Li fè 4 trè : l’heure de Liliane Pierre-Paul a sonné !
Écouter l'article
Depuis plusieurs décennies, la voix de Liliane Pierre-Paul célébrait religieusement l’histoire de la radiodiffusion en Haïti. Un nom, une histoire, un témoin des aller-retour, une voix intraitable, avec un verbe éternel.
Désormais, il est venu le temps pour elle de se reposer. La date du 31 juillet 2023 va s’inscrire comme une journée de deuil dans la presse haïtienne. Avec l’annonce du décès de Liliane Pierre-Paul, femme journaliste, patronne de médias, militante, femme engagée et martyr de la dictature des Duvalier, c’est pratiquement toute une génération qui est touchée par cette nouvelle inattendue.
Détestée par beaucoup de personnalités politiques, publiques, populaires et anonymes pour ses critiques, elle est autant aimée dans un grand nombre de sphères et de cercles de la vie nationale et dans la diaspora, pour son courage et son engagement sans relâche. À travers son nom affectif, Lili avait sa manière de dire et de faire, sa manière de présenter les nouvelles, sa façon d’entrer en matière pour prendre position ou pour faire bouger les lignes d’horizon dans l’opinion publique. Une manière pour se rendre utile !
D’une simple nouvelle rapportée en dehors des éditoriaux qu’elle portait sur son dos, en dehors de ses face à face ou ses critiques qui rendaient parfois quelques têtes chimériques, Liliane Pierre-Paul était tout simplement une femme de média, une citoyenne engagée, une martyr résiliente, et une actrice déterminée qui a marqué son temps.
Devenu un rituel pour les rendez-vous de l’actualité en Haïti depuis plusieurs décennies, «Li fè 4 trè» (Il est quatre heure), va certainement manquer la voix de cette grande dame des médias. Un témoin avisé du temps politique et de la vie publique. Liliane a observé les croisements de tous ces mouvements sociopolitiques qui accouchent cette République moribonde que nous observons depuis, dans la palette des différents régimes politiques, démocratiques, «De facto», pour reprendre l’un de ses mots préférés dans les titres de Lili.
Difficile de parler de l’évolution de la radiodiffusion en Haïti au cours des cinquantes dernières années, pour aborder l’intégration et l’évolution de la femme dans la presse haïtienne, et pour présenter un tableau dans la trajectoire et le fonctionnement des médias en temps de crise dans le pays, et du rôle des journalistes dans la promotion de l’état de droit sans consulter les archives de la dame Kiskeya, bien avant ses contributions à Radio Haïti Inter.
Dans mon ouvrage : Musée d’histoire des Femmes d'Haïti, elle trône à la page 98. Avec un ton calme et réservé, elle figure parmi les 365 femmes de FER (Fonceuses, entrepreneures et responsables).
Dans l'univers éternel, Liliane va se renouveler et se réinventer dans la mémoire collective. Plus que jamais, la disparition de cette dernière qui va rejoindre ses anciens complices des micros (Sony Bastien, Anthony Pascal (konpè Filo), Jean Léopold Dominique) et son conjoint Anthony Barbier, tous partis plus tôt, va une fois de plus confirmer l’importance pour Haïti de disposer d’un musée national de la Presse. Il nous faut conserver la mémoire de ces patrimoines vivants qui doivent servir pour informer, pour éduquer et responsabiliser les générations actuelles et futures, en dehors de la promotion d'un monument pour honorer les professionnels des médias et les patrons de la presse en Haïti, qu'elle représentait.
Dans ce vide qu’elle va laisser tant dans l’auditoire national, au sein de l’administration de la Radio Kiskeya, dans sa famille et dans tous les milieux qu’elle fréquentait, à qui nous exprimons toutes nos sympathies, on ne manquera surtout pas de rappeler que Lilianne Pierre-Paul a été une femme de caractère, de courage et de conviction, consciente du rôle qu'elle devrait jouer pour contribuer activement à la lutte démocratique en Haïti, tout en défendant ses valeurs et en payant le prix de ses choix.
Dans ce détachement irréversible imposé par la fragilité de sa santé, Lilliane Pierre-Paul va se reposer en paix et dans la dignité. Elle est partie debout, sans tomber sous les pieds de ses adversaires les plus farouches. Après tant de contributions, de réalisations, et de constructions, et malgré tant de déception, d'humiliation, d’indignation, de compassion, Li fè 4 trè a tenu jusqu'au bout. Liliane Pierre-Paul va finalement se reposer à l’ombre des vivants. Une mission bien accomplie ! Une vie à célébrer à l'infini !
Dominique Domerçant
2 commentaires
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Edouard Cholo
«LA MORT NOUS EMBELLIT TOUS», disait quelqu'un. Il avait entièrement raison. J'ai même entendu des gens, des prétendus adversaires politiques de Liliane se reprocher des choses à l'occasion du départ de cette GNBIS. Cela s'appelle en psychologie de l'autoflagellation qui est une maladie mentale. Le comportement de ces gens s'apparente à celui des enfants qui se blâment pour des querelles parentales. Alors qu'ils n'y sont pour rien. Comment se critiquer pour des formes de comportement tout à fait socialement acceptables à l'égard d'une GNBIS, sous le fallacieux prétexte que nous sommes tous mortels. Il n'y a que les animaux qui ne sont pas conscients qu'ils sont mortels parce qu'ils ne sont pas doués de raison. Les conditions du pays sont aujourd'hui pires qu'elles ne l'ont jamais été pour les Haïtiens. Liliane est de ceux et celles qui ont contribué à foutre le pays dans la merde depuis 2004. Sa mort ne devrait pas l'embellir et ne l'embellira jamais. Quand on est DIVORCÉ, pour MIEUX FAIRE SON DEUIL, il faut se rappeler de tous les mauvais souvenirs, à savoir tous les moments pénibles passés en compagnie de son ou sa partenaire. Tandis que dans le cas d'un DÉCÈS pour FAIRE SON DEUIL, il faut se rappeler des des bons souvenirs, c'est-à-dire des bons moments qu'on a vécus avec le défunt ou la défunte. Il paraît qu'il y a des gens qui ont connu de bons moments avec les Duvalier père et fils, Roger Lafontant, Prosper Avril, Williams Régala, Henry Namphy, Gérard Gourgue, Jean Jacques Honorat, Madame Max Adolphe, entre autres. Une consultation gratuite.
Marie Andrée
Très bèl article Dominique. Tu as fait le portrait d’une grande journaliste, d’une femme courageuse qui n’a jamais eu peur de dire la vérité. Elle était toujours prête à rendre service et à aider les autres.