Le spleen de Dieulermesson Petit-Frère
Cette deuxième partie de la présentation des écrits de Dieulermesson Petit Frère propose une lecture de Lettre à la Niña ou monologue d’un solitaire ivre, deuxième livre de l’anthologie Poème pour une petite fille à l’autre bout du monde et autres textes, parue en 2022 chez Legs Édition.
Dans Lettre à la Niña ou monologue d’un solitaire ivre, le poète réinvente la figure de La Niña Estrellita, l’héroïne de L’Espace d’un cillement (1959), roman de Jacques Stephen Alexis. Il lui parle du pays, de la Grand-Rue, du bas de la ville et du bar où ils se sont rencontrés. À travers ces souvenirs, il raconte, le cœur lourd, ce qu’est devenue la ville. La forme épistolaire donne au texte sa dimension intime et lyrique. Deux citations placées en épigraphe en annoncent les thèmes : l’une, de Lianne La Havas, évoque l’amour ; l’autre, de Georges Castera, fait référence à la violence dans la ville.
La lettre s’ouvre sur la formule « chère niña », mais ne porte ni lieu ni date d’expédition. L’emploi de la première et de la deuxième personne souligne le lien entre celui qui écrit et celle à qui il s’adresse. Dès l’incipit, le poète doute que sa lettre lui parvienne : « Il est fort à parier que tu ne recevras pas cette lettre » (p. 37). Il en donne aussitôt la raison : « Cela n’est un secret pour personne que les services postaux, comme il en est pour la plupart des institutions du pays, sont au point mort » (p. 37).
Dans cette longue lettre, le poète déplore la dégradation de Port-au-Prince et, plus largement, la situation de son pays. Il se souvient d’un temps où la vie semblait pouvoir s’épanouir, où « la vie pourrait mieux se ré-inventer » (p. 37). Puis il constate que, « depuis que la mafia haïtienne a essaimé ses filiales dans les différents coins du pays », vivre a perdu de son goût et de son sens. La disparition de ce qui faisait la beauté et l’attrait de la ville suscite chez lui un profond regret.
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