs, s’arrogent le droit d’inventer un autre code de la route, pour une simple question de convenance personnelle, pou yo santi yo chèf, car on doute fort que leur empressement à quitter les embouteillages soit dû à un désir d’accomplir dans les temps un travail bénéfique pour la nation.
La question qu’on se pose, qu’est-ce qui arrivera si l’un de ces véhicules conduits par cesdits chefs cause un accident alors qu’il n’est pas sur sa voie ? Un accident avec dommage physique, par exemple ? Quel pouvoir dispose-t-il pour mettre à la raison ces sauvages à bord de ces véhicules qui se croient tout permis dans un pays qui se veut une République démocratique ?
On voit par exemple ces véhicules rouler à gauche sur des distances assez longues parce que chèf pa rete nan anbouteyaj. Ils brulent les feux rouges sous les yeux des agents de police qui n’osent pas intervenir de peur d’être transférés dans un bled perdu. On comprend aussi comment il est facile pour des malfrats, dans ces conditions, d’opérer en toute tranquillité.
On se rappelait que, sous ladite dictature, seul le président de la République avait certains privilèges. Aujourd’hui, un simple député se promène avec des gardes du corps armés d’armes de guerre comme s’il était un chef de gang. Si nous sommes effectivement dans une République démocratique régie par des lois, il faut que le service concerné nous dise qui a le droit dans cette république d’utiliser des gyrophares de police, des klaxons de cette tonalité, et surtout qui a le droit de violer les principes les plus élémentaires du Code de la route. Et qu’on ne vienne pas nous parler d’immunité parlementaire sur cette question. Il est temps de cesser de «ranse » comme on a l’habitude de dire chez nous.
Ce spectacle de ces voitures à vitres teintées occupées par des dits « chefs » est une véritable honte. Surtout que ces chefs maintenant sont, parait-il, en transition. Et beaucoup plus que ceux avant eux, rien ne plaide en leur faveur, sinon leur propre bien-être. Nos routes nationales sont toujours bloquées. Les gangs font la loi.
C’est la continuité de l’État sauvage.
Gary Victor
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