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Témoigner du présent: lire « Les rapaces » de Marie Vieux-Chauvet

Témoigner du présent: lire « Les rapaces » de Marie Vieux-Chauvet

Il est de ces oeuvres ou de ces auteurs dont on ne finirait jamais d'en cerner la mesure. Tant la vie et l'oeuvre abondent en surprise et suscitent l'admiration au regard de leur richesse littéraire et de la qualité de la langue usitée. Telle paraît l'oeuvre de Marie Chauvet, dont l'abondance et l'actualité demeurent étonnantes et forcent à plus d'un le respect.

Dans sa foisonnante production littéraire  -notons sa remarquable productionromanesque- l'auteure de « Amour, Colère et Folie » aborde des thèmes nouveaux témoignant la lucidité de l'artiste face à la réalité socio-politique de son milieu. La fameuse phrase de Stendhal « le roman comme un miroir que l'on promène le long des chemins", ne trouve-t-elle  pas son meilleur accomplissement dans l'oeuvre de Marie Vieux-Chauvet ? Agota Kristof, dans « le Mensonge », affirma que « tout être humain est né pour écrire un livre et pour rien d'autre. Un livre génial ou un livre médiocre, peu importe, mais celui qui n'écrira rien est un être perdu, il n'a fait que passer sur la terre sans laisser de trace»¹.  Max Dominique dans «L'arme de la critique littéraire» attribue au roman un rôle que la poésie dans sa tentative de dire le monde n'occupe avec parcimonie, que par la charge ludique et suggestive des mots. Dominique proclame : «Là où le poème suggère et indique, et ne vise point à dégager de façon précise les voies du combat révolutionnaire- , le roman peut aller plus loin, analyser et ébranler»(Max Dominique p.55)². Lire « Les Rapaces », un roman posthume publié en 1986 (date de la chute de la dictature de Baby Doc), plus d'une dizaine d'années après la mort de l'illustre romancière, c'est partager la douleur éprouvée par Marie autour de ce moment dramatique de l'histoire haïtienne et témoigner de la lucidité de l'artiste dans l'ébauche de son récit qui, malgré la trentième année de publication ( 1986), demeure encore actuel. La lecture des Rapaces ne dément pas le regard lourd et acéré porté par l'auteure et accomplit ipso facto sa part de témoignage dans cette parenthèse douloureuse de notre histoire de peuple.

 

« Les Rapaces » est publié chez Deschamps la même année de la chute de la dictature duvaliériste, et représente tout un emblème. En effet, dans son oeuvre, la romancière avait rêvé à travers le regard de Michel « d'une ronde fraternelle où les mains s'uniraient pour une constructive réconciliation »,  et « imaginait voir flotter sur le pays la bannière lumineuse de la justice et de la liberté"(P. 39), dit-elle?

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