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70 ANS DU KONPA DIREK : EN RÉPONSE AU PROFESSEUR HANCY PIERRE

70 ANS DU KONPA DIREK : EN RÉPONSE AU PROFESSEUR HANCY PIERRE

Par Jérôme Paul Eddy Lacoste [1]

 

Cette année 2025, en dépit de ses turbulences, des évènements tragiques endeuillant et traumatisant les familles haïtiennes et les incertitudes politiques, ramène le soixante-dixième anniversaire de la présentation officielle du rythme Konpa Dirèk par le Maestro Nemours Jean-Baptiste.  L’évènement a eu lieu le 26 juillet 1955 sur la place de l’Eglise Sainte-Anne,  dans la rue Saint-Honoré, en face du Lycée Toussaint Louverture. Sous ce rapport, j’ai toujours personnellement  apprécié  l’initiative du journaliste Joseph Guyler C. Delva qui, quand il était Secrétaire d’Etat à la Communication et à la Culture, avait procédé à l’installation d’un buste du Maestro Nemours Jean-Baptiste sur la Place Sainte-Anne de Port-au-Prince, le 26 juillet 2018 pour marquer le centième anniversaire de naissance du Maestro[2]. Mais avant cela, le Tabou Combo, au début des années 1980, par la voix de son chanteur fétiche Roger M. Eugène (Shoubou) avait rendu un vibrant hommage au Maestro en soulignant son apport  dans le cadre de l’évolution de la musique haïtienne. Mais, selon nous, l’hommage de référence  au Maestro a été et reste encore cet album Pure Gold, réalisé par la compagnie Mini Records avec l’initiative Mini All Stars de M. Fred Paul en 1981 et intitulé justement Quinze titres d’or de Nemours Jean- Baptiste. Ce, pour commémorer alors les vingt-cinq ans du Konpa Dirèk et les dix ans de la compagnie Mini Records. Un véritable régal pour les mélomanes et les aficionados du Konpa Dirèk. Nous retrouvons  alors des musiciens de Nemours Jean-Baptiste réinterprétant des titres fétiches du Maestro avec des arrangements au niveau des cuivres et des violons, le tout  sous la direction du grand musicien haïtien  M. Dernst Emile. En présentant l’album, au verso de la pochette, le journaliste Dr. Carlo Désinor du Nouvelliste, grand connaisseur de la musique haïtienne,  appelait alors à la remémoration « d’une période que plus d’un n’oubliera pas de sitôt ». Pour les auteurs Ralph Boncy Marc Guillaume Lubin et Georges Léon-Emile (Gorgio), cet album représente « LA pièce » de référence dans toute collection sérieuse du Konpa Dirèk[3]. Et le temps s’est écoulé…Tempus fugit disaient nos anciens Romains. Ayant perdu la vue, le Maestro Nemours Jean-Baptiste s’en était allé le 18 mai 1985, précédé le 4 février de cette même année 1985 par le départ du  Maestro Webert Sicot, l’un des plus grands saxophonistes et arrangeurs de toute l’histoire de  la musique haïtienne. Cette même année 1985 avait vu le départ d’une autre star emblématique de la musique haïtienne, Antoine Rossini Jean-Baptiste, dit Ti Manno, le 13 mai 1985, âgé seulement de trente-deux (32) ans. Et le Konpa Dirèk s’est imposé comme ailleurs le Merengue, la Batchata, comme la Salsa, la Bomba, la Plena, tout comme le Reggae… Porté à son zénith par le Skah-Shah Number one à partir de ses structures rythmiques de base et des arrangements de grande valeur, le Konpa Dirèk s’est diversifié en fonctions des orchestres, des groupes musicaux et des conjonctures historiques avec les Shleu-Shleu, les Difficiles, les Gypsies, les Frères Déjean, les Ambassadeurs,  le System Band, le Bossa Combo, le Shoogar Combo, le Scorpio Universel, le D.P Express, l’Ensemble Sélect du Maestro Koupe Kloue. Avec le Magnum Band de Dadou et de Tico Pasquet, c’est toute une aventure musicale suite à l’intégration des variétés de la musique nord-américaine dans le fonds traditionnel du Konpa Dirèk. Ce qui a donné « la seule différence » et qui fait encore la joie et le plaisir des mélomanes du monde entier. Les récentes performances du groupe, notamment la pièce Twa Fèy Twa Rasin, disponibles sur You Tube, en font foi. Ainsi, en dépit des divergences et controverses sur ses origines et surtout les tentatives de sa récupération par les pouvoirs publics, notamment la dictature des Duvalier, le Konpa avait fini par s’imposer comme musique de bal, de danse, de soirée, tant en Haïti que dans les Antilles et auprès des communautés haïtiennes de la diaspora. Pour Thony Louis-Charles, le Konpa Dirèk représente «  la vraie musique entraînante haïtienne de tous les temps » et une marque de l’identité haïtienne[4]. Le Konpa Dirèk est aussi une danse. Au cours de l’année 2022, un couple de danseurs, Cliford et Gaëlle Jasmin ont publié un ouvrage de grande valeur à cet égard avec des dessins et des illustrations des pas et mouvements de danse du Konpa Dirèk[5]. Analysant le livre dans les colonnes du Nouvelliste du 25 juillet 2025 M. Elien Pierre remarque à juste titre : « cet ouvrage se présente  comme un outil incontournable pour tous ceux qui souhaitent évoluer sur une piste de danse selon les règles de l’art ». En effet, selon la même source documentaire, il s’agit d’un « matériel pédagogique à la gloire du compas » offrant « un souffle neuf à ce patrimoine national ».  Pour  M. Frandy Jasmin, « la musique Compas incarne l’expression authentique du vécu du peuple haïtien. Elle représente le goût musical collectif de la société et constitue un espace de rencontre avec d’autres musiques du monde, mettant en valeur la richesse de notre danse et le rythme distinctif de cette tradition musicale lorsqu’elle est pratiquée. Le Compas joue ainsi un rôle fondamental dans la construction de notre identité musicale et artistique »[6]. Ainsi, selon l’auteur, « la pratique de la musique Compas n’est pas seulement une activité de divertissement c’est aussi un instrument de construction identitaire, de résistance culturelle et de dialogue avec les autres musiques du monde face à la mondialisation des formes artistiques »[7]. Enfin, selon M. Frandy Jasmin, le Konpa Dirèk « reflète l’âme du peuple haïtien »[8]. L’historien de l’art, le Professeur Michel Philippe Lerebours, on se le rappelle, avait eu des propos similaires dans sa démarche de d’étude de caractérisation de la peinture haïtienne[9]. En dépit des divergences et controverses sur ses origines réelles, disions-nous, le Konpa Dirèk avait fini par s’imposer. Les grands Ténors du Nord du pays, les Orchestres Tropicana et Septentrional, tout en ayant auparavant leurs rythmiques propres, avaient fini par adhérer au mouvement avec leurs Konpas  « Roussi » et « Mélasse ». Le Konpa Dirèk s’est imposé sur les ondes radiophoniques haïtiennes de façon durable avec des animateurs de talent et influents comme M. Joe Solon, M. Smith Xavier, M. Klébert Xavier, M. Alix Antoine, M. Jacques Sampeur, M. Lucien Anduze, M. Joe Damas, de M. Kaptèn Bill avec ses « souvenirs indélébiles » selon l’heureuse expression de M. Anthony Lamothe de l’émission Dantan Prezan de Radio Kiskeya,  et surtout l’immortel Ulrick Jean-Baptiste, Ricot (Et voilà une sélection que l’on aime bien !) de la période des Mini-Jazzs des années 1970. Dans cette foulée, nous avons une pensée spéciale pour la mémoire de l’animateur Félix Lamy des Radios Nationale et Galaxie, tristement porté disparu depuis décembre 1991. Félix Lamy (Féfé) a été le promoteur du bon « Konpa pure laine » incarné au cours des années 1980 par le Skah-Shah et le System Band de M. Iznard Douby des années 1990. Débuté à la Radio Nationale au sein de l’émission de 4 heures PM Disque sur Disque avec Mme Micheline Succar, M. Félix Lamy avait animé Cocktail antillais le dimanche, à partir de 7 heures du soir, Au pas avec le Compas les jours de la semaine de 10 heures à Midi, pour instituer ensuite  le Petit Bal du Samedi soir avec le support technique de Marc-Arthur. Nous pensons à M. Lionel Benjamin, à M. Klébert Xavier et à M. Jacques Jean-Baptiste de l’émission Bouyon Konsonmen, du samedi soir au dimanche matin, sur les ondes de Radio Métropole alors au bas de la rue Pavée. Nous pensons à M. Lucien Anduze, d’abord à Radio Métropole (Paul Anson Junior, Mini Records, maxi Sound !), et puis, sur les ondes de Radio Port-au-Prince avec l’émission Le train des artistes, une émission qui monopolisait alors l’écoute à  Port-au-Prince à partir de 9 heures PM.  Nous pensons à l’émission de M. Georges-Léon Emile (Giorgio) sur Radio Métropole et au journal Tap-Tap Mag soutenant le mouvement de la Nouvelle Génération. Il y a eu alors les articles de M. Ralph Boncy dans la Revue Conjonction de l’Institut Français d’Haïti, et les analyses de M. Urbain Joseph dans Le Nouvelliste. Il a eu la Revue Récréation de notre ami, condisciple et co-rivartibonitien M. Ignace Jérôme avec les articles de M. André Fouad. Il y a eu la Revue Superstar Magazine de M. Alouidor.  Mais, penser aux soixante-dix années du Konpa Dirèk, c’est également avoir à l’esprit un ensemble d’albums bien déterminés. Nous avons effectivement Les quinze titres d’or du Maestro Nemours Jean-Baptiste du Mini All Stars de M. Fred Paul. Nous  avons Haïti Terre de soleil des Shleu-Shleu, Message. Ozanana, This is it, Forever, du Skah-Shah Number One, Septième Sacrement, Respect, Aux Antilles du Tabou Combo, Bouki ak Malice, l’Univers des Frères Déjean, Se lavi des Difficiles, Gagòt des Gypsies, Ansanm, Ansanm, Mande Courage, 1980 du Scorpio Universel, M pa pran kontak, Pale, Pale w,  David du D.P. Express, Exploitation du Gemini de Ti Manno, Accolade du Bossa Combo, l’Essence de Cubano (Jean Elie Telfort), César du System Band, Symphonie inachevée du Kole- Kole Band, Expérience, Jéhovah, Pike devan, Ashadei du Magnum Band, Nouvel Jenerasyon de Skandal, Fo w pa bouje de Phantoms,  Lè w pa la de FASAD, Olé ! Olé ! de Lakòl, Farinen de Mizik-Mizik et surtout, surtout l’album You and I du GM Connection avec M. Gérard Daniel, M. Mario Mayala et la voix du chanteur Musset Dascy dans des réalisations  inoubliables comme Adelina ou M pap tann o ... Et notre liste est loin, très loin d’être exhaustive[10]. Mais, des évènements nous viennent également en mémoire. Nous revoyons les festivals du dimanche au Gymnasium de la Rue Romain animés par M. Lionel Benjamin. Nous y revoyons les performances du chanteur Fosie (Sak sa sa !). Nous revoyons la prestation du Tabou Combo avec l’orchestre sortant d’une pyramide au début de la chanson du même nom ou encore, King Kino (Pierre-Raymond Divers) de Phantoms, sortant de son cercueil. Nous revoyons M. Casimir Alliance (Kazo) produire les « sept têtes » aux Kermesses des Frères Déjean de Pétion Ville. Habitant alors le Corridor Bois-de-Chêne, nous avons vu M. Alfredo sur son grand cheval lors des défilés carnavalesques… Nous revoyons encore  les célèbres tournées du Skah-Shah Number One et du Tabou Combo au pays au milieu des années 1980, ou encore la foule immense acclamant Antoine Rossini Jean-Baptiste (Ti Manno) lors de sa prestation au Gymnasium de la ruelle Romain[11]. Nous revoyons le Scorpio Universel de Robert Martino exploser pratiquement le Gymnasium avec la chanson M ap mande Kouraj[12]. Incroyable. Indescriptible. Nous avons vu défiler les chars du Bossa Combo avec les cubes Maggi et la boisson CC Mel, des Loups Noirs avec la pâte dentifrice Fresca, de M. Rodrigue Milien avec la Lotion My Dream, de M. Toto Nécessité avec le Marché Tête Bœuf, de M. Anilus Cadet avec la Loterie Nationale, du Shoogar Combo, du D.P. Express avec  le  SuperMarket Coles et la voiture Datsun, du Scorpio Universel avec la pâte dentifrice Colgate, du Dixie Band du fameux batteur M. Tuco Bouzi avec la présence de M. Ronald Rubinel et le mixage de M. Joël Widmaier. Nous revoyons les chars du Channel10 de M. Roosevelt Célestin, du SS One de Sarthe sous la direction  du Maestro Sainvil…

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