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Le poids infernal du traditionalisme

Le poids infernal du traditionalisme

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Après le 7 février 1986, beaucoup avaient cru à une ère nouvelle. Certaines libertés avaient effectivement été retrouvées comme la liberté d’expression. La Constitution de 1987 était venue consacrer les acquis. Le 16 décembre 1990, s’étaient tenues des élections démocratiques.

Mais dans la pratique réelle du pouvoir, dans les postures, rien n’avait changé. Il suffit d'examiner les photographies d’une équipe gouvernementale avant et après 1986, d’un évènement officiel, pour s’apercevoir que dans la tête, dans les gestes, on avait les mêmes personnes, les mêmes attitudes. Si l’emballage avait changé, le produit à l’intérieur était resté le même. Ce qui s’est passé finalement au pays, cette éternelle chute aux enfers qui a culminé avec l’épisode d’Ariel Henri, probablement l'un des prototypes les plus accomplis du politicien haïtien au pouvoir surtout par son mépris assumé et absolu de la population, ne pouvait être un hasard.

Aujourd’hui, on dit avoir la transition. Transition vers quoi ? Passage d’un gouvernement de transition à un gouvernement démocratiquement élu ? Cela ne veut pas dire une transition, car on peut passer du pareil au même, si ces élections sont pilotées et contrôlées par les traditionnels que l’on connait et par les étrangers qui ont grandement contribué à la violence et au chaos actuels. Et puis, il y a aussi les électeurs. Si les électeurs baignent toujours dans la mare de leurs frustrations et de leurs ignorances, on risque de rester dans notre boue. Rappelons-nous comment des dizaines de milliers de dits citoyens avaient pris les rues en vociférant : « Ban nou vagabon nou ».

La nouvelle équipe en place pourra-t-elle amorcer une vraie transition vers une rupture avec des postures, des pratiques qui cette fois cloueront notre cercueil ? À chaque changement du gouvernement, ceux déjà aux affaires tentent de s’y accrocher ce qui est somme toute normal et tous les traditionnels momentanément écartés montent à l’assaut en faisant jouer leurs relations toujours solides. Il faut donc au Prince, s’il veut changer effectivement la donne, une idée claire de la situation, une vraie vision de l’État et surtout, ce qui nous a toujours manqué un désir de marquer l’Histoire.

Quant à ce qui est de marquer l’histoire, notre kokoratisme habituel ne nous fait pas penser à une telle chose. On s’en fout dans notre sublime mépris du peuple et de cette terre.

Encore une fois, on va rêver qu’on peut avoir un autre pays.

Ce sera au Prince de prendre cette décision. Ne pas rester seulement au changement d’emballage. Mais d’avoir le désir, le courage, l’intelligence de changer le mauvais de l’ancien et de commencer à ajouter la pleine et la bonne sève de la jeunesse, de la compétence, de l’amour de la patrie, la bonne sève du renouveau.

 

Gary VICTOR

 

 

 

 

 

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