La dot de Sara-Yon eritaj pou Sara
Une œuvre à double voix
(Re) lire le roman de Marie-Célie Agnant dans cette édition bilingue[1] (Français-Kreyòl) dirigée par la professeure Stéphane Martelly, c’est découvrir l’œuvre dans une double réalité linguistique. L’objectif consiste, comme le précise l’auteure, à « restituer à ces femmes » créolophones leur propre récit[2], dans la langue qui l’exprime. Rappelons que la version française du roman, parue en 1995, est une traduction et transcription de témoignages des « voix de ces femmes déracinées et surtout bâillonnées, entrainées vers l’exil à un âge avancé[3]. » Restitution donc, et non pas re-création puisqu’il s’agit d’un retour à la langue première, celle qui exprime dans son essence l’expérience vécue de ces femmes. Expérience, en ce sens, « intraduisible » dans la mesure où le vécu de ces femmes qui prend corps dans leur récit ne se réduit pas uniquement en un lexique transposable, intelligible dans sa dimension ontologique dans une autre langue. Car il s’agit avant tout de « création de premier degré […] unique, non répétable, totalement original[4]. » Une évidence pour ceux et celles qui savent lire les deux langues : les pages se succèdent, du français au créole et du créole au français, mettant en relief la différenciation esthétique des deux langues, la similitude de la verve, laissant « voir et entendre la première langue, donc, le créole [dans la seconde] [5]».
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