Là où la mort dépose ses trésors
On ne sait jamais très bien où commence l’art en Haïti. Peut-être là, dans la poussière des ruelles, quand un bout de bois cassé croise le regard d’un sculpteur. Peut-être dans un terrain vague, au milieu d’ossements blanchis et de ferraille rouillée. Peut-être dans ce silence étrange où la mort semble rôder, mais où quelqu’un décide de lui tendre la main.
En Haïti, l’art ne fuit pas la peur. Il ne détourne pas les yeux devant la mort. Il ne se contente pas de peindre des fleurs ou d’adoucir le monde. Ici, l’art ose aller plus loin. Il descend dans le royaume du délabrement ce territoire où tout ce qui fut vivant semble oublié, où tout ce qui eut un nom n’en a plus.
Les artistes haïtiens ne ramassent pas les détritus pour les sauver. Ils savent qu’on ne sauve pas un os, ni une bouteille fendue, ni un chiffon trempé de pluie. Mais dans ces débris, ils voient ce que nous refusons de voir : la mort en face, la fragilité des êtres, la fin tapie dans les choses les plus banales. Dans leurs mains, la ferraille devient un corps, les tissus déchirés se métamorphosent en ailes, les débris végétaux reprennent forme en masque. Ils ne cherchent pas à donner une seconde chance aux objets, mais à leur donner un rôle : témoigner. Témoigner de la fin qui attend chacun de nous, de l’oubli qui rôde partout. Dans un atelier de fortune à Jacmel, un vieil artiste me confiait un jour, en tenant une sculpture d’ossements et de métal :
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