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Misère de gourde !

Misère de gourde !

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Une monnaie nationale demeure l’image d’une nation. La manière dont on s’en sert en dit long sur la considération qu’on a pour sa propre personne en tant que citoyen d'un pays, sur l’importance qu’on accorde au regard que l’autre porte sur vous. La façon dont on manipule une monnaie avant même la manière dont on l’utilise pour lui donner une valeur réelle dans les échanges avec les autres monnaies, permet déjà d’avoir une idée sur comment une nation se voit dans ses relations avec les autres.

 

La manipulation d'une monnaie a aussi à voir avec le niveau d’éducation d’une population et aussi avec ses conditions de vie. Notre gourde nationale paie le prix de la précarité dans laquelle se débattent nos compatriotes. Elle est souvent en mauvais état après avoir circulé dans des sachets, des sacs, des bidons de toutes sortes, des dessous de siège, de sous-vêtements féminins, etc. Notre gourde est souvent sale, car une monnaie ramasse toutes les vissicitudes de l’existence au quotidien d’un peuple. Et le quotidien du nôtre est  fait de ce qu’on sait. Abandon et de mépris.

 

La gourde de toute manière est laissée à la disposition du peuple. On fait en sorte maintenant qu’il lui est très difficile d'avoir en main une monnaie étrangère qui est raflée au passage par ceux qui ont la main mise sur notre économie. S’il était question d’une politique pour raffermir notre économie et donc notre monnaie nationale, on aurait compris. Mais il s’agit toujours d’enrichir des secteurs pour qui la communauté nationale n’est qu’une vache à lait. Des secteurs qui ne se soucient même pas de s’assurer que cette vache soit en mesure de donner toujours du lait.

 

Si la BRH s’attelle toujours à ce que les gourdes neuves soient bien présentées, bien empaquetées, les banques privées ne semblent pas trop se soucier de la manière dont les paquets de gourdes sont livrés au public par lot de cinquante mille ou de cent mille  gourdes.  Il y a d’abord les « clips » qui trouent les billets dans un premier temps. Un utilisateur nous a fait part de ses difficultés à enlever ces « clips » même avec l’outil approprié ce qui laissait de toute manière des entailles dans les billets, chose inadmissible ici avec des  dollars américains. Ensuite, il y a des élastiques de différentes couleurs. Là aussi, il faut faire attention à les enlever, car quand les gourdes sont déjà abimées, la moindre mauvaise utilisation peut donner le coup de grâce au billet. Dans tous les cas de figure, il y a une manipulation différente pour les gourdes et les dollars, ce qui témoigne du degré de respect qu’on accorde à chaque devise.

 

Tout dans les quotidiens est dans les détails. Un simple petit détail peut mettre à mal les discours les mieux élaborés, les constructions idéologiques apparemment les plus solides. Observons un peu notre manière de nous servir de notre monnaie nationale et comparons notre relation avec les autres monnaies. Il y a encore des choses à dire.

Gary Victor      

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