Le motocycliste
Le mort gisait au sol, la tête enroulée dans un flasque de vin rouge. Renversé sur la face, les pieds écartelés, le projectile logé dans le pariétal droit. Dans son crachat vif et doré, le plomb rejeté avait laissé un large trou, béant dans le crâne. Le corps au sol. L’engin piloté acheva sa course dans le canal tout près. Le bruit rude et rapide sortant de l’arme n’avait pourtant point surpris les gens, trop habitués de ces scènes quotidiennes dans les quartiers et les rues mal famés de la capitale. Toutefois, la minute d’après, on devisait tous sur l’origine de l’assassinat. Chacun à leur manière, allant de son train, apporta sa part de raisonnement afin de mieux cerner les mobiles du crime. Chacun allait de leur train de fin liseur sur le chemin d’où est venu la main qui appuya sur la détente, et avait fait feu et les raisons qui ont laissé le corps allongé au beau milieu de la ruelle.
Le sang, dégoulinant à mesure, se coagula et appela autour du corps étalé un début de concert de mouches qui, de sitôt, apparut et délaissa les montagnes d’immondices de trente mètres, plus loin. Des badauds formaient deux haies au tour du cadavre. Certains s’en allaient et d’autres arrivaient. Attirés sans doute par l’attroupement spontané. L’un d’eux déclara que le visage du jeune lui paraissait assez familier, il en avait l’habitude de le rencontrer à l’une des intersections de la ville...
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