Pour Jean d' Amérique « Haïti est une terre de poètes nourrie de sang »
Le poète haïtien Jean d’ Amérique a publié : «Quelque pays parmi mes plaintes», son cinquième recueil de poésies chez Cheyne éditeur. Ce recueil de poésies ,selon la critique, est un hommage poétique à son pays frappé par la douleur.
Dernier recueil publié à ce jour de l’auteur touche-à-tout haïtien, Quelque pays parmi mes plaintes met en scène une esthétique perturbante de la fragmentation, du morcellement, par de très brefs poèmes, qui percutent encore plus vivement qu’habituellement, qui sont toujours aussi bruts dans leur beauté terrible, et qui font particulièrement sens en ce qu’il nous conte le chaos de son pays, de plus en plus mortifère, de plus en plus désespérant, mais dans lequel il reste, encore, une petite étincelle à ranimer, peut-être ? Dans un article remarquable publié dans la presse internationale , il est écrit que Jean d’ Amérique signe «Quelque pays parmi mes plaintes», son cinquième recueil chez Cheyne éditeur, hommage poétique à son pays frappé par la douleur. «Il n’y a qu’avec du sang que je peux remplir une page», écrivait en juillet 2021 Jean d’Amérique, dans une tribune-cri rédigée après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse qui plongeait encore un peu plus son pays dans le chaos. Le jeune auteur (26 ans à l’époque et déjà cinq livres au compteur), également poète et dramaturge, y disait ce que c’est que d’être de là-bas, l’identité de témoin permanent d’une terre qui se déchire, l’odeur de la mort piégée dans sa chair : «Être haïtien, c’est naître dans le sang, grandir dans le sang – ou souvent ne pas avoir le temps de grandir – et finir dans une flaque de sang. Être haïtien, c’est attendre sa balle. C’est attendre la balle qui vous dévorera le souffle, où que vous soyez dans le pays. Être haïtien, c’est presser le pas vers l’au-delà.»
Il reste des pages à écrire et du sang dans lequel puiser. Jean d’Amérique, toujours prolifique, a signé depuis plusieurs pièces de théâtres remarquées. Et vient de publier « Quelque pays parmi mes plaintes ». Les premières lignes résonnent comme en écho à « In The Ghetto de Presley » : c’est un enfant qui vient au monde, une autre bouche à nourrir, une naissance en violence. Dans cet acte I d’un livre séparé en trois, dédié à la «mémoire des émeutes de la faim en Haïti en 2008», ce sont les entrailles qui parlent («l’appel au secours du ventre», le «gribouillage de mes intestins»). La faim guette l’enfant, elle est tout autour, on a dit-il «la mort posée sur nos épaules». La seconde partie, qui rend hommage au fleuve Artibonite, «où se sont soulagés des soldats onusiens, enfance d’une épidémie de choléra survenue en Haïti en automne 2010 et qui tua milliers d’Haïtiens», est pleine de désespoir et de colère. La troisième, intitulée «avancer malgré», amène la plainte ailleurs. Car dans «ce royaume de chair morte», «on résiste». À commencer par le poète qui pose les mots et les mélange pour tenter de créer du sens dans la tragédie intime qui est celle de son peuple. «Avancer malgré, jongler parmi mes chances de perte, frayer une ligne parmi corbillards et fleurs, tenir tête contre requiem et absences multiples, quotidien cortège d’une ville en partance vers le grand cimetière.» Une poésie pour dire qu’on peut mourir à l’infini et toujours renaître.
Le National publie un extrait du recueil de poésies : « « Quelque pays parmi mes plaintes »
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