Boti Face à Face
Olivier Bertoni connu sous le nom d’artiste de Boti est très représentatif de cette île partagée entre deux cultures, deux pays. Installé en République Dominicaine depuis près de vingt-cinq ans, son parcours de créateur questionne l’évolution de chacun, le cheminement de vie dont les visages déstructurés, restructurés sont des interrogations sur notre identité qui, par définition, est multiple. Son travail, dont la profondeur se révèle en de nombreuses couches d’aplats et de traits, fait ressortir une profondeur et dissimule la complexité de l’artiste, de ses états d’âmes et de sa personne, situation propre à chacun d’entre nous. Sa peinture semble parfois montrer des êtres pour le moins étranges avec de grands yeux, de grandes dents, des animaux aussi, aux frontières de la réalité mais dont il est difficile de se dissocier. Ce bestiaire mi- humain, mi- animal n’est aucunement diabolique, il semble provenir de nous qui regardons, qui explorons la toile comme un mystère intérieur révélé par un miroir dont chacun a sa propre clé de compréhension. L’œuvre de Boti dérange : tout en elle semble vrai juste, tant elle semble juste. C’est un révélateur de notre non beauté intérieure, d’un soi criant la vérité, d’un soi hurlant ce que l’on ose à peine murmurer de peur de faire chuter ce que nous croyons projeter dans le monde.
Dans l’œuvre de Boti aujourd’hui, nous trouvons un ensemble de références qui sont communes à la création contemporaine actuelle, telle que Jean Michel Basquiat, Pierre Alechinsky, André Masson, Jesse Reno ou encore, de manière plus spirituelle, Anthony Tapiès. Ce ne sont que des références qui bornent l’évolution actuelle de l’art mais qui en aucun cas le définissent. Cette liberté formelle qui caractérise notre époque n’en fait nullement un suiveur de tendances mais plutôt un explorateur du vécu contemporain. Son exploration du thème des migrations résonne plus encore aujourd’hui avec la situation critique que vivent les Haïtiens à travers le monde, mais reste et demeure dans le cadre indépassable individuellement du qui sommes-nous ? comme être humain, comme citoyen d’un pays, appartenant à un monde ou des mondes. Les trajectoires se croisent, se superposent, s’entrelacent et laissent des traces, une présence que les nationalismes et les haines ne peuvent effacer. L’homme a toujours migré, s’est toujours déplacé, s’est toujours mélangé et cette absence de pureté se voit dans la composition de son travail où le trait, les taches, les salissures semblent vouloir constamment être nettoyés sans pour autant pouvoir effacer les trajectoires individuelles qui s’impriment durablement.
Parler du travail de cet artiste pose plusieurs questions ou difficultés, tant la portée universelle de son propos fait écho aux trajectoires de biens des personnes. En s’exprimant avec le pinceau, le fusain, avec des collages, Bertoni détache ce qu’il y a de commun entre lui et le monde. Son questionnement sur la migration, mais également sur les difficultés d’être pleinement soi dans un monde qui privilégie les apparences, valorise le paraître avant l’être, est, comme dit plus haut, un miroir inverse de notre réalité intérieure.
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