L'opératrice culturelle Fabiola Musac une âme qui capte l'essence des choses
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Polyvalente, passionnée et engagée, Fabiola Musac incarne une nouvelle génération de femmes créatrices qui façonnent l’univers culturel haïtien avec audace et profondeur. Juriste de formation, photographe par passion, enseignante, infirmière et opératrice culturelle, elle multiplie les rôles sans jamais perdre le fil conducteur de son engagement : valoriser l’art, la culture et la transmission du savoir. Entre droit et lumière, entre mots et images, Fabiola Musac, rebelle et insoumise, insoumise et rebelle trace sa voie à travers l’art et la culture. Et elle y a justement trouvé son chemin dans toutes les rumeurs accablantes du monde. Photographe attentive, écrivaine en devenir, coordonnatrice engagée, elle insuffle une âme particulière à chaque projet. Dans cet échange avec Le National, elle se dévoile en toute humanité levant par-dessus tout le voile sur le tourbillon de ses activités, en quelque sorte son train-train quotidien. Coordonnatrice de l’initiative Les Mets Crédits de la Culture et autrice d’un ouvrage en préparation, elle se confie dans cet entretien exclusif à Le National sur son parcours, ses inspirations et sa vision de l’art. Entretien.
Le National : Fabiola Musac, vous êtes opératrice culturelle, photographe, juriste et enseignante, infirmière. Un parcours impressionnant pour une jeune femme. Pouvez-vous retracer votre parcours pour les lecteurs de Le National ?
Fabiola Musac: Mon parcours est le reflet d’une passion profonde pour la culture, le droit, la santé et la création artistique. J’ai grandi dans un univers baigné de poésie et de littérature, avec des figures inspirantes comme Lyonel Trouillot, Inéma Jeudi ou encore Bonel Auguste, que j’ai eu la chance de côtoyer très jeune au Centre Culturel Anne-Marie Morisset.
En parallèle de cet éveil culturel, j’ai participé à plusieurs concours de beauté – notamment Top Face CLEGG et Miss Choukoun Haïti – qui m’ont permis de porter une voix engagée sur des scènes nationales. En 2019, animée par un profond désir de servir, j’ai cofondé avec des amis GS-URGENCE SANTÉ , un groupe de soutien dédié aux personnes en situation d’urgence sanitaire. Nous avons organisé plusieurs cliniques mobiles dans différentes communes du pays, notamment après le tremblement de terre du 14 août 2021 aux Cayes, où nous avons pu venir en aide à plus d’une centaine de patients.
Sur le plan académique, j’ai choisi d’étudier le Droit, tout en suivant une formation en sciences infirmières. Je crois que prendre soin du corps et défendre les droits de l’être humain sont deux missions complémentaires. La photographie, quant à elle, est venue enrichir mon engagement : elle me permet de capturer et transmettre des fragments d’humanité, de beauté, mais aussi d’indignation ou d’espoir.
LN: Qu’est-ce qui vous a conduite vers l’art et la culture ? Nous savons que vous travaillez sur un livre et que vous coordonnez le projet *Les Mets Crédits de la Culture*.
FM: L'art et la culture ont toujours été au cœur de ma vie. Ils sont des vecteurs puissants de communication et de transformation sociale. Le projet Les Mets Crédits de la Culture sont nés de cette conviction : créer un espace où la culture est accessible à tous, où les échanges sont encouragés, et où chacun.e peut s’exprimer librement. Quant à mon livre en cours, il s’agit d’une réflexion sur l’intersection entre droit et culture, explorant comment les cadres juridiques peuvent soutenir ou entraver les expressions culturelles.
LN: Comment se déroule une séance des Mets Crédits de la Culture ?
FM: Chaque séance est une invitation à la découverte et au partage. Nous commençons généralement par une présentation d’une œuvre ou d’un thème culturel, suivie d’échanges avec les participant-e-s. C’est un moment d’apprentissage mutuel, où chacun apporte sa perspective, enrichissant ainsi la discussion. Nous veillons à ce que l’ambiance soit conviviale et inclusive, permettant à tous de se sentir à l’aise pour s'exprimer.
LN: Avez-vous connu des joies et des satisfactions en organisant Les Mets Crédits de la Culture ?
FM: Absolument. Voir les participants s’ouvrir à de nouvelles perspectives et s’enthousiasmer pour des sujets qu’ils ne connaissaient pas auparavant constitue une véritable source de satisfaction. Je pense notamment au 13 septembre 2023, lorsque nous avons accueilli le professeur Ilionor Louis autour d’un thème particulièrement pertinent : « les inégalités sociales et la violence dans les quartiers marginalisés de Port-au-Prince ». Ou encore à ce moment fort où madame Ginette Pérodin Mathurin est venue partager ses réflexions sur « les Indiens et leur héritage en Haïti ». Ces instants de connexion humaine et d’éveil culturel sont profondément gratifiants. Ils représentent l’essence même du projet Les Mets Crédits de la Culture.
LN: Parlez-nous de votre prochain ouvrage. Que souhaitez vous partager à ce sujet avec nos lecteurs ?
FM: Dans cet ouvrage, je souhaite lever le voile sur une réalité trop souvent passée sous silence : les violences conjugales. Derrière les murs de nombreux foyers que l’on croit unis, se cache une souffrance muette, nourrie par l’hypocrisie sociale, la peur du regard des autres, et le silence imposé aux victimes. À travers des témoignages, des récits inspirés de faits réels et une approche sensible, je veux mettre en lumière ces drames quotidiens, briser les tabous et inviter à une prise de conscience collective. Ce livre est une tentative de donner une voix à celles et ceux qu’on n’écoute pas, et d’appeler à plus d’humanité et de justice.
LN: Quels sont vos auteurs préférés ? Avez-vous des aspirations dans les domaines de l’art et de la littérature ?
FM: Je suis particulièrement inspirée par Aimé Césaire pour sa puissance poétique et son engagement, ainsi que par Inema Jeudi pour sa profondeur narrative. Dans le domaine de l’art, j’admire le travail de photographes comme Sebastiao Salgado, qui capturent l’humanité avec une sensibilité remarquable ainsi que Carlin Trezil qui offre toutes les couleurs de la vie dans ses images monochrome. Mon aspiration est de continuer à créer des ponts entre les disciplines, en utilisant l'art et la littérature comme moyens de réflexion et de dialogue.
LN: Que représente l’art pour vous ?
FM: L’art est une forme d’expression essentielle, un miroir de la société et un outil de transformation. Il permet de questionner, de rêver, de ressentir, et de se connecter aux autres. Pour moi, l’art est à la fois un refuge et un moteur d’action. Je rêve d’ouvrir une maison de culture, un lieu vivant où s’ entrecroiseront poésie, musique, peinture, archives, soins et mémoire. Je veux que chaque jeune puisse dire : « ma parole a compté quelque part ».
LN: Comment parvenez-vous à concilier l’ensemble de vos activités au quotidien ?
FM: C’est un équilibre fragile, mais nourri par la passion. Je fonctionne avec des listes, des priorités, mais surtout, je me laisse guider par l’intuition. Il y a des jours pour produire, d’autres pour écouter, lire, semer. Je crois que chaque acte, même petit, participe à un grand mouvement.
LN: Qu’est-ce qui attire votre attention lorsque vous utilisez votre appareil photo ?
FM: Le silence dans les regards. La lumière qui parle plus que les mots. La vérité nue, quand le masque tombe. Je ne photographie pas pour embellir, mais pour révéler. Je cherche le geste qui dit tout sans rien dire.
Le National : Un dernier mot ?
Fabiola Musac : Je veux dire à chaque jeune femme, chaque poète, chaque rêveur : » votre voix compte ». Ne vous censurez pas. Écrivez, parlez, osez. Et merci à Le National pour cet espace de dialogue. Ayiti se tè mo, tè sans, tè memwa. Et il est temps que sa culture soit au centre de son relèvement.
Propos recueillis par Schultz Laurent Junior
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Sasou
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