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De la bibliographie haïtienne : Avancées, problèmes et perspectives

De la bibliographie haïtienne : Avancées, problèmes et perspectives

Le terme bibliographie est en lui-même polysémique. D’après le dictionnaire Larousse Grand format de 2015, la bibliographie se définit comme : « la liste des ouvrages cités ou utilisés dans un livre ; répertoire des écrits, livres articles traitant d’une question, concernant un auteur »[1]. C’est dans cette acception que le terme est employé dans les travaux académiques universitaires comme les mémoires et les thèses, la bibliographie se trouvant alors à la fin du document. Dans le domaine de la Bibliothéconomie et des Sciences de l’Information, le terme a un sens encore plus large, lato sensu, et se rapporte au répertoire arrangé par ordre alphabétique des auteurs de toute la production écrite d’une nation depuis ses origines. Elle comporte alors les ouvrages, les revues et les articles de journaux et les documents administratifs de toute cette collectivité. Ce travail de base étant fait, il se produit chaque année une mise à jour de la bibliographie de base ainsi constituée à partir des nouvelles publications. Ainsi, en plus de la bibliographie de base, il y aurait des répertoires bibliographiques pour chaque année présentant sous la même forme ordonnée la production intellectuelle écrite du pays selon les normes de la description bibliographique. Dans certains pays, c’est la bibliothèque nationale qui prépare et publie chaque année ce document. Dans d’autres pays, il y a des sociétés savantes bibliographiques mêmes mandatées par l’État pour cette tache demandant de hauts niveaux de spécialisation. La bibliographie nationale d’un pays est un précieux outil de recherche pour l’historien, le documentaliste, le chercheur. C’est un guide inestimable et précieux permettant de retrouver rapidement les ressources documentaires disponibles dans un pays sur un sujet ou sur une période bien déterminée de son histoire. La bibliographie est un indicateur objectif du niveau de développement de la production intellectuelle écrite d’un pays. Elle est un instrument de recherche et d’analyse dans les cours de bibliothéconomie comparée. Elle peut donner lieu à des travaux ultérieurs plus précis, plus élaborés comme des guides thématiques bibliographiques, des présentations des extraits des revues ou des journaux, des commentaires de l’orientation thématique de base de la production intellectuelle annuelle d’un pays parmi les aires déterminées comme poésie, littérature, beaux-arts, Sciences sociales, recherches, essais, histoire, économie, sciences et technologie... Les guides bibliographiques thématiques sont très appréciés des chercheurs qui se les procurent régulièrement. Ils sont exposés dans des bibliothèques suivant la nature de la bibliothèque. Par exemple, si c’est une bibliothèque en Sciences agronomiques, il serait intéressant d’avoir un guide bibliographique sur les publications effectuées au cours de l’année précédente sur la question agricole dans le pays.

En Haïti, la production intellectuelle est très dispersée. La production des auteurs étrangers sur le pays l’est encore davantage. Pour toutes ces raisons, il faut un travail d’inventaire donnant, même approximativement, un état de la question. Deux auteurs, deux pionniers ont fait un travail énorme et de qualité en la matière. Il s’agit de M. Ulrick Duvivier avec son ouvrage Bibliographie générale et méthodique d’Haïti[2] en 1941 et de M. Max Bissainthe avec son Dictionnaire de bibliographie haïtienne[3] en 1951. Quant au premier ouvrage, Mme Ertha Pascal-Trouillot, ancienne Présidente de la République d’Haïti en 1990, nous dit que « cet ouvrage, préfacé par Pauléus Sannon et introduit par le Président Sténio Vincent, était considérable, tant par la variété que par la richesse de sa documentation; pendant de longues années, l’auteur a visité une quantité inestimable de bibliothèques, tant à l’étranger que dans le pays. Ce livre a été publié, avec l’autorisation des héritiers Duvivier, par le gouvernement de Sténio Vincent à l’occasion du Congrès des Caraïbes tenu en 1941 »[4].

Et, jusqu’au moment présent où nous écrivons, ces deux ouvrages représentent des lectures et consultations obligées sur la production intellectuelle haïtienne depuis la période coloniale. C’était un grand départ et Haïti, dans le domaine de l’établissement de sa bibliographie, occupait alors une place de choix au niveau de toute la Caraïbe. Analysant la parution de l’ouvrage de M. Max Bissainthe, l’historien Gabriel Debien, le grand spécialiste des questions coloniales selon notre Professeur Pierre-Marie Victor, devrait écrire en 1952, dans la Revue française des Amériques : « C’est le prolongement de Duvivier sur un plan qui a permis, tout en travaillant plus vite, de présenter les publications sous un jour nouveau. Il ne s’agit point d’élaborer un choix, de juger, mais d’énumérer tous les imprimés publiés en Haïti et sur Haïti, de dresser le catalogue d’une Bibliothèque complète. L’ordre le plus simple était l’ordre alphabétique des auteurs, et celui des titres quand l’auteur était inconnu. Pas de disposition plus pratique »[5]. Le travail de M. Max Bissainthe, nous dit encore M. Gabriel Debien, « nous révèle d’un coup tout ce qu’on peut trouver à Port-au-Prince, à la jeune Bibliothèque Nationale, à la Bibliothèque Haïtienne des Frères [de l’Instruction Chrétienne], à la Bibliothèque du Séminaire-Collège [Saint Martial], [...] et dans certaines collections particulières. Almanachs, abécédaires, annuaires, mandements, catéchismes, circulaires administratives, codes, conférences, discours officiels, notices nécrologiques, recueils poétiques, romans, essais, dictionnaires, ouvrages historiques, livres en créole, livres en français, tout est là, à son rang et c’est une révélation, car en nous mettant devant un siècle et demi de travail haïtien, ce panorama général nous fait faire un clair tour d’horizon, et dans ces conditions un compte rendu est une conclusion »[6]. Et M. Debien de conclure sur ces termes : « Ce premier ouvrage s’est attaqué à la partie la plus nécessaire, à la plus urgente. Nous avons un inventaire sûr, pratique, aussi complet qu’un homme seul pouvait le faire. Il s’arrête à 1950. Ce sont des compléments annuels qui nous sont maintenant nécessaires; puis une autre encyclopédie : un dictionnaire des articles de revues et journaux, certes plus difficilement réalisable et plus compliqué, par nature, que celui des imprimés. Mais M. Bissainthe a la méthode, la patience et le courage. Viendrait ensuite, mais nécessairement collective, l’entreprise d’un autre classement, critique, explicatif, historique, qui présenterait autour de grands problèmes les livres essentiels et à côté les articles; qui nous dirait les buts, les sources, la valeur de ces travaux et les polémiques qui les ont suivis »[7].

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