Théâtre
Éric Sauray rend hommage à Marie-Claire Heureuse Félicité Bonheur Dessalines
Samedi soir, dès dix-neuf heures trente, une certaine fébrilité flottait dans l’air. Autour de l’église de Grolay, dans le département du Val-d’Oise, les pas s’accéléraient, les voix se cherchaient, les regards se croisaient. Quelque chose d’invisible, d’intense, circulait entre les murs et les âmes : la promesse d’un rendez-vous avec la mémoire.
C’était le grand jour. Voilà plus de trois ans que ce projet attendait sa naissance sur la table de l’avocat et dramaturge Éric Sauray. Trois années de labeur discret, de doutes et d’espérances, à modeler et remodeler les mots, à chercher le ton juste celui qui rend justice sans emphase, celui qui élève sans trahir. Il a fallu couper, reprendre, polir, négocier avec les ombres du passé, travailler dans le silence patient où naissent les grandes œuvres. Puis vint le choix du lieu. Il ne pouvait être anodin. Tout devait être signe, tout devait parler. Et c’est une église qui fut retenue — non par hasard, mais par évidence. Car il ne s’agissait pas d’un simple spectacle, ni d’une conférence historique : c’était une cérémonie mortuaire, une liturgie du souvenir, où l’histoire d’une femme s’élèverait, enfin, à la hauteur du sacré. Ce soir-là, l’Éloge funèbre de Marie-Claire Heureuse allait être prononcé. Sous ces voûtes anciennes, le nom d’une héroïne longtemps oubliée s’apprêtait à résonner. Et dans le silence des bancs, on sentait déjà que quelque chose allait se rallumer : la mémoire s’apprêtait à reprendre voix.
Sous le ciel paisible de Grolay, l’église s’était faite sanctuaire d’histoire. Les cloches battaient au rythme d’un cœur lointain : celui d’Haïti. Des voix, des visages, des âmes — compatriotes et amis de la mémoire — s’étaient rassemblés, non pour pleurer une mort, mais pour ranimer une flamme : celle de Marie-Claire Heureuse Félicité Bonheur Dessalines, femme d’humanité, femme de lumière, épouse du premier Empereur d’Haïti, mais surtout mère silencieuse d’une nation en marche.
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