Monsieur le Président
(2e partie)
Par l’enthousiasme que la lecture de l’affiche de propagande officielle éveilla dans le bistrot, un autre de ces partisans sectaires, plutôt « un homme débraillé à la crinière noire et aux yeux vagues », a choisi pour boucler la boucle d‘explorer d’autres genres, comme le roman historique ou la science-fiction, ou l’anticipation pour trouver réponses ou explications aux situations qui étaient celles qu’on leur avait demandé de défendre. S’étant mis debout, il commença : « Patriotes ! ma pensée est celle d’un poète et ma langue patriotique celle d’un citoyen ! (…) Ecoutez mon improvisation décousue !... Quand cet Allemand qui n’a pas été compris en Allemagne, pas Goethe, ni Kant, ni Schopenhauer, parla du superlatif de l’Homme, il pressentit sans doutement que, de Père Cosmos et de Mère Nature, allait naître, au cœur de l’Amérique, le premier homme supérieur qui n’ait jamais existé. Je parle messieurs de celui qui fait pencher la balance des aurores, qui a Bien Mérité de la Patrie qu’elle l’appelle Chef du Parti et Protecteur de la Jeunesse Studieuse, Je parle, messieurs, de Monsieur le Président Constitutionnel de la République, comme certainement vous tous l’avez compris ; il est le Surhomme de « Nitche », le Superunique. Je le dis et le répète du haut de cette tribu !... tant qu’il n’existera pas parmi nous un autre citoyen hypersuperhomme, supercitoyen, il faudrait être fous ou aveugles, aveugles ou fous à lier, pour permettre que les rênes du gouvernement passent des mains de notre aurigesuperunique qui maintenant et toujours conduira le char de notre Patrie adorée, aux mains d’un autre citoyen (…) qui, même s’il possédait tous les mérites du monde, ne serait rien de plus qu’un homme. La Démocratie a fini avec les Empereurs et les Rois dans la vieille Europe fatiguée, mais il faut reconnaître (…) que, transplantée en Amérique, elle subit la greffe presque divine du Surhomme et donne naissance à une nouvelle forme de gouvernement : la Superdémocratie » !
L’auteur semble nous déclarer qu’au romancier il plaît bien d’être nouvelliste pour prendre pied dans la réalité de son pays, et au nouvelliste il lui plaît que le romancier l’accompagne de peur de se laisser porter par le côté topique du langage. Dans cette perspective on peut comprendre l’admiration de Miguel Angel Asturias pour des auteurs (allemands) qui ne cédèrent à aucune faiblesse (ni de morale, ni de langage, « Nitche » excepté, si l’on en croit cet apologiste) et laissèrent des œuvres d’une étonnante beauté comme Goethe, Kant, Schopenhauer.
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