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Les diplomates haïtiens d’hier : hommes de lettres et d’État

Les diplomates haïtiens d’hier : hommes de lettres et d’État

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Frantz Voltaire, du CIDIHCA, détient plus d’une centaine de ces clichés qui tracent, comme des pierres blanches posées sur un chemin, la marche à suivre pour comprendre et revisiter notre histoire diplomatique. Ces archives sont de véritables miroirs du passé, où se reflète la grandeur mais aussi parfois la fragilité de notre trajectoire.

Dès 2026, je mettrai mes propres photographies historiques à la disposition du public, en les accompagnant de commentaires analytiques. Ce sera une manière de faire parler les images, de leur redonner voix et souffle, et de rendre la diplomatie plus vivante, presque ludique. Car une photographie diplomatique n’est pas seulement une trace : elle est une scène de théâtre muette où se joue le destin d’un pays.

Dans l’histoire de la diplomatie haïtienne, la photographie est importante car elle fixe dans l’éternité nos réminiscences historico-diplomatiques. Une photo n’est jamais une simple image : elle est un fragment d’éternité capturé, un témoin silencieux qui dit plus qu’un long discours. Elle devient la mémoire visuelle d’un geste, d’un regard, d’une époque.

Quatre diplomates, écrivains, penseurs et hommes d’action

Ce premier week-end du mois d’octobre 2025 nous a apporté une surprise éclatante : une photographie flambant neuve qui a ressurgi du passé de la plus belle manière qui soit. Elle nous est parvenue grâce à un geste intime et émouvant : l’épouse d’un de ces hauts et illustres personnages l’a glissée, presque comme un trésor discret, sur la page Facebook de l’historien Gaétan Mentor.

Sur ce cliché figent leurs regards, leurs postures, leurs silhouettes neuf figures de la diplomatie haïtienne, neuf témoins d’un temps où l’esprit, la culture et l’élégance portaient nos couleurs à l’étranger. Parmi eux, brillent quatre plumes qui furent, en plus d’être des agents diplomatiques, des écrivains, des penseurs et des hommes d’action : Antonio Vieux, Luc Grimard, Marx Dorminville et Joseph D. Dorcius Charles.

Ces quatre noms, à eux seuls, incarnent ce que j’appelle le bon vieux temps de la diplomatie haïtienne de l’esprit. Une diplomatie qui non seulement négociaient des traités ou défendaient les intérêts de leur pays, mais qui rayonnait aussi par la littérature, la critique, la poésie. C’étaient des diplomates de plume et de caractère, qui savaient que représenter Haïti à l’étranger, c’était aussi porter sa culture, son verbe, sa pensée critique.

Document d’archives, cette photographie est aussi une fenêtre ouverte sur une époque. Elle nous rappelle que la diplomatie haïtienne fut jadis un art de l’intelligence et de la dignité, où l’ambassadeur pouvait être en même temps poète, critique littéraire, et artisan de la souveraineté nationale. De quoi être diablement nostalgique !

Élie Lescot et Antoine Bervin

Je me souviens, par exemple, d’un cliché marquant : celui d’Élie Lescot, futur président de la République d’Haïti, alors qu’il représentait notre pays à Washington en tant qu’ambassadeur. On n’avait pas besoin de légende, ni de commentaire savant : tout était dit dans cette photo. Son port altier, son regard déterminé, la manière dont il occupait l’espace… c’était déjà l’annonce muette de la fonction suprême qui l’attendait. Comme une prophétie silencieuse inscrite dans l’ombre et la lumière du cliché.

Chaque photographie de ce type est un tableau condensé, un roman figé en une seule page. Elles racontent la diplomatie autrement, non plus par les mots officiels des traités et des rapports, mais par l’éloquence muette des visages, des postures et des regards.

Restons un instant avec Élie Lescot. À Washington, il n’était pas seul : son secrétaire privé fut un autre diplomate de grande trempe, doublé d’un poète raffiné, Antoine Bervin. Le destin de ces deux hommes s’est enlacé dans une complicité diplomatique et littéraire qui mérite d’être rappelée. Lorsque Lescot devint président de la République, reconnaissant les qualités de son ancien collaborateur, il l’envoya sans délai à Cuba en tant qu’ambassadeur plénipotentiaire, confiant à son ami et compagnon de route une mission digne de son talent.

Il existe une photographie diplomatique collective où figurent ces deux figures côte à côte. En plus d’être une curiosité visuelle, cette image est une tranche vivante de notre histoire diplomatique. On y voit non seulement des visages, mais aussi une époque condensée, un moment où les destins individuels s’entrelacent avec celui de la nation.

Sur cette photo, Lescot et Bervin apparaissent presque comme deux piliers : l’un, déjà marqué par les signes de la présidence qui l’attend, l’autre, porteur de la double couronne du diplomate et du poète. Leur présence conjointe illustre cette tradition haïtienne singulière où la diplomatie n’était pas un simple art de négocier, mais aussi une extension de la littérature et de l’esprit.

Chaque cliché de ce genre est une archive silencieuse mais parlante. Elle raconte sans mots ce que les livres d’histoire mettent des chapitres à expliquer : la continuité entre la diplomatie, la culture et la destinée politique d’Haïti. Dans le cas de Lescot et Bervin, la photographie devient une métaphore visuelle de la transmission : du secrétaire au président, de la plume au pouvoir, du bureau de Washington aux ambassades de La Havane.

 

Maguet Delva

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