LIVRES
Un poète aux pieds brisés : le cri d’Egbert Personnat !
Être Haïtien loin de sa terre, de la chaleur rugueuse du pays, des voix, des rues, des montagnes, c’est vivre dans une pénombre permanente, même lorsqu’on habite un pays confortable. C’est porter dans sa poitrine une lampe qui vacille sous le poids des nouvelles, des ombres néfastes qui envahissent la terre natale. On marche dans l’exil comme dans un rêve où chaque image est dédoublée : ce que l’on voit ici est toujours hanté par ce que l’on a laissé là-bas.
Dans la pénombre de mon existence ou mes pieds de rescapé signale déjà ce tremblement : un programme, un autoportrait, un manifeste de survie. Signé Egbert Personnat, ce livre dit tout de l’envie de l’auteur d’écrire malgré la fracture, d’écrire depuis la fracture, d’écrire pour que la fracture devienne porte plutôt que ruine.
Car il y a une vérité ancienne en matière de poésie : le poète doit être habité, possédé presque, par un feu intérieur. Un moi poétique qui se tient en embuscade, qui observe, qui note, qui réagit, qui transforme les blessures en images, les douleurs en architectures verbales. Ce moi-là, Egbert Personnat le maîtrise, le laisse respirer, le laisse rugir parfois. Il écrit pour nous, avec nous, contre nous aussi — contre notre silence, contre notre résignation.
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