ENTREVUE EXCLUSIVE
L’École haïtienne sous la loupe du philosophe Patrice Dalencour, ancien ministre de l’éducation nationale
Dans un texte retentissant et qui porte haut un questionnement de fond sur les errements linguistiques du ministère de l’Éducation nationale d’Haïti, « Réforme éducative ou coup d’État linguistique ? » (Le National, 5 mai 2022), Patrice Dalencour invitait à une réflexion analytique exigeante. Auparavant, il avait livré une dense réflexion sur plusieurs goulots d’étranglement du système éducatif haïtien dans l’article « Le diable se cache dans les détails… » (revue Haïti Perspectives, cahier thématique « L’École fondamentale haïtienne », vol. 5, no 1, printemps 2016). Plus récemment et suite à la demande, formulée par l’actuel Exécutif haïtien issu du cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste, d’une intervention militaire internationale en Haïti, il a soumis au débat public une réflexion citoyenne sous le titre évocateur « La vingt-sixième heure » (Le National, 15 novembre 2022). Enseignant de carrière, Patrice Dalencour est licencié en sciences de l’éducation et détenteur d’un doctorat en philosophie de l’Université de Toulouse-le Mirail (France). Il a enseigné la philosophie au Lycée Anténor Firmin, à l’École normale supérieure de l’Université d’État d’Haïti et dans divers établissements privés de la capitale. Il a été Secrétaire d’État à l’Éducation nationale en 1986 puis ministre de l’Éducation de 1987 à 1988. Il est actuellement professeur de lettres et de philosophie dans plusieurs établissements secondaires de Port-au-Prince et enseigne la philosophie à l’Institut d’études et de recherches africaines/Institut supérieur d’études et de recherches en sciences sociales (IERAH/ISERSS). Patrice Dalencour est l’auteur du livre-bilan « De l’enthousiasme au désenchantement. Un éducateur s’interroge » paru en 2014 aux Éditions C3. Le linguiste-terminologue Robert Berrouët-Oriol, collaborateur régulier du National depuis plusieurs années, est allé à la rencontre de Patrice Dalencour. Entrevue exclusive.
Robert Berrouët-Oriol (RBO) – Il me vient à l’esprit une remarque d’apparence anodine : certains professeurs de philosophie, en Haïti, se disent « philosophes ». En ayant à l’esprit la définition du terme « philosophe » dans le dictionnaire Le Larousse, « Spécialiste de philosophie », « penseur » et « personne qui élabore une doctrine philosophique », peut-on dire que Patrice Dalencour est professeur de philosophie, donc un enseignant détenteur d’un titre universitaire en philosophie et qui enseigne cette matière, ou est-il un « philosophe », un penseur qui « élabore une doctrine philosophique » ?
Patrice Dalencour (PD) – Je me présente toujours comme professeur de philosophie, c’est-à-dire comme quelqu’un qui, détenteur de diplômes universitaires en cette discipline, l’enseigne à différents niveaux. Je ne suis certes pas un penseur qui « élabore une doctrine philosophique ». Cependant, je suis quelqu’un qui philosophe puisque je recours toujours aux ressources analytiques, critiques ainsi qu’au registre conceptuel que cette discipline met à la disposition de qui veut questionner son monde et s’efforcer d’en appréhender rationnellement la complexité.
RBO – On dit habituellement que tel poète ou tel romancier est « entré en littérature » à tel moment et dans un contexte historique donné. À quel moment et dans quel contexte Patrice Dalencour est-il « entré en philosophie » ? Était-ce en classe terminale à Saint-Louis-de-Gonzague ou à l’École normale supérieure ? Quel a été le motif principal de ton « entrée en philosophie » ?
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2 commentaires
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Paultre Pierre Desrosiers
Excellent
Paultre Pierre Desrosiers
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