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Éditorial

Quand la poésie se fait chant

Quand la poésie se fait chant

Qu’aucun de vous ne pense à moiPensons plutôt à toute la terre,Je ne veux pas revoir le sang imbiber le pain, les haricots noirs,Je veux que viennent avec moi le marin, l’avocat, le fabricant des poupéesQue nous sortions boire le plus rouge des vins. Pablo Neruda.Manno Charlemagne n’est plus. Il règne dans la ville un turbulent silence, malgré le tintamarre du quotidien d’un peuple qui a besoin pour se sentir exister  du chant du coq, du bruit des klaxons et des motos qui pétaradent.

Qu’aucun de vous ne pense à moiPensons plutôt à toute la terre,Je ne veux pas revoir le sang imbiber le pain, les haricots noirs,Je veux que viennent avec moi le marin, l’avocat, le fabricant des poupéesQue nous sortions boire le plus rouge des vins. Pablo Neruda.Manno Charlemagne n’est plus. Il règne dans la ville un turbulent silence, malgré le tintamarre du quotidien d’un peuple qui a besoin pour se sentir exister  du chant du coq, du bruit des klaxons et des motos qui pétaradent. Un peuple qui s’accroche par tous les moyens à la vie et qui traverse son histoire, faite d’hécatombes et de décombres, avec la force de ceux dont les coups de boutoir des péripéties  historiques et politiques peu clémentes ont buriné les muscles.C’est ce peuple que Manno Charlemegne portait aux nues dans ses chansons. Personne n’a mieux, la guitare en bandoulière, chanté le désespoir,  mais aussi l’espérance, l’aspiration de millions de gens à une vie meilleure. Il y a deux grandes périodes dans l’évolution de ce nouveau  « barde national » : l’époque des « chansons  Pointe » où il fallait, sous la dictature, ne se parler que par signes, et la période de son retour d’exil. C’était l’époque où l’on rêvait enfin des lendemains qui chantent.La chanson de Manno énergique, provocatrice, poétique irriguait les esprits, et de ville en ville, de hameau en hameau.  Sur Haïti tout entière s’élevait comme une clameur sourde, « el canto general » d’un poète-guérillero.Manno n’a jamais pris les armes contre la dictature, mais sa guitare et sa voix ont témoigné de nos combats quotidiens  et  contribué à faire fondre l’armure d’un régime de fer. Sa parole libre avait gagné toutes les ondes et le chanteur  était adulé sur tous les podiums. Le mouvement étudiant connaissait ses plus beaux jours. La FENEH (Fédération des Étudiants haïtiens) était un modèle d’organisation qui avait une conscience claire du rôle de l’Université comme moteur du changement sur les plans idéologiques et scientifiques. Les comités de quartier et autres structures de vigilance patriotique quadrillaient le pays et un leadership jeune, progressiste, enthousiaste émergeait, pendant que sur toutes les lèvres la poésie de  Trouillot, de Pierre- Richard Narcisse, et de bien d’autres poètes était reprise en chœur grâce à la chanson de Manno. Il était l’hirondelle qui annonçait le printemps démocratique haïtien qui entre-temps a viré au cauchemar sanglant et aux lendemains qui déchantent. Manno Charlemagne a incarné des moments explosifs et joyeux de notre histoire. Il a témoigné de  l’élan vital de toute une jeunesse avide de changement. Son expérience de maire de la Capitale n’a pas toujours été des plus heureuses. Lui-même n’en était pas particulièrement fier.  Commissaire à l’enthousiasme, il a voulu   brûler les étapes. Il s’était retrouvé grâce à son immense popularité sans expérience maire de la plus grande ville du pays, dans une des périodes les plus tourmentées de la transition. Ce que l’on retiendra surtout de son passage sur notre terre chaude et décharnée, c’est la sève qui n’a cessé de couler de ses chansons et qui a  vivifié l’esprit d’une jeunesse qui ne sera  jamais plus zombifiée et trompée par les mensonges érigés en système mondialisé.Manno n’est plus. Mais ses chansons continueront d’accompagner les luttes de son peuple et des chanteurs comme Wooley Saint Louis Jean, Beethova Obas, lui ont déjà fait la promesse de poursuivre inlassablement sur ce vaste chemin de chansons poétiques engagées qui font flamboyer l’avenir.Faisons donc en sorte de promouvoir et de rester dans la légalité. La vraie légalité. Pas celle qui arrange celui-ci ou celui-là. Un sénateur qui déchire un rapport en pleine séance oui c’est violent. Choquant pour les bien-pensants hypocrites.Mais notre drapeau, notre dignité qu’on déchire chaque jour avec des dirigeants incapables même de gérer l’espace physique à un kilomètre à la ronde de leurs propres bureaux n’est-ce pas de la violence ? Ce n’est pas de la violence dans les rues dont il faut avoir peur. C’est de ceux qui utilisent cette violence pour venir donner du sang frais au monstre. Car ils ont tous usé de cette violence pour arriver au pouvoir pour venir se repaitre des violences aveugles d’un système injuste, inégalitaire et terriblement anachroniqueC’est aux violences de ce système qu’il faut s’attaquer. Ce système, cet État voyou qui sont une offense à la dignité de l’Homme.

 Mérès M. Weche

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