Galerie des grands hommes
Le camarade Jacques Roumain, bébé !
Dans ce visage encore tendre, à peine éveillé au monde, sommeille déjà une tempête. Ce nourrisson, fragile comme une jeune pousse après la pluie, porte en lui la sève d’un futur géant des lettres haïtiennes. Rien ne laisse encore deviner que ces yeux d’enfant, limpides comme une source de montagne, regarderont un jour la misère en face pour lui donner des mots, des cris, une dignité.
Né dans un milieu privilégié, Jacques Roumain fera pourtant ce geste rare et radical : rompre, déserter, faire table rase de son confort social. Tel un fleuve quittant son lit pour irriguer les terres assoiffées, il choisira de fraterniser avec les plus humbles, les plus oubliés, ceux dont la voix ne franchissait pas les murs de l’histoire officielle.
Il fut révolutionnaire, non par goût du fracas, mais par exigence morale. Révolutionnaire comme on est fidèle à la justice, comme on refuse de fermer les yeux. Cette fidélité lui coûtera cher : l’exil, la surveillance, et surtout les prisons les plus infâmes d’Haïti, sombres comme des gouffres où l’on tente d’ensevelir les consciences rebelles.
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