Créole haïtien : plaidoyer pour un référentiel méthodologique standardisé et unique en terminologie scientifique et technique
L’article que nous avons publié en Haïti dans Le National daté du 14 février 2023, « La longue route des terminologies scientifiques et techniques en créole haïtien », a été bien accueilli par nombre de linguistes et d’enseignants haïtiens. Il se situe dans le prolongement logique de plusieurs de nos contributions précédentes parues dans Le National et qui portaient sur différents aspects de la lexicographie créole, notamment « Plaidoyer pour une lexicographie créole de haute qualité scientifique », « Lexicographie créole, traduction et terminologies spécialisées : l’amateurisme n’est pas une option… », « Essai de typologie de la lexicographie créole de 1958 à 2022 », « Dictionnaires créoles, français-créole, anglais-créole : les grands défis de la lexicographie haïtienne contemporaine ». Ces articles ont mis en lumière plusieurs caractéristiques de la lexicographie créole, l’une des plus significatives étant que très peu de dictionnaires et de lexiques créoles ont été élaborés en conformité avec la méthodologie de la lexicographie professionnelle : 9 seulement sur un total de 75 ouvrages répertoriés dans notre « Essai de typologie de la lexicographie créole de 1958 à 2022 ». Nous avons également exposé les défis de la lexicographie haïtienne contemporaine et montré la nécessité de rompre avec l’amateurisme caractérisant de nombreux dictionnaires et lexiques, et nous avons plaidé pour la professionnalisation du métier de lexicographe en lien avec un enseignement universitaire de qualité et conjoint à l’institutionnalisation de la profession de lexicographe.
Afin de bien situer le dispositif conceptuel de notre réflexion sur les terminologies scientifiques et techniques en langue créole, nous avons en amont précisé en quoi consiste la terminologie : elle est la « Discipline qui a pour objet l'étude théorique des dénominations des objets ou des concepts utilisés par tel ou tel domaine du savoir, le fonctionnement dans la langue des unités terminologiques, ainsi que les problèmes de traduction, de classement et de documentation qui se posent à leur sujet » (Dictionnaire Larousse). Et sur le plan de la taxonomie, la terminologie désigne l’« Ensemble des termes, rigoureusement définis, qui sont spécifiques d'une science, d'une technique, d'un domaine particulier de l'activité humaine » (Dictionnaire Larousse). Dans cette acception taxonomique, l’usage a retenu que ce que l’on appelle le vocabulaire spécifique d’un domaine désigne également la terminologie de ce domaine (exemple : le vocabulaire ou la terminologie de la téléphonie mobile, de la topographie, de la médecine vétérinaire, etc.).
Les linguistes, les lexicographes et les terminologues établissent une très claire distinction entre les termes de la langue usuelle, celle des échanges quotidiens entre les locuteurs d’une même langue, les niveaux familier et soutenu de la langue, d’une part, et, d’autre part, les langues de spécialités qui désignent le vocabulaire spécifique d’un domaine. Les termes de la langue usuelle sont regroupés dans les dictionnaires généralistes : pour l’aire francophone, ce sont Le Robert, Le Trésor de la langue française, le Dictionnaire des francophones, Le Larousse, USITO, etc. Pour l’aire anglophone ce sont le Oxford English Dictionary, le Dictionary of the English Language, le Compendious Dictionary of the English Language, le Webster's Essential, le Cambridge Essential British English, etc. Pour l’aire hispanophone ce sont le Tesoro de la lengua castellana o española, El diccionario de la Lengua Española de la Real Academia Española, etc. Plusieurs de ces dictionnaires usuels et de référence sont accessibles en accès direct sur Internet, et certains d’entre eux sont mêmes accessibles gratuitement (le Dictionnaire des francophones, celui de la Real Academia Española, etc.). Pour leur part, les langues de spécialités, autrement dit les terminologies issues de divers chantiers terminologiques sont regroupées dans des vocabulaires thématiques tels ceux de la géomatique, de l’ingénierie logicielle, de la nanotechnologie, de la comptabilité, de l’infographie, etc. Les chantiers terminologiques donnent naissance à des vocabulaires spécialisés unilingues, bilingues ou multilingues aussi bien en sciences humaines que dans des domaines scientifiques et techniques. En voici quelques exemples : le Dictionnaire du droit de Nicolas Delecourt, le Dictionnaire du génie civil, de l’architecture et de la construction d’Eric Serge Bon, le Dictionnaire anglais-français des sciences médicales et paramédicales de Williamj Gladstone, le Dictionnaire d’informatique et d’Internet de Jean-Guy Grenier. Les chantiers terminologiques donnent aussi naissance à des lexiques, qui sont des recueils de termes appartenant à un domaine spécifique accompagnés de leurs équivalents dans une ou plusieurs langues et qui ne comportent pas de définitions. Exemples : le Lexique de la chimie alimentaire ang/fr, de Hudon et al., le Lexique bilingue de la bureautique fr/an, de Jean-P. Merle, le Lexique de la banque et des marchés financiers, de Blanche Sousi-Roubi et al. Les terminologies des langues de spécialités sont accessibles au format papier et/ou en accès direct au moyen des bases de données terminologiques. En voici les principales à l’échelle internationale :
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