Enseigner la conscience ?
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Depuis «le 31 juillet 2019, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 73/329 par laquelle elle proclamait le 5 avril Journée internationale de la conscience, comme moyen de mobiliser, selon un rythme régulier, les efforts de la communauté internationale en faveur de la paix, de la tolérance, de l’inclusion, de la compréhension et de la solidarité, en vue de bâtir un monde de paix, de solidarité et d’harmonie ».
Dans son discours de circonstance en 2022, la directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, a fait remarquer : «Nous célébrons aujourd’hui la Journée internationale de la conscience, cette faculté universelle par laquelle chacun a le sentiment de ses propres actions et de celles d’autrui, en portant sur elles un jugement éthique ».
Difficile de ne pas questionner ce concept aussi pertinent qu’est la conscience dans les relations internationales de nos jours. Face à l’indifférence et aux sorts réservés à un grand nombre de pays, des communautés marginalisées, des familles vulnérables et des personnes victimes de tous les maux (l’insécurité, la misère, la délinquance, les violences, la malnutrition, les épidémies, les catastrophes naturelles, les discriminations) dans le monde, et ne bénéficiant ni d’attention, de secours, encore moins de justice ou de réparation.
Des critères pourtant liés à la race, le sexe, la langue, la religion, la nationalité ou à l’identité sont pour beaucoup dans des situations de discrimination démesurée, dégradante, avilissante, mercantilisée qui persistent un peu partout sur la planète depuis des siècles, et dont la République d’Haïti, malgré ses contributions dans la promotion des droits humains, représente parmi d’autres, l’un des exemples parfaits de ces laboratoires de la déshumanisation accélérée.
Dignité humaine en péril, les Haïtiens comme tous les autres peuples d’Afrique, de l’Amérique du Sud, d’Asie, de Moyen-Orient entre autres, sont certainement conscients que les réalités dégradantes qu’ils vivent au quotidien sont loin de répondre aux propositions de programmes et les promesses inscrites dans les agendas internationaux.
Dans quel sens encourager cette prise de conscience individuelle et collective, de la part de celles et ceux, d’ici ou d’ailleurs, qui sont capables de changer l’ordre déshumanisant persistant actuellement dans la vie d’un grand nombre de personnes et de familles désespérées qui évoluent en particulier en Haïti ? Plus qu’une simple journée commémorative de l’éducation et de l’empathie, il nous faut enseigner les principes et les valeurs indispensables pour favoriser une culture de la conscience au sein des familles, des groupes et des institutions.
Dans la stratégie de son institution, madame Azoulay précisait : « En favorisant la compréhension mutuelle des peuples par la diversité des cultures et des patrimoines – dans laquelle chacun reconnaît l’autre un être conscient et digne – en soutenant l’éducation et la diffusion des idées et des informations, l’UNESCO se fait garante de cette conscience individuelle. »
Dommage que cette journée passe malheureusement sans grand écho dans l’agenda national en Haïti. Pas même des compositions musicales qui inspirent et invitent à la conscience n’ont été diffusées pratiquement ? En plein congé pascal, on ne peut qu’espérer que ces journées sans grandes évasions possibles pourraient aider plus à prendre un peu plus de recul, capable de provoquer cette prise de conscience individuelle et collective en cascade, indispensable pour recréer l’espoir, la vie, la paix, le bien-être et la dignité en Haïti.
Dominique Domerçant
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