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Le poème  :«Mwen ta ale naje»  : L’érotisme sacré de Christophe Philippe Charles

Le poème  :«Mwen ta ale naje»  : L’érotisme sacré de Christophe Philippe Charles

Dans: « Mwen ta ale naje», le poète haïtien Christophe Philippe Charles fait plonger son lecteur dans les eaux profondes d’un amour charnel, tendre et mystique. Le poème, écrit en créole, épouse la musicalité naturelle de la langue pour mieux explorer les frissons du désir et les fulgurances de l’adoration.

Dès les premiers vers, l’image de l’être aimé est élevée au rang de divinité intime. “Ti zye w se bèl lalin”  donne le ton : chaque fragment du corps devient cosmos. La bouche est une cerise inépuisable, la voix une mélodie qui enivre, les seins des fruits tropicaux qu’on cueille sans fin. Le parfum des vers d’ Oswald Durand  flotte dans ce poème. Tout est sensation, tout est offrande. Christophe Philippe Charles ne décrit pas seulement un amour physique , il célèbre une communion. L’amant ne consomme pas, il contemple, savoure, prie. Le vocabulaire est simple, mais chaque mot est chargé d’une intensité sensorielle et d’une ferveur presque religieuse : mwen pa janm sispann souse... mwen pa janm sispann ekri… Le poème se construit en répétitions hypnotiques, comme un souffle qui s’accélère puis s’abandonne. On lit : “souse souse souse / souse san pran souf” , et plus loin : “ ale naje ale naje / jouk nan fon lanmè” . Ces boucles verbales créent une pulsation, une transe. L’amour ici n’est pas figé ; il est mouvement perpétuel, errance extatique dans les plis du corps de l’autre.  Et puis, il y a l’écriture elle-même. Le poète confie qu’il ne veut pas finir d’écrire ce corps :  “Mwen pa vle fin ekri l / Kilè mwen ta fin ekri l”. Car finir d’écrire, ce serait figer l’amour, le clore. Or, cet amour-là est vivant, insaisissable, aussi vaste que l’océan. La dernière strophe est peut-être la plus bouleversante. Après avoir parcouru ce corps comme un jardin sacré, après s’être abreuvé de ses douceurs, le poète veut “ ale naje” dans la mer profonde de l’amour. Il accepte même le risque de s’y noyer : menm si m konnen m ka neye. Le désir devient alors abandon total, perte de soi, offrande absolue. Et c’ est là que Mwen ta ale naje touche à l’universel car derrière la passion d’un homme pour une femme, c’est l’élan humain vers ce qui dépasse, vers ce qui nous défait et nous révèle à la fois. Avec ce poème, Christophe Philippe Charles rappelle que la poésie n’a pas à choisir entre le charnel et le spirituel. Au contraire, les deux se nourrissent, s’épousent, s’intensifient. Mwen ta ale naje est un chant libre, profond, amoureux, où le corps de l’autre devient monde, texte, mer et peut-être même salut.

MWEN TA ALE NAJE

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