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Éditorial

Le refus des responsabilités

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Un parlementaire au hasard d’une conversation peut vous confier, mais est-il sincère, qu’il est de plus en plus difficile de trouver des citoyens compétents disposés à accepter des postes de responsabilité au plus haut niveau de l’État. Si les postes électifs vous mettent quelque part à l’abri des turpitudes politiques – on est élu pour quatre, cinq ou dix ans- aux postes nominatifs , les difficultés inhérentes à la complexité de la vie politique haïtienne font fuir plus d’un si bien que ceux qui n’ont plus rien à perdre, aucune réputation en jeu, peuvent s’aventurer avec arrogance dans l’arène politique.La première difficulté semble résider dans les redevances qu’ont souvent un ministre, un directeur général envers le parlementaire ou le groupe de parlementaires qui lui ont permis d’obtenir le poste.

Un parlementaire au hasard d’une conversation peut vous confier, mais est-il sincère, qu’il est de plus en plus difficile de trouver des citoyens compétents disposés à accepter des postes de responsabilité au plus haut niveau de l’État. Si les postes électifs vous mettent quelque part à l’abri des turpitudes politiques – on est élu pour quatre, cinq ou dix ans- aux postes nominatifs , les difficultés inhérentes à la complexité de la vie politique haïtienne font fuir plus d’un si bien que ceux qui n’ont plus rien à perdre, aucune réputation en jeu, peuvent s’aventurer avec arrogance dans l’arène politique.La première difficulté semble résider dans les redevances qu’ont souvent un ministre, un directeur général envers le parlementaire ou le groupe de parlementaires qui lui ont permis d’obtenir le poste. Cela réduit au maximum sa marge de manoeuvre. Il doit satisfaire aux demandes de ses mentors en même temps qu’il peut être pressuré par un Exécutif qui doit à la Nation des résultats. Ainsi peut-on se retrouver sur une corde raide dans un jeu politique dont le seul objectif est de se maintenir en selle et de jouir du peu de privilèges qui vous reste. Des deux côtés, législatif s’immisçant dans le champ de l’Éxécutif, et Éxécutif tentant de sauvegarder ses prérogatives, on cherche en fin de compte par tous les moyens d’avoir le contrôle absolu de l’appareil d’État.L’hypothèque sur l’avoir des hauts fonctionnaires, la difficulté d’obtenir décharge légale, décharge devenant une arme dans notre jeu politique vicié pour écarter des concurrents potentiellement forts, ne peuvent que faire hésiter des citoyens disposant de compétences certaines et désireux d’apporter leur contribution dans la lutte pour le relèvement de la patrie.Toutes ces conditions alliées au naufrage de notre système éducatif qui livre sur le marché des citoyens sans formation adéquate, aux lacunes inacceptables, créent le terrain propice à la main mise de la médiocrité, à la limite même du banditisme, dans toutes les strates d’une société ayant perdu ses repères. Partout, la magouille et la corruption triomphent. Aucune institution, même celle qui devrait être la chienne de garde en système démocratique, c’est-à-dire la Presse, n’est épargnée. Pour se prémunir contre la précarité, on arrive à une sorte de modus vivendi qui est l’acceptation de la corruption comme mode de vie, sa protection par tous les moyens ; ce pour la survie de tous ces secteurs dont les pratiques s’apparentent à celles d’une flibuste dégénérée alors que les Frères de la Côte eux, respectaient tous un certain code d’honneur.On n’ira pas loin donc dans les dossiers traitant de l’utilisation frauduleuse des fonds publics sauf si momentanément on peut nuire à un ennemi politique. La branche est aussi pourrie qu’un navire qui fait eau de toutes parts, mais on s’évertue à vivre au présent jusqu’au jour de la catastrophe. Ont-ils alors raison ceux qui prennent d’assaut l’aéroport international pour s’envoler vers l’Amérique Latine avant que les frontières ne se ferment ? Quel avenir pour ces jeunes, cette crème que le pays possède malgré tout ? Elle va s’exiler pour offrir sa matière grise à nos voisins ou aux grands pays du Nord. Quand arrogance, ignorance et méchanceté se liguent, les loups festoient et se croient à l’abri au sommet de la chaîne alimentaire. Sauf que cette chaîne alimentaire est plus complexe qu’on le pense surtout quand on fabrique sans le savoir les virus qui peuvent vous anéantir.D’aucuns estiment que la question des victimes du choléra ne cessera de faire le lit des jeux politiciens. Des manifs ont été organisées en leur faveur par des militants des droits humains, et des activistes politiques au siège de l’ONU à New York, au log base de la MINUSTAH à Clercine et devant le Palais national, mais leur situation reste la même. C’est une évidence: prendre fait et cause pour les victimes de choléra relève d’un art. Pas besoin d’être un grand clerc pour s’en rendre compte. Toutefois, on attend pour voir ce que seront les retombées concrètes de ces assises sur le règlement de ce dossier qui n’a même pas été évoqué en des termes clairs et précis par le président Jovenel Moïse à la 72e session ordinaire de l’Assemblée générale de l’ONU.Un problème bien posé est à moitié résolu, dit-on. La corruption n’est pas incurable. Mais, la combattre exige le sérieux, la modestie et une prise de conscience collective. Du plus petit au plus grand. Du plus pauvre au plus aisé. Si le président veut s’attaquer vraiment à la corruption, il doit se raviser en évitant la posture du super héros, pour se vêtir de son costume de chef d’État. En tant que tel, il doit se soumettre à certaines obligations de réserves et se planer au-dessus de la mêlée pour espérer au moins tracer la voie à l’atténuation des effets de ce fléau toujours en progression constante.Pour paraphraser Jacques Stephen Alexis, dans la préface de La Montagne ensorcelée de Jacques Roumain, nous pouvons dire haut et fort qu’un pays qui a produit de tels écrivains, poètes et musiciens, ne peut pas mourir. En référence à Jean Giono qui écrivait L’Homme qui plantait des arbres, dans la perspective de remembrer la nature dévastée, nous avons un champ d’hommes à rebâtir par l’éducation, le civisme et le relèvement de l’échelle des valeurs.Manno n’a jamais pris les armes contre la dictature, mais sa guitare et sa voix ont témoigné de nos combats quotidiens  et  contribué à faire fondre l’armure d’un régime de fer. Sa parole libre avait gagné toutes les ondes et le chanteur  était adulé sur tous les podiums. Le mouvement étudiant connaissait ses plus beaux jours. La FENEH (Fédération des Étudiants haïtiens) était un modèle d’organisation qui avait une conscience claire du rôle de l’Université comme moteur du changement sur les plans idéologiques et scientifiques. Les comités de quartier et autres structures de vigilance patriotique quadrillaient le pays et un leadership jeune, progressiste, enthousiaste émergeait, pendant que sur toutes les lèvres la poésie de  Trouillot, de Pierre- Richard Narcisse, et de bien d’autres poètes était reprise en chœur grâce à la chanson de Manno. Il était l’hirondelle qui annonçait le printemps démocratique haïtien qui entre-temps a viré au cauchemar sanglant et aux lendemains qui déchantent. Manno Charlemagne a incarné des moments explosifs et joyeux de notre histoire. Il a témoigné de  l’élan vital de toute une jeunesse avide de changement. Son expérience de maire de la Capitale n’a pas toujours été des plus heureuses. Lui-même n’en était pas particulièrement fier.  Commissaire à l’enthousiasme, il a voulu   brûler les étapes. Il s’était retrouvé grâce à son immense popularité sans expérience maire de la plus grande ville du pays, dans une des périodes les plus tourmentées de la transition. Ce que l’on retiendra surtout de son passage sur notre terre chaude et décharnée, c’est la sève qui n’a cessé de couler de ses chansons et qui a  vivifié l’esprit d’une jeunesse qui ne sera  jamais plus zombifiée et trompée par les mensonges érigés en système mondialisé.Manno n’est plus. Mais ses chansons continueront d’accompagner les luttes de son peuple et des chanteurs comme Wooley Saint Louis Jean, Beethova Obas, lui ont déjà fait la promesse de poursuivre inlassablement sur ce vaste chemin de chansons poétiques engagées qui font flamboyer l’avenir.Faisons donc en sorte de promouvoir et de rester dans la légalité. La vraie légalité. Pas celle qui arrange celui-ci ou celui-là. Un sénateur qui déchire un rapport en pleine séance oui c’est violent. Choquant pour les bien-pensants hypocrites.Mais notre drapeau, notre dignité qu’on déchire chaque jour avec des dirigeants incapables même de gérer l’espace physique à un kilomètre à la ronde de leurs propres bureaux n’est-ce pas de la violence ? Ce n’est pas de la violence dans les rues dont il faut avoir peur. C’est de ceux qui utilisent cette violence pour venir donner du sang frais au monstre. Car ils ont tous usé de cette violence pour arriver au pouvoir pour venir se repaitre des violences aveugles d’un système injuste, inégalitaire et terriblement anachroniqueC’est aux violences de ce système qu’il faut s’attaquer. Ce système, cet État voyou qui sont une offense à la dignité de l’Homme.

 Mérès M. Weche

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